‹ La réforme de l'enseignement secondaireChapitre 87 sur 135 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

CONDITION DBS MAITBBS.

Nous examinerons maintenant l'organisation du personnel dans nos lycées.

Je n'ai rien à dire du proviseur et du censeur, sinon que je voudrais qu'ils fussent professeurs comme les autres, et par conséquent agrégés. Il est absurde que dans un corps de savants et de gens de lettres, le chef puisse avoir moins de connaissances etmoins de titres que les subordonnés. On nesaurait objecter Ténormité de la tâche. La moitié de la besogne qu'on impose aujourd'hui au proviseur, en écritures, formalités,etc., est pour le moins superflue. Ce serait tant mieux qu'on l'en débarrassât, et qu'il restât, de fait, homme d'école, enseignant comme les autres, et payant de sa personne. Il y a bien des détails dans l'enseignement et dans le maniement des écoliers, qui sont importants, et dont on perd l'intelligence quand on n'y est pas ramené tous les jours par la pratique.

Le corps des professeurs français est très-méritant, très-savant, très-distingué. Il peut certainement souteoirla comparaison avec les professeurs anglais et

EËPORME DE X.'Ul» 15

226 l'école normale.

allemands, et sur beaucoup de points il a la supériorité. Il se recrute par TÉcole normale et Tagrégation, deux institutions excellentes, la première surtout. L'École normale a d'autant plus d'importance à mes yeux, qu'aucune réforme ne s'établira dans l'enseignement, si elle n'est d'abord acceptée à l'École normale. C'est là que la tradition se conserve, et c'est là, par la même raison, que la routine peut être vaincue.

Les congrégations vouées à l'enseignement ont eu de tout temps l'avantage de pouvoir choisir parmi leurs membres ceux qu'une vocation particulière et une aptitude spéciale désignaient pour les délicates et difficiles fonctions du professorat, et de les y préparer longuement, sous la direction de leurs meilleurs maîtres. L'ancienne Université s'en reposait sur les épreuves exigées des candidats à la maîtrise. Ces épreuves comprenaient, outre les examens, des leçons et des argumentations. Elles étaient moins difficiles et surtout séparées par de moins longs intervalles pour les artiens que pour les étudiants des facultés supérieures. Ce fut, je crois, le recteur Dumoustier qui proposa la création d'un séminaire de professeurs, en 1645. Cette idée ne fut pas comprise. L'Université ne voulait pas de changements. Quand les rois ou le Parlement lui imposèrent des statuts, elle ne céda qu'à la force. Après l'expulsion des jésuites, elle prit possession du collège Louis-le-Grand et consentit à y réunir les boursiers des petits collèges, mesure excellente, qu'elle avait longtemps repoussée, malgré les conseils et presque les ordres du cardinal de Richelieu. On invoqua alors, entre autres raisons, la nécessité de former un noviciat pour les fonctions de l'enseignement. En 1768, le Parlement étudia un

Page 1