La Nouvelle Ééhise, 4* partie^ lettre xiv
l'éducation domestique. 177
les salons, et le monde. Il y avait, sous la Restauration, quelque chose d'à peu près réel qui s'appelait le faubourg Saint-Germain. Cette ombre a même persisté après Charles X. Le faubourg Saint-Germain a boudé Louis - Philippe. « Je boude , donc je suis. » Enfin, les derniers de ces fantômes se sont évanouis. Dieu veuille, dans leur intérêt, qu'ils ne tentant pas de nouvelles apparitions. On ne fait plus guère de différence entre le duc de Montmorency et le duc de Persigny. Je suppose qu'on distingue encore tout cela dans certains salons, mais la différence échappe à tous les yeux au delà de l'antichambre. Il faut, à présent, êtrelFort par soi-même. Les millions, qui sont plus substantiels que les parchemins, ne dispensent pas d'avoir un état. On est au moins avocat, on fait son stage. On entre dans quelque conseil d'administration, où l'on paye de sa personne. On se fait élire à la Chambre, et là, à moins de tomber dans le décri universel , il faut savoir un peu de toutes les questions, et en posséder à fond une ou deux. L'égalité politique et sociale, qui est un droit depuis près de cent ans, devient définitivement un fait. Celui qui s'aviserait de garder son fils enfermé chez lui avec ses parents, ses domestiques et son gouverneur, ferait aussi bien de le vouer au blanc pour toute sa vie. Ce grand enfant, transporté dans une assemblée d'actionnaires ou dans une chambre politique, y ferait une aussi bonne figure qu'un séminariste qui aurait jeté le matin son froc aux orties, et viendrait le soir papillonner dans un salon. Il faut, enfant, avoir vécu avec les enfants, pour pouvoir vivre ensuite, sans trop de désavantage, au milieu des hommes.
RâFORME DE L'ENS. l2
Je ne pourrais pas dire d'une façon générale que je préfère l'éducation publique à l'éducation domestique. Je conseille de préférer toutes les fois qu'on le peut un système qui concilie les avantages de l'éducation en commun avec les puissantes et incomparables ressources d'éducation morale qu'on ne peut trouver que dans la famille. Il consiste à garder son enfant chez soi, et à l'envoyer comme externe dans un collège.
Il y a pour les externes cinq heures par jour d'assiduité au collège : quatre heures de classe régulière et une heure de manège, de salle d'armes ou de conférences. Ces cinq heures, que je voudrais distribuer autrement, comme je l'ai déjà expliqué*, sufjBsent amplement pour habituer les enfants à la vie publique, au règlement, à la lutte entre égaux. L'enseignement commun qu'ils reçoivent, l'émulation qui s'établit entre eux et les amitiés qu'ils contractent de bonne heure, les préparent aux combats de la vie. Ils sont bien de leur collège, à ces conditions; ils en ont les traditions; ils en aiment le drapeau. Je ne conseille donc pas de les éloigner de la maison paternelle et de les mettre en pension, à moins qu'on n'y soit contraint par une nécessité impérieuse. Je n'aime pas à éloigner le fils de son père; nous y inclinons trop en France ; et, si nous n'y prenons garde, nous y inclinerons de plus en plus, au grand détriment du fils et du père. On disait dernièrement, en ayant l'air, en vérité, d'approuver cette conduite, que le père éloigne de lui son fils, pour être plus libre de lui gagner de l'argent. En effet, il y a des pères qui