‹ La réforme de la conscienceChapitre 4 sur 5 · SI · texte numérisé non relu

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triomphé dans la sphère de l'Idée, trébuche, au seuil de l'existence, et la possibilité d'une philosophie intuitive se trouve établie. 3Iais il n'est pas conforme au bon usage de la raison que l'on fasse deux parts de la réalité. Si le rationalisme est le vrai dans l'ordre du concept, il n'est de démarche ontologique valable que celle qui revôt la forme d'une preuve. Inversement, si la raison discursive ne réussit pas à prendre possession de l'être achevé, c'est que l'idée elle-même implique contradiction. L'intuitionnisme, en tant que méthode philosophique, enveloppe une conception bâtarde du rapport du problème ontologique au problème logique : il mesure à ses propres desseins le succès et l'insuccès de la raison discursive.

S'il est une intuition digne de ce nom, elle ne s'exerce ni dans la sphère du fait, ni dans la sphère de l'Idée. Il est vain de vouloir la fonder en raison. L'intuition ne se justifie ni a priori ni a posteriori : elle se fait, elle se crée. Comme jadis la première certitude cartésienne, elle naît en quelque sorte du néant et meut la conscience entière par la seule vertu de son pouvoir magique. C'est dire que l'intuition suppose une conception de la philosophie tellement différente de ce que l'on entend généralement par ce terme, conformément à la tradition spéculative, qu'une pensée résolument orientée vers l'intuition ne doit prendre le nom de philosophie qu'avec toutes les réserves que commande une différence à ce point radicale. Pour parler net, le problème de l'intuition n'est à mes yeux qu'un moment de la réforme de la conscience dont il constitue, en dernière analyse, le tournant décisif.

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