‹ La Réforme de l'Université Impériale en 1811Chapitre 16 sur 107 · LES SÉMINAIRES · texte numérisé non relu

LES SÉMINAIRES

à cet égard qu'un ecclésiastique s'est permis de dire il y a peu de jours à M. Fablon, ancien maire de Clermont, en présence de M. Bernard, inspecteur de l'Académie, qu'il ne connaissait pas, que le séminaire de Montferrand ferait à merveille, que les bâtiments n'étaient plus assez vastes pour recevoir les élèves, qu'au contraire le lycée était désert et que bientôt cet établissement cesserait d'exister.

Dans une circonstance aussi grave, j'ai dû, M. le Comte, vous confier mes craintes et invoquer vos lumières. Vous ' savez jusqu'à quel point l'esprit de plusieurs des départements dont les jeunes gens peuplent le séminaire de Montferrand est opposé à la conscription et vous penserez sans doute qu'il serait extrêmement dangereux d'y maintenir une institution dont le résultat infaillible serait d'y exalter davantage cette .opposition. Je crois donc qu'il convient de ramener le séminaire à sa destination primitive c'est-à-dire à l'enseignement de la logique et de la théologie... 1 »

Ces lettres qui, de partout, répétaient uniformément la même plainte, ne contribuaient pas à améliorer les rapports de Napoléon avec le Pape et avec le clergé. En cette fin de Tannée 1810, et pendant les premières semaines de 1811, la lutte fut particulièrement âpre ; plus elle s'envenimait et plus les soupçons de l'Empereur à l'égard de l'Université augmentaient, plus aussi il voulait être renseigné sur les établissements scolaires existant à côté des lycées ou des collèges communaux. Au début de 1811, Réal, chargé du premier arrondissement de police 2 ,. fit une enquête sur l'état des séminaires ; elle confirma ce que l'enquête générale avait déjà révélé : les séminaires diocésains et les petits séminaires avaient une population scolaire nombreuse, la majorité de leurs élèves ne se destinaient pas à

' L'enquête sur les conseils et la réponse de Ramond sont dans F 7 , 8159 (13972 P. 2.).

1 Cet arrondissement comprenait les départements du Nord et de l'Ouest; v. YAlmanach impérial.

l'état ecclésiastique ; par leur prix inférieur à celui des lycées les établissements que dirigeaient les prêtres plaisaient aux familles que n'inquiétaient pas d'ailleurs un enseignement souvent médiocre et la proscription à peu près générale et systématique des sciences physiques et de l'histoire

Assurément il semblait que les Pères de la Foi, qui souvent avaient inquiété Napoléon, et sur lesquels il demandait, encore en 1811, que des recherches fussent faites 2 , avaient officiellement disparu : les préfets consultés n'en connaissaient pas ; tout au plus deux d'entre-eux, Barat,

— naguère à Auxerre et maintenant à Troyes, — Gloriot

— qui enseignait au séminaire de Besançon mais que l'archevêque surveillait, — étaient-ils mentionnés dans les rapports. Si la corporation n'existait plus, son esprit était resté agissant : « Je n'en suis pas plus rassuré, écrivait encore Ramond, sur les principes des établissements où domine l'influence ecclésiastique. Si les Jésuites ont été plus dangereux que d'autres corporations c'est parce qu'ils avaient su s'emparer de l'instruction publique, laquelle ne sera jamais confiée sans péril à des gens qui ont un autre intérêt que celui de l'État ». Dans les Deux-Sèvres, un incident avait démontré que les principes des Pères de la Foi étaient tenus en honneur dans les établissements ecclésiastiques : « Tous nos collèges, écrivait le préfet, sont tenus par des laïques ou par des prêtres mariés. La seule institution, dite collège de Bressuire, est dirigée par des ecclésiastiques mais on n'y a point admis de ci-devant

1 L'enquête, résumée le 10 mars 1811, est dans F 7 8369. J'ai donné à la suite des documents publiés ci-dessous quelques-unes des indications des préfets.

* Le 21 janvier 1811 il écrivait à Savary : « Faites des recherches pour connaître les collèges de France où il existe des Pérès de la Fol. » De Brotonne, Lettres inédites, 306.

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