LA CRÉATION DES PETITS SÉMINAIRES
L'année même où les premiers lycées étaient créés en France, le Concordat était signé, l'exercice public du culte rétabli et le recrutement du clergé catholique assuré : les archevêquesetévêques pouvaient, en effet, établir, dans leurs diocèses, des séminaires à la seule condition que les professeurs désignes se soumettraient à la déclaration de 1682, et que chaque année la liste des élèves se destinant à l'état ecclésiastique serait soumise à l'autorité l .
L'Eglise aurait pu chercher dans les lycées, dans les écoles secondaires ou dans les pensionnats privés les élèves de ces séminaires diocésains, les futurs prêtres, auxquels l'Etat ou des particuliers auraient donné l'instruction nécessaire ; elle préféra « prendre pour ainsi dire au berceau l'éducation des clercs » et fonda sous le nom de petits séminaires de véritables collèges consacrés à l'instruction secondaire. Bien vite, à côté des élèves préparés pour le séminaire diocésain parurent des jeunes gens qui n'avaient aucune vocation et les petits séminaires, installés dans les villes ou à la campagne, firent une redoutable concurrence aux lycées ; « les ecclésiastiques se joignirent aux maîtres de pension pour décrier les lycées; plus s'accroissait le
* Articles il. 23-25 des articles organiques de la Convention du 26 messidor an IX, publiée par M. Debidour, llist. des rapports de l'Église et de l'État en France. (Pièces justificatives.)
nombre des élèves payants qu'ils attiraient [par des prix moins élevés que dans les établissements de l'Etat ou des communes], plus ils acquéraient de moyens pour élever gratuitement les jeunes gens destinés à l'Eglise; ils profitèrent ainsi de l'idée qu'avait eue Bonaparte d'entretenir des élèves gratuits avec les profits qu'ils faisaient sur les pensionnaires payants... ; l'instruction publique eut beaucoup à en souffrir sans que la religion en retirât un véritable avantage » ; « ces établissements qui, comme les pensionnats, échappèrent plus tard à l'inspection universitaire, empêchaient le développement des lycées malgré tous les progrès qu'y réalisait Instruction 1 ».