‹ La réforme de l'enseignement secondaireChapitre 72 sur 135 · Molière, le Bourgeois gentilhomme, acte II, scène m · texte numérisé non relu

Molière, le Bourgeois gentilhomme, acte II, scène m

2. Le règlement de 1869, qui prescrivait quatre heures de leçon, divisées par demi-heures, n'a jamais pu être observé, faute de temps et d'espace.

n'est vraiment efficace qu'à cette condition. Le lycée Gondorcet n'a que des externes ; mais la gymnastique y est en faveur parmi les élèves, et ils se porteraient volontiers aux leçons de leurs habiles maîtres. Seulement la cour, quoique spacieuse, l'installation, quoique très-convenable, ne permettent guère qu'une leçon par semaine pour chaque élève, ce qui est beaucoup trop peu. Si on n'en vient pas à doubler le nombre des lycées de Paris, mesure, à mon avis, indispensable, il faudra se décider à créer des gymnases municipaux, qui seront fréquentés, à des heures différentes, par les élèves des lycées et par ceux des écoles primaires. Les hommes faits, qui ont grand tort de renoncer à la gymnastique, auraient aussi des heures qui leur seraient réservées, et la rétribution qu'ils payeraient diminuerait la dépense de l'établissement. Je crois même qu'elle arriverait assez rapidement à la couvrir, si, l'enseignement de la gymnastique devenant obligatoire et quotidien dans nos collèges, l'habitude de consacrer une demiheure par jour à des exercices réglés entrait décidément dans nos mœurs.

Dans les gymnases municipaux et avec les hommes faits, on pourrait se donner carrière pour les tours de force, si l'on y tient absolument, et exhiber ces engins merveilleux et compliqués qui font ressembler la plupart des gymnases au cirque de Franconi. Nous ne voulons rien de tout cela dans nos lycées et dans nos écoles. Il ne s'agit pas pour nous de disloquer nos enfants et d'en faire des clowns et des acrobates; nous ne voulons pas les exposer à des chutes ; si nous tenons à leur faire faire un bon exercice, utile à leur santé et au développement de

leur corps, nous sommes tout aussi préoccupés de ne leur demander que des efforts proportibnnés à leur âge et à leur force. L'excès dans cette matière n'est pas seulement odieux et ridicule; il a le triple inconvénient de jeter une juste défaveur sur renseignement de la gymnastique, dont il dénature le caractère, de compromettre la santé, au lieu de Tentretenir et de la fortifier, et de faire prendre en dégoût des exercices qui devraient être en première ligne, entre tous les jeux, dans un collège bien organisé.

Par la môme raison, nous chassons de nos maisons ces appareils dispendieux qu'on y a accumulés à grands frais, et qui ne sont pas seulement inutiles, qui sont dangereux, parce qu'ils donnent aux maîtres et aux élèves la tentation de s'en servir, et parce qu'ils absorbent de l'argent qui serait bien mieux employé à étendre la salle de gymnase, à l'aérer, et à y joindre un service de douches*. Pas de cheval de bois, surtout ; la commission de gymnastique en a interdit l'usage avec grande raison. Je renoncerais même avec empressement au portique et aux trapèzes. Beaucoup de personnes s'imaginent que ces deux engins sont toute l'essence d'un gymnase ; un père de famille qui sait vaguement que la gymnastique

1. « J*ai déjà dit et répété bien des fois que ce n'était pas la multiplicité des machines qui ferait faire un pas à l'enseignement de la gymnastique. Je soutiens au contraire que cela ne peut que le reculer indéfiniment. Le système des machines compliquées a pris naissance avec l'introduction de la méthode Amoros qui, pour éblouir le public, a présenté tout cela comme indispensable.il en résulte qu'aujourd'hui on ne sait pas faire de gymnastique si on ne se procure des portiques, des mâts verticaux, des octogones, etc., toutes choses qui absorbent des sommes énormes et qui font prendre les exercices rationnels en aversion. > (Laisné, Exercice du xy lofer ^ p. 13.)

est une bonne chose, mais qui n'en a jamais fait et ne sait pas bien en quoi elle consiste, met dans son jardin un portique et un trapèze, et croit avoir beaucoup fait pour la santé de ses enfants; il vaudrait mieux des cerceaux et un jeu de quilles. Des haltères, des baguettes, une échelle, deux barres mobiles, et quelques cordes, voilà tout le matériel dont nous avons besoin ; il n'y a pas là de quoi faire reculer les municipalités. Si elles veulent nous donner de l'argent, qu'elles l'emploient à rémunérer le maître d'une façon convenable ; car c'est là le grand secret pour la gymnastique comme pour tout le reste : avoir de bons maîtres. Les divers mouvements des membres, la flexion des reins en tous sens , mais sans efforts violents et sans contorsion, la course, le saut, le pas gymnastique, sont les meilleurs de tous les exercices, et ne demandent qu'un bon maître. Mais un bon maître, songez-y bien, ce n'est pas la même chose qu'un bon clown. Il importe fort peu que ce soit un habile coureur, qu'il puisse faire des sauts prodigieux en hauteur ou en largeur, et monter à une échelle avec une seule main. S'il est capable d'opérer ces merveilles, ce que nous lui demanderons avec instance, c'est d'en épargner la vue à nos enfants. Son vrai mérite doit être de connaître un peu la structure du corps humain, de savoir proportionner la fatigue à la force, de se préoccuper de la santé et de la constitution de chacun de ses élèves en particulier, d'avoir un esprit inventif et de la bonne humeur pour rendre les leçons attrayantes*. Il doit être un peu médecin lui-

1. Toutes les règles à suivre sont bien résumées dans ces quelques lignes de M. le docteur L. Guillaume {Hygiène scolaire^ Genève, 1863, p. 133) ; « Il faut que les exercices aux engins diminuent, que les

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même; mais surtout il doit fitre plein de déférence pour le médecin, et le consulter fréquemment soit sur l'ensemble des exercices, soit sur ce qui convient particulièrement k ceux des élèves dont la santé est chancelante. Qn'il soit att'enttf h pousser la fatigue jusqu'au point où elle cesse d'être un pUisir et devient une maladie'. Qu'il n'oublie pas que ses leçons doivent contribuer k donner aux enfants une bonne tenue. Il n'est pas professeur de maintien, et c'est tant mieux; mais il ne connaît pas son métier si on sort de ses mains avec un air d'effronterie ou de gaucherie. Il y a des médecins et des artistes dans la commission supérieure de gymnastique, et M. le baron Larrey, qui la préside, pense avec raison qu'il n'a pas de fonction plus importante et plus propre k lui fournir l'occasion de rendre service. Tous les documents émanés de la commission sont publiés et peuvent être discutés, par conséquent, à l'Académie de médecine, dans les journaux spéciaux de gymnastique et dans les conférences des professeurs de lycées ; il serait bon qu'on s'accoutumât à les connaître dans les gymnases libres, et même dans les gymnases domestiques. Au lycée, le médecin devrait assister fréquemment à la leçon, donner son avis, et au besoin le motiver par une courte démonstration anatomique ou physiologique. Pourquoi, lui qui connaît en détail la constitution de chaque élève, ne

tours de force et de casse-cou cessent complètement et soient remplacés par les eiercices libres rationnellement combinés et variés, afin que tous les groupes de muscles fonctionnent d'une manière harmonieuse et que les leçons deviennent pour les élèves de véritables jeui, amusants et récréatifs. ■

1. Aristole, Politique, liv. V(ou VIIl selon l'ancienne classification), chap. m et n, trad. de U. B. Saint-Hilaire, t. 11, p. 139.

donnerait-il pas, dans certains cas, pour instruction au maître du gymnase de développer telle série de muscles, de préférer, pour tel sujet, tel exercice à tous les autres, de multiplier les douches, de pratiquer un massage énergique? La gymnastique, qui est essentiellement préventive, peut être, à l'occasion, un excellent moyen curatif. Je répète qu'elle n'est pas moins efficace pour l'hygiène morale : les médecins et les pères de famille m'entendent bien. Il faudrait qu'en allant au gymnase , on fût toujours sûr d'y trouver ou le médecin, ou le proviseur; je n'en bannirais pas les pères^ de famille, dont la présence serait une garantie de bon ordre, et une source d'émulation.

La gymnastique ne produira tous les effets qu'elle peut produire que quand elle sera populaire dans les lycées et dans les familles, quand on considérera les succès obtenus comme un solide titre d'honneur, et quand les enfants préféreront à tous les autres ce genre de récréation.

Les Anglais, pour qui leur climat brumeux rend les exercices du corps deux fois nécessaires, n'ont pas trouvé de moyen plus infaillible que de remplacer la gymnastique par des jeux. Les jeux forment une part essentielle de l'éducation dans les écoles, la plus importante aux yeux des élèves et peut-être môme à ceux des maîtres. Il est bien entendu qu'il ne s'agit pas des jeux sédentaires de nos salons, lesquels sont sévèrement interdits (jouer aux cartes peut devenir un cas d'expulsion), mais des exercices athlétiques tels que la paume {fives), le ballon [foot-hull] , le canotage [hoating]^ la course [hare and hounds), et surtout le roi des jeux, le noble et savant cricket. Les

études se restreignent respectueusement pour faire place aux jeux athlétiques. Deux ou trois fois par semaine, les classes cessent à midi ; le reste de la journée est libre pour les exercices du corps. Les autres jours même, les élèves y consacrent plusieurs heures, et ce n'est pas seulement une récréation facultative, c'est un travail, un devoir imposé par l'usage et exigé par l'autorité. On se prépare aux régates plusieurs mois d'avance; il y a pour cela une éducation spéciale, un entraînement [training). Le genre de vie, la diète, la nourriture sont modifiés pour les futurs concurrents, sur qui repose la gloire de l'école; ils mangent la chair saignante , ils s'abstiennent de vin, ils s'exercent chaque jour au développement de leurs muscles. «Le jour venu, toute l'école, toute la ville, toutes les maisons rivales, tous les parents accourent et garnissent les deux rives. Le signal est donné; les barques à huit rames glissent et volent; un silence inquiet les observe ; puis les acclamations éclatent, les encouragements, les conseils, les applaudissements pour les vainqueurs, les consolations pour les vaincus : «Hurrah! bien gouverné! bien ramé! » C'est plaisir de voir ces beaux jeunes corps, si grands et si bien faits, toutes les forces de l'homme avec la taille frêle encore de l'adolescent, ces muscles si pleins et si souples, ces couleurs de santé si fraîches, ces poses à la fois si modestes et si fières*.» Je trouve que, si nous sommes beaucoup trop tièdes, l'enthousiasme des Anglais va un peu loin. Ces méthodes d'entraînement, ces spectacles publics sentent plutôt le turf que le collège. Les Allemands font

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