Horace, 11t. 111, ode n
RÉFORME DE l'ENS. 1 1
162 l'équitation.
un manège. Il n'y a peut-être pas un seul exercice du corps contre lequel on n'élève des objections de cette sorte, et toujours avec aussi peu de fondement. Il n'est pas question de rendre l'équitation obligatoire, mais il y aurait tout avantage à en répandre le goût. Les jeunes gens n'ont pas de plaisir plus vif, quand on leur permet de s'y livrer, et je n'en connais guère qui soit plus favorable à leur santé, et plus propre à leur donner de la hardiesse et de la force. Une fois l'éducation finie, il est bien rare qu'on ait l'occasion de prendre un peu de mouvement, et c'est tant pis pour la santé publique. La natation et la chasse, voilà à peu près les seuls plaisirs qui contribuent à entretenir notre corps en bon état ; ils ne sont pas à la portée de tout le monde, et on ne peut s'y livrer que rarement. Pour le moindre déplacement, nous avons recours à une voiture. On n'en citait que deux seulement sous François I", l'une à la reine, et l'autre à Madame Diane, fille naturelle de Henri IL La première bourgeoise qui en eut une fut la fille de Favereau, riche apothicaire de la rue Saint-Antoine, laquelle était veuve d'un maître des comptes. Elle se montra à Paris dans un carrosse vers le commencement du règne de Henri IV. Longtemps après que l'usage des voitures et même des fiacres fut devenu général, les dames elles-mêmes faisaient encore à cheval de longs voyages. Mais aujourd'hui il n'y a guère que les gens très-riches ou ceux qui ont été élevés à la campagne qui puissent au besoin monter en selle. Le nombre des lycéens que Ton conduit au manège est presque partout dérisoire. Il serait bon de changer un peu cela, à l'exemple des Anglais. A la ville, à la campagne, pour le plaisir, pour les affaires, pour
L^ESGRIME. 163
la santé surtout, on s'en trouverait bien. M. de Cissey m'a conté que, dans la dernière guerre, nos généraux manquaient d'aides de camp lorsqu'ils n'avaient pas un ofQcier d'état-major sous la main. Cela n'arriverait dans aucun pays voisin. Nous sommes propres à tous les exercices du corps, et nous n'en pratiquons aucun.
On dira dans toutes les histoires littéraires que M. Legouvé est de première force à l'escrime : je puis donc en convenir. Il m'a fort malmené pour le peu de zèle que je déployais en faveur des maîtres d'armes. Je valais mieux qu'il ne croyait, et s'il avait dépendu de moi tous nos enfants auraient pris de leurs leçons. La grande difQculté vient de ce qu'un seul élève à la fois reçoit la leçon du maître. Je faisais examiner le système adopté à Vincennes, et recommandé par M. Bérard, président de la commission de gymnastique en 1854, de ranger quarante élèves sur deux files opposées l'une à l'autre, et de leur faire exécuter les mêmes passes au môme commandement, en criant à haute voix les mots : un, deux^ trois. J'y trouvais le triple avantage de donner un certain entrain aux exercices, de diminuer la fatigue, et d'associer utilement pour le poumon l'action des organes respiratoires à celle de l'appareil locomoteur. Je sais qu'il y a peu d'exercices qui égalent l'escrime, si même il y en a. Tout le corps est en mouvement, les bras, les pieds, la main ; l'œil acquiert de la précision ; l'esprit, du sang-froid, de la fermeté, de la promptitude. Tout le secret ne consiste qu'en deux choses : à donner, et à ne rien recevoir; et il est impossible que vous receviez si vous savez détourner l'épée de votre ennemi de la ligne de votre corps, ce qui ne dépend
164 L^ESGRIME.
que d'un petit mouvement du poignet*. Mais, pour faire à propos ce petit mouvement, il faut suivre le jeu de radversaire, le deviner, parer les coups instantanément, n'avoir pas une minute d'oubli ou de distraction, et se tenir prêt en môme temps à profiter de la moindre faute avec adresse et vigueur. C'est une gymnastique incomparable, et je trouve que M. Jourdain ne perdait pas son temps et son argent, en se mettant dans les mains d'un maître d'armes. Quant au danger de faire des spadassins, il est chimérique. J'avoue seulement que je n'ai jamais bien compris comment l'administration pouvait intervenir. L'escrime est assez populaire dans les lycées ; il est difficile de l'y faire enseigner gratuitement ; d'ailleurs, les leçons ne sont pas coûteuses et elles le sont moins que jamais, depuis que nous avons partout des instructeurs militaires. Je suis persuadé que, quand le goût de la gymnastique sera devenu très-vif, tous les exercices qui en font partie seront avidement recherchés , l'escrime plus que la plupart des autres , et qu'en somme il y aura moins à pousser qu'à retenir. C'est donc en rendant la gymnastique obligatoire, comme elle l'est dans presque toute l'Allemagne, qu'on donnera l'impulsion à tout le reste.
Une des plus grandes difficultés qu'on rencontre à paris pour la gymnastique, c'est le grand nombre des élèves dans le même collège '. Si les externes suivent lés leçons, comme cela est désirable, il devient impossible de rendre l'enseignement quotidien, et il