LE LYCÉE DE CLERMONT
l'Ecole centrale des Hautes-Pyrénées, partisan décidé et défenseur ardent de l'Université, résumait l'histoire de la lutte que se livraient depuis plusieurs années, dans le département, renseignement de l'Etat et celui de l'Eglise :
« Le lycée de Clermont succombe sous le poids de la cabale qui a un intérêt à le désorganiser ; on ne peut cependant en imputer la cause au zèle, à l'instruction et à la moralité de ses professeurs, mais bien à la coupable intrigue qu'il est de mon devoir de vous dévoiler parce qu'elle attaque le gouvernement dans la génération qui bientôt sera destinée à le servir.
Peu de temps après la suppression de l'Ecole centrale, quelques-uns des principaux ecclésiastiques qui entourent M. l'évêque et quelques individus qui leur étaient plus particulièrement dévoués, formèrent un collège à Clermont, qu'ils composèrent de prêtres insermentés et d'où ils bannirent avec une sévère discrétion le mode d'enseignement admis dans les établissements publics ; ce collège flatta les passions et les préjugés d'un trop grand nombre d'individus pour n'avoir pas des succès extraordinaires ; on intrigua alors pour empêcher l'organisation du lycée qui avait été promis à la ville ; mais le Conseil général du Département porta son vœu aux pieds du Trône et il instruisit les ministres de Sa Majesté de la nécessité d'établir à Clermont un enseignement qui fût en rapports avec l'esprit et les besoins du gouvernement; nous obtînmes un lycée de la bienveillance de Sa Majesté qui daigna s'occuper elle-même des détails de cette affaire et qui manifesta dans une audience à M. le maire de Clermont, son mécontentement sur le mauvais esprit de quelques habitans de cette ville.
Le lycée donnait les plus brillantes espérances ; des pensionnaires qui y accoururent des départements voisins recevaient une éducation assortie aux lois de l'Ktat, mais cet ordre de choses n'exista pas longtemps ; les prêtres de l'ancien collège, évincés du bâtiment de Ttxole centrale, établirent des classes dans leur domicile respectif et M. l'évêque, sous prétexte d'établir un séminaire dans le vaste couvent
des Ursulines de Montferrand, y forma un collège qui a aujourd'hui au moins deux cents pensionnaires et un égal nombre d'externes,; des jeunes gens du Puy-de-Dôme, de la Haute-Loire, du Cantal, de l'Allier, de la Creuse et de la Corrèze, sont réunis dans cet établissement sous la direction de prêtres qui joignent à une profonde ignorance, l'esprit le plus fanatique. Le sieur Ojardias, chef de cette institution, était avant 1789 supérieur du collège de Thiers qu'il déshonora par des intrigues et par une banqueroute qu'on regarda généralement comme frauduleuse ; à l'époque de la restauration du culte ce môme individu, succursalier à Champeix, arrondissement d'Issoire, s'est fait remarquer par son esprit tracassier et par sa haine pour le gouvernement actuel ; et c'est lui à qui est confié le soin de diriger l'instruction des jeunes gens qui, par leur fortune et leur naissance, seront appelés avant quinze ans à remplir dans six à sept départements les principales fonctions de l'ordre social.
On ne place pas les enfans au lycée parce que cet établissement appartient au gouvernement, parce qu on y est élevé pour servir le gouvernement, pareequ'on apprend à l'aimer, , parce qu'on se familiarise avec l'exercice des armes qui ont eu et qui doivent avoir à l'avenir une aussi grande influence sur nos destinées, enfin pareeque l'étude des lettres y est heureusement alliée avec celle des sciences physiques.
On court au séminaire de Montferrand parce que là on ne professe que ce que l'on professait avant 1789 : il paraît qu'on a pour objet de laisser la génération qui vient, étrangère aux principes du gouvernement. Des parents aveuglés par la haine ou par l'ignorance peuvent bien vouloir élever leurs enfants de manière à les rendre inutiles à l'État et peut-être dangereux pour lui, mais la haute sagesse de l'Empereur a sçu prévenir d'aussi coupables écarts en con- . fiant l'enseignement public à l'Université.
Le mal est grand, M. le comte, le lycée ne peut pas exister à côté d'un collège qui est exclusivement sous la main du sacerdoce et il ne peut pas être dans la politique du gouvernement d'abandonner le succès d'un établissement qui est à lui, aux intrigues d'une institution qui n'est pas faite dans son intérêt ; cependant les espérances sont tellement folles