‹ La réforme de l'enseignement secondaireChapitre 95 sur 135 · RÉUNIONS PÉDAGOGIQUES · texte numérisé non relu

RÉUNIONS PÉDAGOGIQUES

et que TUniversilé tout entière deviendra, par ce moyen, une sorte d'atelier où seront élaborées les questions pédagogiques avec une véritable supériorité. Les professeurs y prendront goût, de leur côté, surtout quand ils verront que leurs opinions sont comptées et utilisées. Ces réunions mensuelles contribueront à leur faire aimer leur profession et à rétablir entre eux les liens de fraternité qui se sont un peu relâchés. On se hâte un peu trop d'oublier le collège, quand on a pendu sa robe au vestiaire et qu'on a le pied dans la rue. Il faut que le prêtre aime son église, que le médecin aime son hôpital, que le professeur aime son collège ; qu'il s'y plaise plus que partout ailleurs ; qu'il y concentre son ambition, qu'il y cherche ses amitiés, qu'il y mette son orgueil; que ce soit pour lui une patrie et un foyer. Je crois que si ces liens se fortifient, les membres de la famille universitaire s'en trouveront bien, même pour leurs succès dans le monde. Il faut réussir par les voies naturelles, grandir par le devoir accompli.

Fallait- il laisser à la réunion tout entière les fonctions du conseil de famille? Je ne l'ai pas cru. Les professeurs d'un même collège sont assez nombreux pour avoir besoin d'un bureau. Il y a, d'ailleurs, des affaires qui demandent la discrétion et le secret. Quelques personnes redoutent les empiétements du conseil de famille : « il voudra tyranniser ses collègues; il luttera contre le proviseur, il diminuera son autorité. » Je ne crois rien de tout cela. Un conseil électif n'est pas ennemi de la liberté de ses électeurs; il en est la sauve-garde. Il est plutôt l'auxiliaire que l'adversaire de l'autorité du proviseur. S'il survient un conflit, le recteur est là. Mais

ce conflit, d'où viendrait-il, surtout si le proviseur est un professeur et, par conséquent, un confrère et un ami ? Un professeur peut commettre une de ces fautes légères qui échappent à la sévérité d'un chef; il peut engager le corps par sa conduite ou par ses relations. Faudra-t-il supporter le poids de cette solidarité, ou s'exposer à compromettre toute une carrière en portant plainte aux supérieurs? Il ne s'agit souvent que d'un avis donné à propos. Le Conseil n'est pas seulement chargé de veiller à l'honneur commun ; il pense aux intérêts de tous et de chacun ; il se fait l'interprète de la sympathie générale : si une injustice est commise, il se charge d'en obtenir la réparation. J'ai reçu cinq réclamations de cette nature; je les ai fait examiner aussitôt. Deux étaient sans fondement. Les trois autres se trouvèrent justes. Nous avions commis des erreurs; nous les avons immédiatement réparées. Je ne crois pas que mon autorité en ait souffert. Ce qui diminue l'autorité, c'est l'erreur commise ; l'erreur réparée la relève. Pourquoi les professeurs n'auraient-ils pas un conseil de l'ordre, quand' les avocats en ont un*? J'ai consulté sur cette création un assez grand nombre de proviseurs. Les avis sont partagés. Les proviseurs dont l'autorité sur leurs collaborateurs est incontestable et incontestée, sont ceux qui désirent le plus avoir à côté d'eux un conseil de famille. Le décret de 1808 divisait les professeurs en trois

'^l. On objecte que les avocats ne sont pas des fonctionnaires et que, s'ils n'avaient pas de conseil de Tordre, ils ne seraient soumis à aucune autorité. Ce second point est une erreur de fait. Ils seraient soumis à Tautorité du tribunal; et cela est si vrai, que, dans les petits barreaux où l'élection est impossible, le tribunal remplit les fonctions du conseil de l'ordre.

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classes, non d'après leurs mérites, mais d'après leurs fonctions. Les professeurs de philosophie, de rhétorique, de mathématiques spéciales, de physique étaient de première classe. Ainsi un élève de ÙÉcole normale, reçu agrégé de philosophie, entrait dans un lycée comme professeur de première classe, tandis que le professeur de sixième, qui pouvait être excellent et compter de longues années de services, était maintenu à la dernière classe. Une organisation meilleure a prévalu ; la promotion de classe se donne maintenant à tous les professeurs indistinctement suivant la durée et la valeur de leurs services.

Les professeurs de septième et de huitième ont seuls été exceptés de cette mesure réparatrice. On n'exige point d'eux le titre d'agrégés, qu'on exige de tous les autres professeurs ; de cette première différence découlent toutes les autres. Quand j'ai pris la direction de l'administration, ils portaient le nom de maîtres élémentaires, étaient assimilés aux maîtres d'étude et payés comme eux, avec peu de différence, faisaient presque partout une partie de leur besogne, et ne participaient à aucun conseil. Le décret du 26 septembre 1872 améliore leur traitement, les dispense de toute surveillance en dehors de leurs classes, leur confère le titre de professeurs, et donne à ceux d'entre eux qui seront agrégés, les mêmes droits qu'aux autres professeurs d'humanités. Mon opinion, que j'expliquerai dans un autre chapitre, est que les classes inférieures du lycée, depuis la huitième jusqu'à la cinquième inclusivement, devraient être constituées de manière à préparer aux classes supérieures, pour ceux qui doivent continuer leurs études, et à former un ensemble complet, pour ceux

qui ne doivent point aller au delà. Cette réforme une fois faite, la nécessité de donner une situation égale aux professeurs des quatre classes inférieures serait plus évidente que jamais. Dès à présent, les anciens maîtres répétiteurs ont pris, parmi leurs collègues, le rang qui leur est dû. Le commencement, en toutes choses, et en éducation principalement, a une telle importance, que je puis à peine m'expliquer la situation faite pendant si longtemps aux professeurs de septième et de huitième. J'ai connu un professeur qui avait débuté dans renseignement, à l'âge de vingt ans, en 1790, par la classe de cinquième, qui était la dernière classe du collège. En 1808, le collège fut rétabli dans les mômes conditions; il reprit sa chaire- On jugea à* propos, en 1825, de créer une chaire de sixième ; il la réclama aussitôt, et il est mort professeur de sixième en 1831, aimé et estimé de tous ses collègues, adoré de ses élèves. Il se nommait Tabbé Basset. Tous mes condisciples survivants doivent se le rappeler. Je n'ai jamais connu ni un meilleur professeur, ni un plus excellent homme.

Il me reste, pour avoir passé en revue tout le personnel des lycées, à parler des maîtres d'étude. Tant que l'Université aura des pensionnats dans chacun de ses collèges, la question des maîtres d'étude sera l'une des plus importantes et, je le crois, la plus difficile qu'on puisse examiner. Dans tous les cas, il y aura toujours des pensions, publiques ou libres, grandes ou petites, et toujours des maîtres d'étude.

Les établissements religieux ont, à cet égard, un avantage sérieux sur les établissements laïques. Certains prêtres acceptent la fonction de maître d'étude; à défaut de prêtres, on a sous la main de jeunes

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abbés, qui seront prêtres dès qu'ils auront l'âge voulu. On peut faire ainsi de très-bons choix. Le maître ne dédaigne pas sa fonction, parce qu'elle est analogue à toutes celles qu'il remplira par la suite ; elle fait partie de sa vocation ; et l'élève respecte le maître à cause du caractère dont il est revêtu. Pour les laïques, au contraire, le recrutement est difflcile, le personnel, par conséquent, fort mélangé, presque toujours mécontent de son sort, et sans influence quelconque sur les élèves. Le maître commande sans affection, l'élève obéit sans respect. L'enfant peut aimer son professeur, s'attacher à lui ; mais il n'aime jamais son maître d'étude, même digne d'être aimé, parce qu'il y a dans le collège une sorte d'esprit public qui le lui défend. Celui-ci, de son côté, se sentant dédaigné par ceux à qui il commande, a le commandement dur. On obtient la régularité, mais la maison n'a pas de charmes; le règlement est subi, le maître est détesté ; le cœur de l'enfant, qui a besoin d'affection, se resserre. Tout le monde dit : il faut trouver. Il le faut, en effet ; mais la difficulté est immense.

On est, en général, trop sévère pour les maîtres d'étude. On les juge avec d'anciens souvenirs, qu'il faudrait contrôler et rectifier. La plupart sont d'honnêtes gens, remplissant bien leur devoir, mais ayant le tort ou plutôt le malheur de ne pas l'aimer. Voici ce qu'on leur demande : coucher au dortoir avec les élèves, sans jamais découcher ; suivre les élèves du dortoir à la salle d'étude et de la salle d'étude à la récréation ou au réfectoire, sans jamais les quitter; manger avec eux et comme eux au réfectoire ; les accompagner, le jeudi et le dimanche, à la chapelle et à la promenade ; faire le même service pendant la moi-

lié des vacances. Et voici ce qu'on leur donne, outre la table et le lit : un traitement qui varie de 500 fr. à 1200 fr., et la perspective de devenir surveillant général ou régent dans un collège communal. Dans ces conditions, par qui ces places peuvent-elles être désirées? Par trois sortes de personnes : par des jeunes gens trop pauvres pour suivre à leurs frais les cours de facultés, et qui se résignent à être maîtres d'étude pendant trois ou cinq ans pour étudier le droit ou la médecine ; par des aspirants à la licence ou à Tagrégation qui n'ont pu se faire recevoir à rÉcole normale, et enfin par des jeunes gens qui acceptent la carrière de renseignement dans ce qu'elle a de plus rude, en consentant à passer toute leur vie dans les collèges communaux. Les premiers ne peuvent avoir aucun goût, ni aucune aptitude pour ce qu'ils font; ils acceptent une servitude par nécessité ; on ne peut attendre d'eux que de la ponctualité. Les seconds sont rarement des sujets distingués; presque tous ont échoué au concours de l'École normale, mais il leur faut une certaine aptitude et un grand amour du travail, puisqu'ils se destinent à affronter les épreuves très-difficiles de la licence et de l'agrégation; les troisièmes sont des fruits secs, parvenus au baccalauréat, dont l'idéal est d'obtenir le grade de licencié à force de persévérance, et de végéter ensuite dans une classe avec 1800 fr. ou 2000 fr. de traitement, jusqu'à l'âge de la retraite. Les maîtres d'étude de la seconde et de la troisième catégorie ont sur ceux de la première l'avantage d'appartenir réellement à l'Université et aux études scientifiques ou littéraires. Ils ne peuvent pas aimer leur profession, qui n'est pas faite pour être aimée;

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mais ils peuvent aimer la carrière de renseignement, et c'est tant mieux, pour eux et pour leurs élèves.

Leur genre de vie les condamne à n'avoir aucune distraction, ni aucune relation. Ils n'obtiennent de leurs chefs qu'une politesse froide. Ils ne peuvent montrer d'autre mérite, dans l'exercice de leurs fonctions, que de la ponctualité, de la patience et de la fermeté mêlée à une certaine douceur. Il ne leur est pas permis d'avoir de la familiarité avec leurs élèves ; ils vivent constamment au milieu d'indifférents ou d'ennemis.

On s'est souvent occupé, par esprit de justice pour eux^ et daus Tiotérèt de l'éducation des enfants, d'améliorer leur sort pour rendre le recrutement plus facile et le personnel plus capable. Il faudrait qu'au lieu d'être, comme ils le sont, les organes da règlement, ils fussent auprès de leurs élèves les représentants de la famille, et qu'au lieu d'accepter leurs fonctions comme une servitude et un pis-aller, ils les choisissent par goût et par vocation. On a augmenté leur traitement, qui n'en reste pas moins très-minime. M. de Salvandy leur a donné le nom de répétiteurs ; s'il avait pu les transformer réellement en répétiteurs, leur donner le temps de corriger les devoirs, surtout les en rendre capables, il aurait transformé nos lycées. Ce qui a été fait de plus sérieux dans leur intérêt, c'est l'institution de conférences préparatoires à la licence et à l'agrégation. Le collège devient ainsi, pour le maître d'étude, une sorte d'école normale. Cela n'est possible que dans lès grands établissements, et suppose un bon choix de maîtres d'étude et un grand zèle dans les professeurs.

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Tant que le maître d'étude ne pourra pas être aimé, il sera ce qu'il est ; et pour qu'il puisse être aimé, il faut d'abord qu'il soit considéré. Examinez n'importe quel collège : vous verrez que les élèves se savent les subordonnés du maître d'étude et se croient ses supérieurs. M. de Salvandy avait pensé, avec raison, que cela changerait dès que le maître donnerait des preuves de capacité : j'en conviens; et je conviens aussi qu'il pourrait, tout en maintenant Tordre dans l'étude, corriger quelque devoir; mais il n'en corrigera tout au plus que deux ou trois ; il ne sera donc pas répétiteur, il restera maître d'étude.

Une des choses qui le diminue le plus aux yeux des élèves, c'est la dureté de sa condition. Ils voient qu'il est malheureux; ils ne le plaignent pas d'avoir été contraint d'accepter une vie si pénible ; on n'apprend que bien tard à honorer le sacrifice et la pauvreté, si même on l'apprend. Le maître, dégagé de cette assiduité qui en fait aujourd'hui une sorte de moine, serait à la fois plus libre, plus heureux et plus maître*.

On m'a attribué le projet de remplacer les maîtres d'étude par des officiers. J'y ai pensé seulement pour les cours préparatoires aux écoles spéciales militaires. Les officiers auraient été de véritables répétileurs pour les mathématiques, des directeurs de la

1. Au lycée Henri IV, pour retenir agréablement les maîtres d*étude à l'intérieur^ aux heures de liberté^ et relever leur condition, on a créé un cercle, où ils peuvent se réunir aux professeurs, profiter de leur entretien, consulter une bibliothèque, lire les revues et les journaux, et se donner quelques distractions honnêtes. L'idée est bonne, et mériterait d'être généralisée.

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gymnastique et des exercices militaires, des inspecteurs pour tout le reste ; ils auraient eu sous leurs ordres d'anciens sous-officiers qui auraient suffi pour maintenir Tordre, et qui les auraient dispensés de l'assiduité au dortoir et au réfectoire. Il y a, parmi les anciens sous-officiers de Tarmée et particulièrement dans la maîtrance, des hommes excellents, à la fois doux et fermes, qui auraient parfaitement convenu à ces fonctions subalternes, et dont les élèves auraient accepté Tautorité, précisément parce qu'ils ne sont pas de leur classe. Je leur donnais tout ce qui diminue le maître, la fonction matérielle, et aux officiers tout ce qui l'élève, la fonction morale et intellectuelle. Pour les autres quartiers, où il ne sauraitétre question d'introduire des marins ou des militaires, je suis persuadé qu'il faut chercher dans le même ordre d'idées : se décharger de beaucoup de détails sur de bons surveillants connus et acceptés pour tels, et transformer les maîtres en véritables répétiteurs, selon la pensée [de ^M. de Salvandy. Si le temps des études est réduit à cinq heures, comme je le propose, ou même à trois heures au lieu de sept, les maîtres d'étude gagneront plusieurs heures de liberté. Leur rôle dans la maison en sera modifié. Ils seront plus estimés, parce qu'ils seront moins assujettis. Cette amélioration dans le sort des maîtres d'étude est urgente. Il est, en outre, indispensable qu'ils participent à l'enseignement. Je ne cesserai de le dire : dans une maison d'éducation, il faut enseigner pour avoir de la considération. Je sais combien cela s'éloigne des idées reçues ; mais j'y persiste. Si j'étais le maître, je donnerais de l'autorité aux médecins dans les hôpitaux, ce qui serait une grande

innovation, et, suivant beaucoup de personnes, une grande témérité. L'autorité fondée sur la capacité est la seule qui ne soit pas factice.

En résumé, les maîtres d'étude ne peuvent être considérés qu'à condition d'être vraiment répétiteurs, c'est-à-dire de corriger les devoirs et de faire réciter les leçons. Ils ne peuvent le faire, dans un quartier de vingt-cinq à trente élèves, qu'à condition d'avoir à côté d'eux, sous leurs ordres, des auxiliaires qui concourent à obtenir la régularité et le silence. Doubler chaque maître d'étude d'un second maître d'étude, cela paraît impraticable à cause de la dépense. On en viendrait à bout seulement dans les cours préparatoires où l'on aurait introduit le régime militaire. Partout ailleurs, il faudrait revenir à l'idée de diviser les maîtres en deux ordres : les uns qui seraient surtout surveillants, et les autres qui seraient presque professeurs. On passerait par avancement de la seconde classe à la première, et la considération qui s'attacherait aux répétiteurs , se communiquerait naturellement aux aspirants-répétiteurs. Ce n'est qu'un palliatif, je l'avoue ; mais combiné avec la diminution notable des heures de service qui résulterait du nouveau plan d'études, il contribuerait à augmenter le bien-être des maîtres-répétiteurs, à leur donner une dignité et une autorité à peine compatibles avec leur assujettissement actuel, et à permettre de les recruter dans des conditions infiniment meilleures. Tant que le maître d'étude, quel que soit le nom qu'on lui donne, ne sera pas aimé par les élèves, consulté par les professeurs et par les parents, et traité par eux comme un égal, nos maisons d'éducation ne mériteront pas ce titre. C'est sur-

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tout le maître d'étude qui doit avoir des sentiments de père pour ses élèves, et se regarder comme tenant la place de ceux qui les lui ont confiés*. Si Ton dit que de tels résultats ne sauraient être obtenus dans de grands établissements (ce qui ne me paraît pas démontré), je réponds que c'est une raison de plus, et une raison péremptoire pour supprimer les internats, et pour revenir à l'éducation domestique.

Il y a aussi un autre système, que nous avons abandonné en France, et qui n'y trouverait certainement aucune faveur dans les premiers temps , si on le faisait renaître : c'est de donner une partie de la surveillance à des écoliers. J'entends d'ici les réclamations : c'est un espionnage ! Pas du tout ; il n'y a pas d'espionnage à ciel ouvert. On peut donner les galons de sergent-major à ([uelques élèves, et étendre jusqu'au temps de l'étude l'autorité qui leur est confiée pendant les exercices. Il n'y a là ni espionnage, ni atteinte à la camaraderie. Dès que les fonctions de surveillants appartiendraient pour une faible part aux premiers élèves, elles changeraient de caractère aux yeux dé tous , et les répétiteurs pourraient surveiller aussi , sans déroger.

J'ai vu pratiquer ce système, dans mon enfance, sur une très-vaste échelle. Nous n'avions qu'un seul maître d'étude pour soixante élèves ou même davantage ; mais il y avait à chaque banc un élève chargé de maintenir l'ordre, et qui s'en acquittait fort bien, sans être mal vu pour cela, et sans cesser d'être un camarade. Le maître sortait sans difficulté ; le silence

1 . « Sumat ante omnia parentis erga disclpulos suos animum, ac succedere se in eorum locum, à quibus sibi liberi Iraduntur, existimet. • (Quiatil., lib. H, cap. n.)

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n'en continuait pas moins. Tout est de s'y accoutumer. Les grades militaires sont un très -bon véhicule pour y parvenir. Il faut que nous sachions que nous sommes à peu près les seuls, dans toute l'Europe, à ne pas utiliser les grands élèves pour maintenir les petits dans la discipline.

Si je me laisse aller à raconter ce qui se passait dans mon collège, pour la récitation des leçons, c'est afin de donner aux professeurs d'à présent une idée de nos anciennes mœurs scolaires. J'ai fait mes études il y a cent cinquante ans, par la raison que le collège où j'ai étudié retardait pour le mioihs d'un siècle. Je dois à cela d'ignorer à peu près toutes choses, et de savoir passablement le latin. Je crois qu'en prenant huit ou dix jours pour m'y remettre, je le parlerais encore, comme autrefois, aussi facilement que le français. On donnait les places tous les quinze jours, en grande solennité. Dès que le régent avait prononcé' les mots sacramentels : « Je vais donner les places, » nous partions tous , comme une volée d'oiseaux, pour nous entasser sur les derniers bancs de la classe. Le régent lisait alors lentement la première copie; et tous les élèves, les plus forts élèves, de se regarder. « Est-ce toi ?» L'heureux mortel faisait un signe, tout rouge de plaisir. On proclamait ensuite son nom au milieu d'applaudissements unanimes, et il allait aussitôt prendre sa place, sur une chaire élevée de plusieurs marches, à la droite de la chaire du professeur, où l'on montait par une échelle. Même cérémonie pour le second , qui siégeait à gauche ; on les appelait le premier et le second empereur. Tout le monde prenait place ensuite, le troisième d'un côté, le quatrième de l'autre , jus-

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qu'à la fin de la liste qui comprenait soixante ou quatre-vingts noms. Le régent disait alors : Cœteri ordine periurhato; et la plebs se réfugiait assez piteusement sur les derniers bancs, auprès de la porte d'entrée. Ceux qui siégeaient à droite étaient les romains ; à gauche étaient les carthaginois ; les malheureux du fond n'étaient que des alliés, ou même, si leurs copies avaient été trop mauvaises , de simples tributaires. A notre entrée en classe , les romains faisaient réciter leur leçon aux carthaginois, et les carthaginois aux romains : tout le monde récitait à la fois, mais on s'entendait trè&-bien, et il n'y avait aucun désordre, quoique le régent ne fût pas là. L'autorité, pendant ces vingt minutes, était exercée par le grand censeur, élevé à cette dignité pour sa conduite exemplaire , et dont la chaire était placée devant celle du professeur, comme celle du chantre dans les temples protestants. Quand le régent entrait, on lui remettait un rapport qui était toujours très-véridique. De loin en loin , il faisait réciter une leçon. Dès qu'il appelait un romain, le carthaginois qui avait le numéro correspondant , se levait aussi, et ils allaient au poteau, adpalum, c'està-dire qu'ils s'adossaient à la poutre qui soute- , nait le plafond au milieu de la classe. Là ils récitaient leurs leçons l'un après l'autre, et quelquefois l'un d'eux, qui se croyait sûr de l'emporter, provoquait son concurrent sur les autres leçons de la semaine. Le samedi , on récapitulait tous les rapports, et l'on savait alors officiellement quel camp l'avait emporté. Le grand censeur s'avançait au milieu des romains, qui éclataient en applaudissements, et plaçait sur les murs une pancarte portant ces

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mots : Romani victores; puis il passait au côté gauche, où la désolation était générale , et y suspendait la pancarte : Carthaginienses victi. Pendant les huit jours suivants, toutes les exemptions , toutes les faveurs étaient pour les romains. Nous n'étions pas plus sots, j'imagine, qu'on ne Test aujourd'hui, et pourtant même en rhétorique, nous étions passionnés pour tout cela; nos régents faisaient comme nous, et on parlait de nos affaires dans la ville avec un grand sérieux. Quand un élève était trois fois de suite premier empereur, il donnait un demi-congé à tout le collège : Vacabunt scholœ serotinis horis lotis, alumno *** in secunda classe ter Hum imperante. C'était pour tout le monde un véritable événement. Je me rappelle l'enthousiasme de l'abbé Ropert, un jour que je fus proclamé premier empereur pour la septième fois, sans aucune interruption. Mon ami Frédéric Guérin, qui est aujourd'hui premier président de la cour de Bourges, et mon ami Âlliou, qui est proviseur au Mans, et qui valaient mieux que moi l'un et l'autre, en séchaient de dépit. Ce qui est certain, c'est que le pensum était à peu près inconnu parmi nous, et que nous savions tous nos leçons sans que le professeur s'en mêlât.

Je ne propose pas de recommencer ces enfantillages ; mais ils n'étaient que l'exagération de coutumes fort anciennes, dont quelques-unes subsistent encore. Sous l'ancienne Université , les boursiers formaient fréquemment une sorte de tribunal disciplinaire ' ; des élèves étaient préposés au réfectoire,

1. Dans le règlement du collège d'Autun, rarticle 11 se termine ainsi : « .... les boursiers étant obligés d'y disputer et d'y répondre al>

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an dortoir ; les élèyes de l'École de droit, ou canonistes, avaient un syndic , qu'ils s^élaient donné eux-mêmes. Cette coutume existe encore à l'École normale, où les chefs de section servent d'intermédiaires entre le directeur et les élèves. En An^eterre et en Allemagne, on associe les élèves les plus avancés au maintien de la discipline, et on se trouve bien de ce régime. Ils font l'office de frères aînés. Tout ce qui contribue à montrer aux enfants l'image de la famille dans le collège, est salutaire. Les petits voient le règlement avec moins d'effroi dès que les grands paraissent s'y intéreiser. Il y a, dans toute réunion d'hommes, — ou d'enfants, — un esprit public. Quand l'esprit public est tourné vers la lutte contre les maîtres et le rè- Cément, il n'y a plus de salut pour la maison que dans la sévérité. Les enfants se considèrent de bonne foi comme de pauvres victimes, le règlement est leur ennemi, ils ne demandent qu'à le violer quand ils le peuvent impunément, et ils détestent trèscordialement tous ceux qui sont chargés de l'appliquer. Leur colère s'acharne d'abord sur les maîtres d'étude, qui sont les tyrans immédiats , et qui d'ailleurs sont les plus faibles et les plus humbles ; et le respect qu'ils conservent encore dans ces conditions pour les fonctionnaires les plus élevés du collège, est cette espèce inférieure de respect que la force commande, gradua infimus reverentiœ, et qui est moins efficace, ïnoins élevé et moins salutaire que le respect dont l'estime et l'amitié sont les fondements.

temativement soos les peines d'estre muictés par le dit principal et les trois anciens boursiers; laquelle mulcte ira au proffit des présans desdites facultez. * (Jourdain, ((., p. 246.)

Tout change quand les grands et les premiers^ c'està-dire les chefs de l'esprit public, sont associés à l'exercice de Tautorité. Le règlement devient alors populaire ; et ceux qui le maintiennent avec énergie sont les défenseurs courageux et autorisés de la propriété commune. Si même il existe dans les traditions du collège quelqu'une de ces coutumes qui n'ont d'autre raison d'être que leur ancienneté, ni d'autre mérite que celui de ne pas se retrouver ailleurs, les moniteurs et leurs camarades ne s'en montrent que plus attachés à la vieille maison. Voilà ce qui se fait chez nous ; cela se faisait quand mon père était sur ces bancs; je le raconterai à mes enfants quand ils y viendront à leur tour. La perpétuité et la cérémonie ont des attaches puissantes avec le sentiment de la famille, et ceux qui les dédaignent et prétendent qu'elles ne prouvent rien et ne servent à rien, ne connaissent pas à fond le cœur de l'homme. Nos écoliers sont bien certains que si l'on venait à supprimer la Saint-Charlemagne [horresco referens)^ ou quelque autre joyeuse coutume, leurs moniteurs se montreraient d'énergiques soutiens de leur bon droit; et conséquemment ils les approuvent quand ils déploient la môme vigilance pour maintenir le bon ordre. Ces sentiments pris au collège seront-ils sans influence dans la vie? Dans un pays bienor- ' ganisé, ou dans une bonne école, la loi est consi-, dérée comme un patrimoine qui fait la sécurité de chacun et l'honneur de la communauté ; et de même que les Anglais trouvent au besoin des constables volontaires jusque dans les premiers rangs de la société, ils ont aussi dans leurs écoles des surveillants volontaires qui se trouvent fort honorés

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de cette fonction , et s'en acquittent avec conscience.

A Harrow, tous les élèves de la sixième classe (c'est la classe la plus élevée, la rhétorique) ont de l'autorite sur les autres élèves ; mais les moniteurs proprement dits sont les quinze premiers élèves de sixième. Dans quelques écoles anglaises on a recours, pour les installer, à un certain appareil. A Winchester, le principal institue officiellement les moniteurs en leur disant, dans un latin qui sent fort le moyen âge: Prœficio te sociis concameralibus, A Rugby, on leur donne une canne comme insigne de leur dignité, et je pourrais dire aussi comme instrument, car ils s'en servent assez fréquemment sur le dos et sur les mains de leurs condisciples, habitude essentiellement anglaise , et qui nous paraît honteuse et barbare de ce côté du détroit. En général, les moniteurs ne font pas de rapports; ils punissent eux-mêmes directement; mais le délinquant peut interjeter appel soit auprès des maîtres, soit devant la classe de sixième tout entière, constituée en tribunal. Il est rare que ces appels aient lieu , parce que les punitions sont infligées avec beaucoup de discernement et un grand esprit de justice.

Il y a fort longtemps que M. Cousin a visité l'Allemagne; mais je le cite de préférence, à cause de sa propre autorité, qui est très-grande en matière pédagogique. Voici comment il décrit la situation des moniteurs ou inspecteurs à Schuhlpforta. Le gymnase de Schuhlpforta est un des rares gymnases à pensionnat que Ton rencontre en Allemagne. Il se compose d'environ deux cents boursiers , et d'une trentc^ine d'élèves dont les dépenses sont payées par leurs

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familles. II n'y a point d'externes, Pforta n'étant pas même un village, à l'époque où le collège y a été bâti. « La discipline, dit M. Cousin^, n'est pas moins soignée à Schuhlpforta que les études. Tous' les élèves, à l'exception de ceux qui demeurent chez les professeurs titulaires, car les professeurs titulaires ont seuls le droit d'avoir chez eux quelques élèves, sont partagés en douze chambres. Dans chaque chambre , il y a plusieurs tables, à chacune desquelles travaillent trois ou quatre élèves. La première table est présidée par un élève de la première classe , ou de la première division de la seconde, et cet élève s'appelle Obergeselle, c'est-à-dire à peu près, maître-compagnon ; la seconde table est présidée par un élève de la seconde classe que l'on appelle Mittelgeselle ^ le compagnon du milieu; la troisième et la quatrième par des élèves de troisième, qui sont les compagnons inférieurs, Untergeselle. Le maître-compagnon, notre sergent, a toute autorité sur les autres, et leur donne tous les jours une leçon de latin ou de grec, ce qui a pour effet de ne laisser aucun élève sans secours dans ses travaux particuliers, et de fortifier les plus capables par les leçons mêmes qu'ils donnent aux plus faibles. Comme chaque table a son directeur, de même chaque chambre a le sien dans un élève qu'on appelle inspecteur, et qui a la surveillance sur tous les élèves de sa chambre Il est le maître de quartier, et c'est lui qui est responsable de tout ce qui se passe dans cette partie de rétablissement. Les douze inspecteurs sont choisis

1 . Rapport sur Vétat de VimtrueUon publique dans quelques pays de VÀllemagne et particulièrement en Prusse, par M. Victor Cousin Paris, 1833, p. 100 sqq.

tous les six mois, à la suite du grand examen, en présence des élèves ; et après qu'on leur a fait connaître les devoirs qu'ils auront à remplir, ils pren> nent, entre les mains du recteur, l'engagement d'y être fidèles. Dès lors, ils ont sur les autres élèves une autorité qui ne peut être méconnue. Us rappellent à l'ordre ceux qui s'en écartent, et peuvent même , au besoin , imposer quelques pensums ou défendre de descendre au jardin pendant les récréations. Ils font leur rapport au recteur (proviseur), ou au professeur qui est de semaine, sur toutes les fautes graves et qui entraîneraient de plus fortes punitions. C'est Tinspecteur qui sert à table pendant le diner.

« Chaque semaine deux des inspecteurs sont chargés de la surveillance générale de toute l'école....» Ce sont les fonctions de notre censeur. Et la Schuhlpforta marchait très-bien dans ces conditions. M. Cousin le constate. En France, pour deux cent cinquante élèves, il nous aurait fallu un censeur et huit maîtres d'étude.

a Je crois qu'on ferait une bien mauvaise besogne, si on introduisait immédiatement le système des moniteurs dans nos lycées. On ne peut procéder, dans ces matières, que paressais. Les exercices militaires, comme je l'ai déjà indiqué, sont un excellent moyen d'habituer les jeunes gens soit à exercer l'autorité, soit à subir celle de leurs camarades. Il sufBt, pour commencer , d'étendre l'autorité des sergents aux divers mouvements de la maison. Même si l'on supprime, ou si Ton diminue dans une proportion considérable, les internats, il y aura toujours besoin d'une surveillance, et possibilité de la faire exercer par des élèves. Je bannirais absolument tous les

rapports : un système qui suppose une dénonciation, quelque honorable qu'en soit le but, ne sera jamais accepté par les mœurs dans notre pays. Les inspecteurs infligeraient directement certaines punitions légères. J'aurais soin de donner au délinquant le droit d'en appeler à l'autorité supérieure , car des hommes de quinze à dix-huit ans peuvent manquer d'expérience et de réflexion. Je serais bien surpris s'ils se trompaient souvent et s'ils manquaient d'esprit de justice. Je crois qu'on pourrait laisser à l'élève puni la liberté d'adresser ses réclamations soit aux maîtres, soit à tous les inspecteurs réunis en une sorte de cour d'appel. Cette dernière pratique est en usage à Harrow. Les élèves préfèrent presque toujours le second moyen au premier, pour vider entre eux leurs difiérends. C'est le régime du selfgovemment appliqué aux écoles. Les professeurs sont toujours là, même quand ils se cachent et laissent aux jeunes inspecteurs les soins et l'honneur du commandement; et le Principal sait exactement tout ce qui se passe, et se tient prêt à intervenir s'il y a mollesse ou abus de pouvoir. Ce système me rappelle une anecdote qu'on raconte du roi Louis-Philippe. On lui montrait un tableau représentant une entrevue de la régente et des principaux personnages de la Fronde ; et on lui disait : « Il est surprenant qu'il n'y ait pas de gardes ? — Il y en a, répondit-il ; mais on ne les voit pas. »

Il nous faut un grand luxe de surveillants, et des surveillants sévères, parce que notre règlement est durj et qu'on doit se faire violence pour l'observer. Le métier de maître d'étude serait plus supportable si la maison était plus aimable. Est-ce que l'on souf-

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fre de la règle, dans une famille ? Est-ce que le devoir est pénible, dans la vie? A part ces grandes occasions, heureusement si rares, où le cœur se divise, la route du devoir est presque toujours aisée ; c'est notre pente naturelle. Pourquoi, si nous devons Taîmer, commencer par le rendre haïssable ? Pourquoi cacher aux enfants la tendresse qu'on a pour eux? Pourquoi s'attacher à rendre lugubre cette maison qui devrait être une seconde maison paternelle? La morale est une religion ; elle est faite comme les religions, de sublimité et de douceur. Comme on s'accoutume aux manières du monde, au bel usage, à la conversation des gens bien élevés, aux plaisirs délicats, A la lecture des bons livres, à la science , au grand art, et qu'on ne peut plus ensuite, sans une souffrance réelle, fréquenter des sots , lire des ouvrages mal écrits, occuper son esprit de futilités ; de môme aussi, quand on a appris à pratiquer constamment la justice, et qu'on s'en est fait une seconde nature, ce n'est plus une étude de la chercher, une peine de lui obéir; au contraire, on la discerne du premier coup d'œil, et, sans effort, on s'y range, comme on va, dans une foule, du côté des siens pour y respirer plus à l'aise. « La vertu n'est pas, comme dit l'Eschole, plantée à la teste d'un mont coupé , rabotteux et inaccessible : ceulx qui l'ont approchée la tiennent, au rebours, logée dans une belle plaine fertile et fleurissante, d'où elle veoid bien soubs soy toutes choses; mais si peult-on y arriver, qui en sçait l'actdresse, par des routes ombrageuses, gazonnees et doux fleurantes, plaisamment, et d'une pente facile et polie, comme est celle des voultes célestes. Pour n'avoir hanté cette vertu suprême, belle.

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triomphante, amoureuse, délicieuse pareillement et courageuse, ennemie professe et irréconciliable d'aigreur, de déplaisir, de crainte et de contraincte, ayant pour guide nature, fortune et volupté pour compaîgnes; ils sont allez, selon leur foiblesse, feindre cette sotte imag«, triste, querelleuse, despite, menaceuse , ruineuse, et la placer sur un rochier à Tescart, emmy des ronces ; fantosme à estonner les gents*. »

J'ai vécu longtemps dans l'Université : elle m'a élevé; elle m'a reçu presque enfant dans ses rangs les plus humbles ; elle m'a confié, depuis, deux de ses chaires les plus illustres ; je l'aime comme une seconde patrie. Je sais combien sont injustes les reproches qu'on lui adresse. Elle fait ce qu'elle peut d'une organisation vieillie, qu'il serait facile de réformer avec un peu de bonne volonté et de bon sens. Ses professeurs sont trèssavants, très-habiles, très-zélés ; ils ont au plus haut degré l'esprit de leur état. Mais ils souffrent de cette organisation imparfaite, qui épuise leurs forces et celles de nos enfants, sans résultat utile. Diminuer considérablement le nombre des pensionnats, faire en sorte qu'ils soient l'exception au lieu d'être la règle; les éloigner, le plus souvent possible, des centres populeux, et les établir dans les banlieues, à la campagne, au grand air , au milieu des jardins; n'avoir plus un corps d'administrateurs séparé du corps des professeurs; substituer à nos répétiteurs les tuteurs à la façon anglaise, qui restent chargés de leurs pupilles pendant toute la durée de leurs études et remplissent à leur égard toutes les fonctions

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