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connus, et l'enseignement porta sur les sciences les plus élevées *. On n'y forma pas un seul professeur, et les cahiers qui nous restent attestent la grandeur de Teffort et Tinanité du résultat '.
La fondation de l'École normale date en réalité du décret de 1808, qui a institué l'Université. Elle y est appelée « un pensionnat normal destiné à recevoir jusqu'à trois cents jeunes gens qui y seront formés à l'art d'enseigner les lettres et les sciences. »Les élèves étaient nommés au concours. Ils passaient à l'École deux années. Ils suivaient les leçons du Collège de France, de l'École polytechnique ou du Muséum d'histoire naturelle, selon qu'ils se destinaient à enseigner les lettres ou les divers genres de sciences ; ils recevaient, en outre, des répétitions dans l'intérieur de l'École. L'École s'est agrandie et fortifiée depuis ; mais la voilà bien, à grands traits dans le décret de 1808, telle que nous la voyons encore aujourd'hui.
Je n'ai pas à raconter comment elle fut licenciée sous la Restauration, puis rétablie dans son premier état après 1830. A l'époque où j'y entrais, en 1833, elle occupait l'aile la plus délabrée du collège Louisle-Grand, celle qui est la plus voisine du Collège de France. Nous avions une porte particulière sur la rue Saint-Jacques, une cour unique, assez longue, mais très-étroite, plantée d'arbres mal venus, un dortoir,
1. Voici les noms des professeurs et la liste des cours : Malhémati^ qw«*, La grange et Laplace; PTiystquc, Haùy; Géométrie descriptive, Monge; Histoire naturelle, Daubenton ; Chimie , BerihoWei; Agriculture, Thouin; Géographie, Badic\ïe et Mentelle; Histoire, Volney; iforoZe, Bernardin de Saint-Pierre; Grammaire, Sicard; Analyse de l^enimde^ ment, Garât; Littérature, Laharpe.
2. Séances des écoles normales recueillies par des sténographes et revues par les professeurs. Nouvelle édition, Paris, 1800, 13 vol. in 8".
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un réfectoire, une salle d'étude, une dizaine de chambres pour les élèves de troisième année, un méchant laboratoire pour la chimie, un cabinet de physique dont un bon collège n'aurait pas voulu, et quelques milliers de volumes dans un entre-sol. On acheta vers ce temps-là pour nous une partie de la bibliothèque de M. Cuvier, ce qui porta nos richesses à douze ou quinze mille volumes. Tout notre régime économique, en y comprenant la nourriture, nous venait du collège Louis-le-Grand. Il y avait environ douze élèves par année dans la section des lettres, six à bourse entière et six à demi-bourse, autant dans la section des sciences, ce qui faisait monter le nombre total à soixante-dix environ, car le chiffre était un peu variable, selon la force des concours. Je crois me rappeler que nous n'avions pour tout cela que deux domestiques. Il était difficile d'imaginer une installation plus misérable. Nous étions éclairés par des chandelles que nous portions d'une classe à l'autre dans des chandeliers de cuivre. Les murs mêmes étaient en mauvais état, et l'eau, pendant les hivers, tomba plus d'une fois dans mon lit. Nous ne faisions nulle attention à tout cela, et nous travaillions fiévreusement du matin au soir. On ne connaissait guère de punitions que pour les élèves qui refusaient de prendre des récréations ou qui se levaient pendant la nuit pour étudier à la lueur d'un quinquel.
Les élèves de troisième année suivaient seuls les cours du dehors. Nos professeurs particuliers portaient le nom de maîtres de conférences ; ils avaient deux mille quatre cents francs pour l'année, quand ils étaient titulaires. C'étaient tous d'anciens élèves de l'École. Ils s'appelaient, pour la philosophie, Cousin, Jouffroy,
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Damiron; pour les lettres, Guigniault, Nisard, Ampère, Michelet. M. Victor Hugo et M. Sainte-Beuve* demandèrent la chaire de J. J. Ampère, quand il nous quitta pour enseigner au Collège de France. Dans les sciences, nous avions aussi les plus grands professeurs et les savants les plus illustres. M. Guizot venait chaque année ouvrir les cours, ayant à ses côtés M. Thénard, M. Poisson, M. Cousin, M. Yillemain. Cela se passait dans notre petite bibliothèque, le ministre elles professeurs assis sur des chaises de paille, et nous sur des bancs. C'est le temps héroïque de l'École, qui a eu, à d'a\itres époques, des élèves plus éclatants, jamais de tels maîtres.
Et ils nous donnaient tout. Rien ne peut rendre la verve incomparable que déployait là M. Michelet. Ceux qui ne l'ont admiré qu'au Collège de France n'ont pas la moindre idée de son talent de professeur. M. Cousin venait vers neuf heures. Il nous devait une heure et demie de leçon : il était encore là à midi, souvent à une heure. Nous n'étions que quatre élèves, — les quatre philosophes, — et nous expliquions la métaphysique d'Aristote. Je crois que M. Cousin trouvait le moyen d'y faire entrer toute la philosophie, toute la politique et toute l'histoire. Je l'ai vu dépenser pour nous quatre une éloquence qui aurait soulevé d'enthousiasme un auditoire de deux mille personnes; l'instant d'après, il nous donnait la comédie, une comédie digne des grands maîtres, avec des saillies, et des profondeurs, et des gestes, et une érudition, et des grâces ! Ces souvenirs nous hantaient, dans nos promenades des dimanches, où j'avais pour compa-
1. M. Sainte-Beuve Ta rempli plus tard pendant quelque temps.
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gnon inséparable M. Emile Saisset. Nous nous rappelions jusqu'aux moindres traits. J'ai perdu mon meA^ . tre et mon ami, et je me souviens de tout, au bout de quarante ans, comme au premier jour. Je ne croyais pas alors que je pusse jamais m'intéresser à autre chose qu'aux quatre principes, au moteur immuable et à la pensée de la pensée. Et en réalité il n'y a rien qui soit plus digne de nous passionner et de nous retenir.
Ce fut sous le consulat de M. Cousin, en 1846, que l'École fut transférée dans les bâtiments de la rue d'Ulm, construits exprès pour elle. Elle a maintenant une bibliothèque de quarante mille volumes, de belles collections d'histoire naturelle, un très-riche cabinet de physique, et les beaux laboratoires de Sainte-Claire Deville et de Pasteur. Deux noms comme ceux-là, et d'autres encore que je devrais ajouter, en disent bien long sur la valeur de son enseignement. C'est à tous les points de vue la première école du monde.
Le même décret impérial qui a fondé l'École normale a aussi fondé ou rétabli les concours d'agrégation. « Les maîtres d'étude des lycées et les régents des collèges seront admis à concourir entre eux pour obtenir l'agrégation au professorat des lycées *. » Cette institution n'était pas nouvelle. Elle avait été établie par ordonnance royale du 3 mai 1766, quatre ans après l'expulsion des jésuites, et pour faciliter le recrutement des maîtres, que rendait difficile le départ subit de tant de professeurs. L'Université résista, comme à toutes les innovations. Celle-ci était la plus radicale, puisqu'à la licence conférée par le chance-