‹ La réforme de l'enseignement secondaireChapitre 82 sur 135 · ORIGINES DE L'UNIVERSITÉ · texte numérisé non relu

ORIGINES DE L'UNIVERSITÉ

core des bénéfices à leur nomination ; Eton n'en a pas moins de quarante, parmi lesquels il y en a qui rapportent jusqu'à 1200 livres de revenu (30000 fr.).

L'Université comprenait parmi ses suppôts un grand nombre de prêtres : d'abord les réguliers des diverses observances, puis des prêtres séculiers ; il y en avait même à l'origine parmi les étudiants. Quand saint Ignace de Loyola, qui suivait alors les cours du collège de Navarre, se rendit à Montmartre avec ses condisciples Lefèvre, François Xavier, Laynès, Salmeron , Bobadilla et Rodriguez d'Avedo , pour prononcer ses vœux dans la chapelle souterraine de l'église, Lefèvre qui était prêtre célébra d'abord la messe, et leur donna la communion de sa main '. Les membres laïques de l'Université observaient presque tous le célibat. Les règlements en faisaient, dans l'origine, une obligation. La faculté de médecine fut la première à s'en affranchir. Elle exclut d'abord les prêtres, non pas de l'exercice de la médecine, mais du droit d'occuper une de ses chaires; puis elle obtint que l'obligation imposée aux candidats de jurer qu'ils n'étaient pas mariés, ne fût pas consacrée par les statuts du cardinal d'Estouteville '.

Les chirurgiens ne jouirent que beaucoup plus tard de la même liberté, qui leur fut accordée par un induit du souverain Pontife'. Les docteurs en décret

1. C'était le 15 août 1534, jour de l'Assomption de la Vierge. Lefèvre était né à Villaret en Savoie; tous les autres étaient Espagnols. (Crètineau-Joly, Histoire de la Compagnie de JésuSy Paris, 1845, t. I, p. 20 sqq.)

2. Crevier, II., t. IV, p. 181. — Jourdain, ^isfoire de V Université de Paris j 1. 1, p. 19.

3. La faculté de médecine refusait aux chirurgiens le droit d'enseigner. S'ils avaient enseigné comme membres de la faculté de médecine,

avaient introduit devant le conseil de TUniversité la demande d'être dispensés du célibat; ils en furent déboutés par une résolution du 9 décembre 1534. Ils revinrent plusieurs fois à la charge, et ne réussirent définitivement qu'en 1598. Quant à la faculté des arts, elle défendait à ceux de ses suppôts qui se mariaient, de continuer leur enseignement, ce qui ressemblait de bien près à l'exclusion. En 1588, elle leur ôta le droit de suffrage et celui d'occuper une charge. Ces règlements étaient trop durs pour être observés. Ils ne furent jamais abrogés, car nous voyons, en 1677, une lutte acharnée s'établir entre les gens mariés et les célibataires à propos d'un professeur d'hébreu, Jean Gondouin, qui prétendait au décanat de la Nation de France. 11 y eut une avalanche de pamphlets et de factums. L'affaire fut portée au conseil d'État, qui ne voulut pas la trancher. Quelques années avant cette levée de boucliers, Grangier et Tarin, mariés l'un et l'autre, avaient exercé le rectorat*. Le règlement subsista comme un de ces restes d'antiquité qu'on trouvait alors dans la constitution de la plupart des corporations, que l'usage, sinon le droit, avait abrogés, et que les partis ressuscitaient tout à coup quand ils y trouvaient quelque intérêt. Il faut reconnaître qu'alors même que les vieux règlements furent tombés en désuétude, les gens mariés parurent une exception dans l'Université. Les habitudes.

ils auraient profité de Texemptioii du célibat. Interdits par les médecins, ils se faisaient conférer le grade de docteurs dans la faculté des arts, ce qui leur donnait le droit d'enseigner, mais comme artiens et à la condition commune des artiens, c'est-à-dire à la condition du célibat. C'est pour cela qu'ils furent obligés de demander un induit. 1. Jourdain, II., p. 244.

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et môme les idées du monde universitaire conduisaient au célibat, le supposaient *.

L'Université était laïque, mais c'était de toutes les corporations laïques celle qui comptait le plus de prêtres et de religieux dans son sein. Elle était née dans les écoles épiscopales, avait grandi, s'était formée par l'aulorité des papes. Elle jouissait des privilèges de clergie. Elle avait des conservateurs de ses prérogatives, et, dans plusieurs de ses collèges, des supérieurs majeurs, qui étaient tous des évoques. Elle conférait aux docteurs en théologie le droit de prêcher dans tous les diocèses. Les arrêts de la Sorbonne étaient respectés dans toute l'Église ; les évêques mêmes s'y soumettaient. Ses plus grandes cérémonies étaient des processions ; elle comptait parmi ses privilèges le droit d'offrir un cierge, en certaines occasions, au roi, à la reine , au chancelier, au premier président. La licence d'enseigner était conférée à chaque régent, parle chancelier de l'Église de Paris, dans une bénédiction apostolique. Les collèges avaient été longtemps des couvents; on les gouvernait comme des noviciats ; tous les grands collèges avaient une section de théologie qui était composée d'ecclésiastiques. On y conservait « des usages dès longtemps surannés qui, nous reportant.sans cesse à l'époque où tout sa-

1. C'est ce qui explique que Tempereur Napoléon ait cru pouvoir imposer le célibat aux professeurs. J'ai déjà cité (page 14S) Tétrange disposition du décret organique de 1808, relative au célibat des membres du corps enseignant. Il est clair que l'ancien élève de Brienne regardait le collège comme une sorte de compromis entre un couvent et une caserne. La Chalotais lui avait répondu d'avance {Essai d'édueaHon nationale, 1763, p. 15) : « Quel paradoxe I II semble qu'avoir des enfants soit une exclusion pour en élever. > Le rêve de Tempereur, qui voulait faire de l'Université une moinerie laïque, ne r jçut pas même un commencement d'exécution.

voir était concentré dans les cloîtres, semblait encore, après plus de dix siècles, destiner" Tuniversalité des citoyens à habiter les monastères*. » Les régents, les principaux, les dignitaires demeuraient presque toujours dans les collèges. Le recteur lui-même, ampUssimus rector, malgré sa robe rouge et la préséance qu'il avait longtemps prétendue sur Tarchevôque de Paris, occupait une ou deux chambres dans un des collèges de sa Nation. Si, par une très-rare exception, on venait à nommer quelque mondain, il était de règle absolue qu'il élût domicile dans un collège pour le temps de sa magistrature. C'est ce que Gt l'abbé de Ventadour, depuis cardinal de Soubise, lorsque la cour, voulant en finir ave3 les Jansénistes par un coup d'éclat, le fit élire recteur à l'âge de vingt-deux ans, malgré le règlement de 1670 qui exigeait l'âge de trente ans, et le chargea de cette vilaine besogne '. M. de Ventadour, qui habitait un hôtel dans la rue des Maçons-Sorbonne, eut son appartement officiel au collège du Plessis, d'où il datait ses ordonnances*. Ce tableau de l'ancienne Université ne serait pas

1. Talloyrand, Rapport à V Assemblée nationale sur Vinstruclion publique, Paris, 1791, p. 1.

2. Dans la séance où la faculté des arts rétracta son appel au futur concile, .on vit quelques vieux maîtres se lever, au moment où le recteur allait conclure, et s'avancer au milieu de la salle pour lire leur protestation et la déposer sur le bureau. A leur tète était Rollin, qui voulut prendre la parole. Le recteur de vingt-deux ans, qui n'était pas même inscrit dans la nation de France la veille de sa candidature, imposa durement silence à rillustre vétéran, qui sortit de la salle au milieu du tumulte, sans que personne osât prendre sa défense, à l'exception des courageux amis, en bien petit nombre, qui avaient affronté avec lui l'exil et la privation de leurs charges. La proteslation fut déposée dans la journée, signée par le syndic Gibert et quatrevingts mattres es arts.

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