VI. — La Réforme et les humanistes
VII. — La Réforme et les poètes. — Théodore de Bèze, du Bartas. Agrippa d'Aubigné.
En 1535, aux pays français, la Réforme n'était encore qu'une aube indécise, attendant le lever de Calvin ; une révolte non déclarée, une protestation in petto qui ne pouvait s'appeler protestantisme. La cour de Nérac où trônait Marguerite, soeur de François I*-'^', duchesse d'Alençon, puis reine de Navarre, montre assez bien ce qu'était ce premier mouvement d'émancipation. Sur cette princesse autrefois galante, qui avait conté les facéties de V Heptaméron et qui se regarda plus tard dans le Miroir de l'âme jjécheresse, on ne sait trop que penser : « on la soupçonnoit, dit Brantôme, de la religion de Luther, mais elle n'en fit jamais aucune profession ni semblant, et si elle la croyoit, elle la tenoit dans son âme fort secrète, d'autant que le
roi la haïssoit fort (cette religion). » S'il y avait donc réforme, c'était à huis clos, sous le masque : cette petite cour de Nérac abritait non seulement les religionnaires ou plutôt les émancipés, mais encore les beaux esprits du temps : Marot, Mellin, le conteur Boaistuau, le rimeur Sainte-Marthe qui avait passé deux années en prison et simulé la folie pour en sortir ; l'excellent Jaques Pèletier, celui qui devait TéîormQrVortografe ; et le vénérable et doux Lefebvre d'Etaples (1455-1537) que la Réforme peut réclamer, sinon comme un apôtre, au moins comme un précurseur. En réalité c'était encore la renaissance italienne ou, si l'on veut, celle d'Erasme : on consentait à ébranler l'Eglise et à la diminuer, mais non pour construire à la place une chapelle à part, plus étroite. Dès le commencement du siècle, on avait permis au poète G-ringon, dit Gringore, puis Gringoire, d'écrire, pour le théâtre des Enfantssans-Souci, telle farce, sottie ou moralité persifflant le saint-Père et d'imprimer en tête de ses ouvrages le portrait de Mère- Sotte en robe de moine à capuchon garni d'oreilles d'âne avec cette devise : « Tout par Raison , Raison partout , Par tout Raison. » Mais on n'eût pas permis à Gringon de se déclarer « luthériste. » Rien de plus facile et de plus commun que d'attaquer l'Église : il suffisait pour cela d'être incrédule ; mais pour soutenir la Réforme , il fallait y croire, ce qui pour nous , Français, a toujours été très dur.
Aussi voyons-nous les lettrés, les érudits , les humanistes , incliner d'abord vers les idées nouvelles, tant qu'elles se contentent de démolir, et les quitter dès qu'elles se mêlent de reconstruction. Tels, après Erasme, Budé, Yatable, Govea, les deux Du Bellay, Dolet lui-même, ce vaillant imprimeur qui devait pourtant subir le dernier
supplice. Lorsqu'en 1534, après les fameux placards, on donna en France tant de besogne aux bourreaux, Dolet écrivit sans affectation d'héroïsme : ce J'assiste à ces drames comme simple spectateur, tantôt déplorant le malheur des uns et tantôt riant de la folie des autres, lorsque je les vois braver la mort par une ridicule persévérance et une intolérable obstination. » Sur lui et sur les autres hellénistes ou latinistes de la même école, Calvin ne se faisait aucune illusion, ce II est notoire, écrivait-il, qu'Agrippa, Yillanovanus, Dolet ont toujours professé pour l'Évangile un orgueilleux mépris. A la fin, ils en étaient venus à cet excès de démence et de fureur, que non seulement ils vomissaient d'exécrables blasphèmes contre le Fils de Dieu, mais, pour ce qui regarde la vie de l'âme, ils pensaient ne différer en rien des chiens et des pourceaux... Les autres, comme Rabelais, Des Périers et beaucoup d'autres que je ne nomme pas pour le présent, après avoir goûté l'Évangile, ont été frappés d'un même aveuglement. Les chiens dont je parle, pour avoir plus de liberté à dégorger leurs blasphèmes sans répréhension, font les plaisants : ainsi voltigent par les banquets et compagnies joyeuses et là, en courant à plaisir, ils renversent, en tant qu'en eux est, toute crainte de Dieu. Vrai est qu'ils s'insinuent par petits brocards et farceries sans faire semblant de tâcher, sinon à donner du passe-temps à ceux qui les écoutent ; néanmoins leur fin est d'abolir toute révérence de Dieu. »
Ainsi la Kenaissance et la Réforme, après avoir fait cause commune contre les théologiens officiels — ceux-ci déclaraient ce que le grec est la langue des hérésies y> et défendaient aux professeurs royaux d'expliquer les livres saints « selon le grec et l'hébreu, » sans la permission de
l'Université — la Renaissance et la Réforme, l'une se plaisant dans le doute et l'autre aspirant à la foi devaient se séparer et se combattre. Ce fut un malheur : en continuant à s'entr'aider, l'une fût devenue plus sage et l'autre plus tolérante ; la science n'y eût rien perdu, ni la religion.
Quant au roi François 1°'", bien plus hésitant que sa sœur, il fluctua toute sa vie : tantôt empêchant les supplices et intervenant en faveur des condamnés, tantôt cédant à la réaction au point d'interdire qu'on imprimât un seul livre « sous peine de la hart ; » il est vrai qu'il reprit cet édit à peine lâché (1535) et en suspendit l'exécution. Au fond il aimait les humanistes de son Collège de France et détestait la théologie hargneuse de la Sorbonne. Seulement, en fait de religion, le roi très chrétien s'en tenait aux psaumes de Marot qu'il sifflotait volontiers quand il était de bonne humeur. Voyons donc qui étaient Marot fit ses psaumes.
Les derniers biographes, surtout le plus riche en informations et le plus véhément en enthousiasme (1), voudraient faire du poète de Marguerite un des héros, un des martyrs de la Réforme : c'est aller un peu loin peut-être et le ton général des Epigrammes , des Satires , des Ballades, même des Élégies nous empêche de le trop prendre au tragique, voire au sérieux. Nous le voyons volontiers
(1) 0. DouEN, Clément Marot et Je Psautier huguenot, 2 vol. iu-4<^ (1878).
tout adolescent, jouant la comédie avec les clercs de la Bazoche :
Sur le printemps de ma jeunesse folle Je ressemblois l'arondelle qui vole , Puis ça puis là l'âge me conduisoit Sans paour ne soin où le ceur me disoit.
Tel, ou à peu près, nous le retrouvons pendant sa vie entière. On ne peut même se le figurer couché sur des livres ; coup sûr, comme le dit Pasquier, il n'était pas ce accompagné à de bonnes lettres ainsi que ceux qui vinrent après lui ; » cependant il avait lu la Légende dorèe^ le Roman de la Rose et (peut-être pour la rime) Yalère et Orose. Chez le seigneur de Villeroy qui le reçut comme page, il oublia le patois de Cahors, apprit « le langage de la bonne compagnie et le langage de la mauvaise ; » nous ne voyons pas encore le huguenot. Sorti de page, il entre comme valet chez la reine Marguerite et fait des vers pour elle, même des noëls, pas bien pieux : jeux de rythme et de rime :
Or est Noël venu son petit trac ; Sus donc aux champs, bergères de respec, Prenons chacun panetière et bissac, Flûte, flageol, cornemuse et rebec, Ores n'est pas temps de clore le bec.
Chantons, sautons et dansons ric-à-ric, Puis allons voir l'enfant au poure nie Tant exalté d'Hélie, aussi d'Hénoc, Et adoré de maint grand roi et duc, S'on nous dit nac (1), il faudra dire noc Chantons Noël tant au soir qu'au déjuc (2).
(1) Si on nous dit nac, injure ou raillerie.
(2) Déjucj le moment où l'on se déjuche, où oa se lève.
Les vers deviennent de plus en plus jolis, de plus en plus tendres :
Puisque de vous je n'ai autre visage, Je m'en vois rendre ermite en un désert, Pour prier Dieu, si un autre vous sert, Qu'autant que moi en votre honneur soit sage.
Adieu amour, adieu gentil corsage, Adieu ce teint, adieu ces friands yeux ! Je n'eus jamais de vous grand avantage: Un moins aimant aura peut-être mieux.
Ce dernier vers a tout le charme d'une émotion vraie, mais où est le huguenot ? Marot alla se battre à Pavie où il reçut une blessure et fut fait prisonnier ; la religion n'entra pour rien dans cette mésaventure. Plus tard, il est vrai, à son retour d'Italie (1526) il fut jeté au Châtelet pour un rondeau de T Inconstance de Ysalean, laquelle Ysabeau passait jusqu'ici pour être Diane de Poitiers ; on insinue maintenant qu' Ysabeau, c'est Elisabeth, en hébreu Elichel)a, c'est-à-dire l'adoratrice de Dieu, soit l'Église. L'interprétation semble un peu tirée (1) ; il est certain pourtant que, cette fois, l'hérésie fut sinon le motif, au moins le prétexte de l'incarcération. Aussi le prisonnier crut-il devoir désavouer toute affiliation aux sectes nouvelles : Il écrivit à l'inquisiteur Bouchart :
Qui t'a induit à faire Emprisonner, depuis six jours en ça, Un tien ami qui onc ne t'offensa?
Et vouloir mettre en lui crainte et terreur
(1) Voir là-dessus un savant article de M. Th. Dufour, dans la Revoie critique d'histoire et de littérature (février 1881).
D'aigre justice, en disant que l'erreur Tient de Luther ? Point ne suis luthériste, Ne zwinglien, et moins anabaptiste :
Je suis de Dieu par son fils Jésus-Christ.
Yoilà un vers superbe et alors digne du bûcher, mais Marot ajoutait en style plus humble :
Bref celui suis qui croit, honore et prise La sainte, vraie et catholique Eglise.
Après cette détention à Paris, puis à Chartres où il arrangea le Roman de la rose et composa son Enfer, Marot fut arrêté deux fois encore, mais le roi François I'^'* le tira de prison ; ce prince qui recevait des lettres de Mélanchthon et des dédicaces de Zwingle, se fût peut-être, à un certain moment, laissé « crocher » par Luther. Fut-ce en ce temps-là que le poète essaya de convertir son souverain en lui prêchant le sermon du ton Pasteur et du nuiuvais ? Après avoir lu ces vers plats et froids on comprend que le roi ne s'y soit pas laissé prendre. Survint la triste affaire des Placards qui amena des réactions violentes ; Marot s'enfuit à Ferrare. Peut-être alors était-il un hérétique déclaré, non pourtant, comme on l'a dit, un calviniste ; à cette époque (1535) Calvin, trop jeune encore, n'était pas le maître et n'alla d'ailleurs à Ferrare qu'en 1536. Le poète et le théologien durent se voir alors à la cour de Kenée ; on ignore pourtant ce qu'ils se dirent et l'on a pensé que le plus jeune (Calvin était né en 1509, Marot en 1497) avait conseillé à l'aîné de continuer la traduction des psaumes de David. Cela se peut, mais on n'en sait rien, et il est certain que les vers, les épigrammes surtout composées à Ferrare par l'incorri-
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gible galantin n'avaient rien d'ascétique. Dans la plus sérieuse de ses épitres, écrite de cette ville et à cette date (1535) il se défend plus fort que jamais d'être luthérien.
De luthériste ils m'ont donné le nom ; Qu'à droit ce soit, je leur réponds que non. Luther pour moi des deux n'est descendu, Luther en croix n'a pas été pendu Pour mes péchés, — et tout bien avisé, Au nom de lui ne suis point baptisé
Il n'est rien là que d'orthodoxe; Marot ne fut donc point forcé, quoi qu'on ait dit, d'abjurer à Lyon (en 1536 !) le (( calvinisme » qui n'existait encore ni de nom ni de fait. Son principal titre huguenot est sa traduction des Psaumes ; or on sait qu'il l'avait commencée dès 1533 peut-être sans intention confessionnelle et « pour l'amour de l'art. » La première édition (de 1541) fut approuvée par trois théologiens officiels de Paris, attestant n'y avoir rien trouvé « contraire à la foi , aux saintes Ecritures ni ordonnances de l'Eglise. » François I^' chantait volontiers ces pieux couplets ; on veut qu'il en ait dit un à son lit de mort. Henri II, grand chasseur, entonnait le Psaume XLii, traduit par Théodore de Bèze :
Ainsi qu'on oyt le cerf bruire.
Catherine de Médicis elle-même affectionnait le Psaume vi contenart des paroles de pénitence (1). Chacun à la cour fredonnait quelques vers de Mai'ot ;
(1) liENRi BORDIER, le Chansonnier huguenot au seizième siècle 1B71. — FÉLIX BovET, Histoire du Psautier des églises réformées,
les gens du peuple, plus sérieusement, les entonnaient en chœur quand ils se promenaient par bandes, le soir, au Pré aux clercs. La musique était empruntée aux chansons les plus profanes; on attaquait tel cantique de communion sur l'air de : GhanteZy dansez ! ou de : Prends, ma Philis, prends ton verre! En ralentissant la mesure, on donnait à ces fions fions une sorte de gravité. Bien plus, on ne se faisait pas scrupule de corriger les vers badins pour les accommoder aux sujets d'Église. Là où le poète avait écrit :
Ma chère dame, ayez de moi merci !
Les fidèles chantaient :
Mon créateur, ayez de moi merci !
Au lieu des jolis vers cités plus haut :
Adieu amour, adieu gentil corsage.
Adieu ce teint, ridieu ces friands yeux, etc..
Les fixdèles chantaient :
Adieu la chair, adieu mondain servage, Adieu vous dis, monde pernicieux ! Je n'eus jamais de vous grand avantage ; Au Seigneur Dieu j'espère beaucoup mieux.
Charles-Quint lui-même approuva cette version de Marot et lui donna de l'argent pour la continuer. L'empereur désirait avoir le plus tôt possible, en français, son psaume de prédilection, le cxviii^ : Confltemini Domino, quoniam honus. Marot le lui traduisit, hélas ! probablement le plus tôt possible :
Rendez à Dieu louange et gloire, Car il est bénin et clément :
Qui plus est , sa bonté notoire Dure perpétuellement, etc.
Ces vers sont petits, on ne saurait se le dissimuler : c'est un flageolet (Sainte-Beuve a dit le vrai mot) qui s'essouffle à vouloir accompagner la harpe du Prophète. Ce qui manquait à Marot pour créer chez nous par les psaumes un art vraiment supérieur et vraiment religieux, c'était avant tout la foi robuste et la voix puissante de Luther. C'était aussi la langue et spécialement le langage poétique : nos petits vers trottinant et gambadant parce qu'ils ne savent encore marcher, notre décasyllabe à rimes plates, si alerte dans l'épitre et dans le récit, ne pouvait s'élever ni surtout se soutenir à la hauteur de la grande poésie lyrique. Il nous fallait une renaissance qui nous donnât da souffle et des ailes ; il suffit d'avoir parcouru les psaumes de Marot pour comprendre l'utilité de Eonsard.
Cependant, telles qu'elles étaient, ces chansons bibliques furent si vite adoptées par les huguenots que le poète se trouva de gré ou de force enrôlé dans leurs rangs ; il apprit un beau jour, en rentrant chez lui, qu'il était décrété de prise de corps. II se rendit alors à Genève (1543) où il publia ses cinquante psaumes précédés d'une épître aux dames de France. Il y fut bien reçu par Calvin et se lia d'amitié avec Bonivard, mais le vent n'était pas à la poésie et le Conseil refusa au fugitif une pension qui lui eût permis de a parachever sa traduction ». D'autre part le pauvre homme était molesté par la police cléricale : un jour il eut affaire au Consistoire pour avoir joué avec Bonivard, au cabaret, une partie de tric-trac en buvant un quarteron de vin (20 décembre). Ennuyé de ces tracasseries, il se réfugia en Savoie où il mourut
Tannée suivante et Théodore de Bèze, qui ne l'aimait pas, écrivit sur lui cette phrase dure : Mores 'parum christianos ne in exirema quidem œtate emendavit.
Marot fut donc un huguenot médiocre et ses coreligionnaires, qui se croyaient ses maîtres, ne voulurent pas le prendre au sérieux. « Dans mon chemin, dit Jurieu, j'ai rencontré Marot ; j'ai pensé le laisser où je l'ai trouvé, comme un homme auquel nous prenons assez peu d'intérêt. )) Même de nos jours, les protestants ne le veulent paiS sous leur drapeau ; M. Jules Bonnet dit de lui assez finement : « Ame impressionnable et légère, il traversa la Réforme comme une aventure de plus dans les vicissitudes de sa vie. » — Saint-Marc Girardin touche la même note : ce Marot n'était pas fait pour vivre dans des temps de secte et d'hérésie. Poète ingénieux et galant , né pour chanter le charme d'un doux nenni, il n'avait rien d'un sectaire. Aussi fut-il d'abord protestant par bon ton, j'imagine, plus que par enthousiasme. Comme dans les preniiers temps de François P'' la Réforme était à la cour le parti des gens d'esprit et des johes femmes, Marot fut huguenot... Protestant par bon ton et par malice, Marot le resta par honneur quand vinrent les jours d'épreuve. » — Dans ce jugement, relevé par le dernier trait, Saint-Marc Girardin a peut-être dit le mot définitif.
Mais les psaumes et même la Réforme prirent très peu de place dans la vie de Marot ; il fut, de son temps, en France au moins, ce le poète des princes et le prince des poètes. » On dit qu'il n'innova guère, ni dans la diction, ni dans la versification, ce ni dans le ton général de la poésie ; » il se servit, ajoute-t-on ce des instruments littéraires qui lui avaient été transmis et qui suffisaient
aux besoins de son talent. » Cela n'est pas tout à fait juste; en tout cas, s'il n'innova guère, il fit mieux : il amena la langue et le vers dans la voie purement française et les y poussa si loin que lorsque, après Ronsard, les Gaulois revinrent, ils n'eurent qu'à reprendre où on les avait laissés, pour les pousser plus loin encore, la langue et le vers de Marot. Notre poète est autrement moderne que tous ses devanciers, y compris Villon « qu'il tira du ruisseau pour l'introduire à la cour » : c'est lui qui , le premier, sut rire avec grâce ; et apprit cet art à la Fontaine, qui le transmit par Voltaire à Musset, le dernier venu de l'école, le plus Français de tous nos contemporains.
Un doux nenny avec un doux sourire
Est tant honnête : il vous le faut apprendre ;
Quant est à! oui, si veniez à le dire,
D'avoir trop dit je voudrais vous reprendre ;
Non que je sois ennuyé d'entreprendre
D'avoir le fruit dont le désir me point ;
Mais je voudrais qu'en me le laissant prendre
Vous me disiez : c( Non, vous ne l'aurez point ! ))
Le ton était donné, il y a trois siècles et demi ; depuis lors et jusqu'à nos jours, les lyriques de cour et de salon n'auront plus qu'à toucher les mêmes notes :
Si je vous le disais qu'une douce folie
A fait de moi votre ombre et m'attache à vos pas !
Un petit air de doute et de mélancolie,
Vous le savez, Ninon, vous rend bien plus jolie...
Peut-être diriez-vous que vous n'y croyez pas.
Trouver ainsi la musique amoureuse d'une nation, c'est plus difficile que d'inventer de nouveaux rythmes ; encore
CALvm. 55
est-il faux d'affirmer que Marot n'en trouva pas. Quantité de coupes heureuses dont on fait honneur à Ronsard se trouvaient déjà employées dans la version des psaumes. En même temps le poète émondait, ébranchait, débarrassait le vers des mièvreries et des virtuosités, des tours de force et des jeux de mots qu'un art déjà caduc avait mis en vogue. Certes il lui restait encore du mauvais goût régnant quelque préciosité :
En vous plaisant me plaît de leur déplaire.
Il jonglait quelquefois avec les consonnances et les tournait en calembours :
En m'ébattant, je fais rondeaux en rime Et en rimant bien souvent je m'enrime : Bref, c'est pitié d'entre nous rimailleurs, Car vous trouvez assez de rime ailleurs. Et quand vous plaît mieux que moi rimassez ; Des biens avez et de la rime assez :
Mais moi, à tout ma rime et ma rimaiMe, Je ne soutiens (dont je suis marri) maille.
et le reste : il y a encore dix-huit vers de même acabit. Enfin ses ce coq-à-l'âne, » comme il les appelait, étaient de pures cabrioles , mais dans ses œuvres réussies il allégea, dégourdit, assouplit, avança la langue plus que n'avaient fait ses devanciers et toucha presque à la perfection. De Venise et de Ferrare où Marot fit un long séjour, il ne rapporta rien que le sonnet (peut-être) et l'art de se taire :
Car ces Lombards avec qui je chemine M'ont fort appris à faire bonne mine, A un mot seul de Dieu ne deviser, A parler peu et à poltroniser ; Dessus un mot une heure je m'arrête; S'on parle à moi, je répons de la tête.
A son retour d'Italie, le poète avait déjà donné sa mesure et presque tout ce qu'il a fait de mieux, notamment cette fable étonnante, le Lion et le Rat qui semble partir du roman de Renart, pour aller jusqu'à la Fontaine.
Mais ce Lion, qui jamais ne fut grue, Trouva moyen et manière et matière D'ongles et dents de rompre la ratière, Dont maître Rat échappe vitement.
Puis mit à terre un genou gentement , Et, en ôtant son bonnet de la tête, A mercié mille fois la grand'bête, Jurant le dieu des souris et des rats Qu'il lui rendroit...
Voilà les vieilles façons du TMerepos, les bêtes causant, saluant comme les hommes. Continuons ; le narrateur, à chaque pas, se rapproche de nous. Le Lion à son tour est pris au piège et le Rat vient lui offi'ir son secours, mais la petite bête est fort mal reçue par la grande.
Lors le lion ses deux grands yeux vestit Et vers le rat les tourna un j)etit (1) En lui disant : C( 0 pauvre verminière. Tu n'as sur toi instrument ne manière, Tu n'as couteau, serpe ne serpillon Qui sût couper corde ne cordillon, Pour me jeter de cette étroite voie...
Va te cacher, que le chat ne te voie.
— Sire Lion, dit le fils de Souris, De ton propos certes je me souris j
(1) Marot avait-il vu , dans l'Enfer de Dante , le regard de Farinata?(IXF., X. 41-4'2.)
Tosto che ai pié délia sua tomba fui, Guardommi un poco.
J'ai des couteaux assez, ne te soucie,
De bel os blanc, plus tranchants qu'une scie ;
Leur gaîne, c'est ma gencive et ma bouche ;
Bien couperont la corde qui te touche
De si très près, car j'y mettrai bon ordre. »
Lors sire Rat va commencer à mordre
Ce gros lien : vrai est qu'il y songea
Assez longtemps, mais il vous le rongea
Souvent et tant qu'à la parfin tout rompt.
<ï Vrai est-ce qu'il y songea assez longtemps » : n'est-ce pas déjà du la Fontaine ? — Et nous n'avons pas encore cité le chef-d'œuvre qu'on ne relira jamais assez :
J'avais un jour un valet de Gascogne
Gourmand, ivrogne et assuré menteur,
Pipeur, larron, jureur, blasphémateur.
Sentant la hart de cent pas à la ronde,
Au demeurant le meilleur fils du monde...
Ce vénérable hillot (1) fut averti
De quelque argent que m'aviez départi
Et que ma bourse avoit grosse apostume ;
Si se leva plus tôt que de coutume
Et me va prendre en tapinois icelle,
Puis vous la mit très bien sous son aisselle,
Argent et tout (cela se doit entendre)
Et ne crois point que ce fût pour la rendre,
Car onques puis n'en ai ouï parler.
Bref, le vilain ne s'en voulut aller
Pour si petit ; mais encore il me happe
Saye et bonnet, chausses, pourpoint et cape ;
De mes habits en effet, il pilla
Tous les plus beaux, et puis s'en habilla
Si justement, qu'à le voir ainsi être
Vous l'eussiez pris, en plein jour, pour son maître.
Finalement de ma chambre il s'en va
Droit à l'étable où deux chevaux trouva ;
(1) Faquin ou ilote : esclave, valet.
Laisse le pire et sur le meilleur monte, Pique et s'en va. Pour abréger le compte, Soyez certain qu'au partir du dit lieu N'oublia rien, fors qu'à me dire adieu...
Voilà Marot , dans son genre et en pleine verve , non pas le huguenot sérieux, psalmiste de la Réforme, mais tout simplement le poète de François V, roi très chrétien et très galant , auquel il tendait la main avec beaucoup d'aisance et de bonne grâce, lui promettant de lui rendre l'argent prêté
Quand on verra tout le monde content.
Ou, si voulez, à payer se sera Quand votre los et renom cessera.
Marot fut le Musset de son temps, le Français par excellence ; mais Musset, venant après Victor Hugo, profita largement de la révolution littéraire accomplie, tandis que Marot, étant venu avant Ronsard, n'avait rien pu lui emprunter. Cependant, disait la Bruyère, ce par son tour et son style, Marot semble avoir écrit depuis Ronsard. Il 'n'y a guère entre le premier et nous que la différence de quelques mots... Il est étonnant que les ouvrages de Marot, si naturels et si faciles, n'aient su faire de Ronsard, d'ailleurs plein de verve et d'enthousiasme, un plus grand poète que Ronsard et que Marot. »
On a vu que Marot, s'exilant à Genève en 1543, avait fait amitié avec Bonivard et poussé ce l'inconduite » (ce
« fut le mot employé) jusqu'à jouer au tric-trac avec cet c( homme de mauvaise vie. » Le pauvre Bonivard, ainsi conspué par les calvinistes, n'était autre que le fameux (( prisonnier de Chillon, » dont les poètes et les peintres de notre temps (Byron et Delacroix en tête) ont fait une sorte de héros et de martyr. Depuis trente ans environ, on a étudié l'homme de plus près : à la figure idéale , indécise imaginée par les artistes, s'est substituée une physionomie très vivante et gagnant en expression ce qu'elle a pu perdre en pureté. Bonivard fut un homme de la Renaissance, un peu dépaysé dans la Réforme, un érudit d'humeur pensive et rieuse, qui s'inquiétait à ses heures, en dilettante ou en curieux, de philosophie, de philologie, d'histoire et d'historiettes : en un mot , un prédécesseur de Montaigne. Grâce aux travaux récents, le héros a diminué sans doute , mais l'écrivain a grandi , et c'est tant mieux pour notre siècle qui a plus besoin d'anciens écrivains que d'anciens héros.
François Bonivard, né vers 1493 à Seyssel, cadet de famille et destiné à prendre les ordres, avait d'abord mené la vie d'écolier, puis était devenu prieur de Saint- Victor, couvent de bénédictins aux portes de Genève. Il s'attacha au pays qu'il habitait et lui rendit de signalés services qui lui valurent l'inimitié du duc de Savoie, une première détention de trois années, enfin sa fameuse captivité de six ans dans le château de Chillon. Sur ce dramatique épisode Byron a chanté en beaux vers tout ce qu'il a voulu; la vérité, racontée par Bonivard luimême, est que les deux premières années de prison furent assez douces : le capitaine de Beaufort traita le prieur tout à fait honnêtement, le mit dans une chambre et lui tint compagnie : ces deux joyeux sires se racontaient des
histoires et s'amusaient ensemble pour tuer le temps. Par malheur, M. de Savoie vint à Chillon et « ne sais, dit Bonivard, si pour le commandement du duc ou de son propre mouvement, Beaufort me fourra en unes croctes desquelles le fond étoit plus bas que le lac sur lequel Chillon étoit situé, et avois si bon loisir de me promener, que j'empreignis un chemin en la roche qui étoit le pavement de céans, comme si on l'eût fait avec un martel, » En se promenant ainsi, Bonivard composait « tant en latin qu'en françois beaucoup de menues pensées et ballades ».
Voilà tout ce qu'on sait sur « la passion » du martyr. Délivré en 1536, lors de la prise de Chillon par les Bernois, il fut ramené en triomphe à Genève; ce triomphe devait être court. Pendant sa captivité, une grande révolution s'était accomplie : Genève affi'anchie, réformée, n'avait plus de duc ni d'évêque, partant plus de bénéfices ni de couvents. Saint- Victor n'existait plus, démoli par les moines. Les martyrs sont exigeants : Bonivard espérait beaucoup de la petite république et n'obtint que peu de chose ; il dut recourir à Berne pour avoir de quoi payer ses dettes et souper copieusement , car il s'était habitué à bien vivre et la prison ne l'avait pas corrigé ; la prison ne corrige personne. Enfin tout s'arrangea pour le mieux et l'ex-prieur, qu'on appelait pour le narguer monsieur Sans Saint- Victor, finit par vivre en paix avec la « seigneurie » de Genève qui le traitait bien , lui avançait de l'argent, le soignait malade, rachetait les livi'es qu'il avait mis en gage, le logea même dans une chambre chauffée, ce qui était un grand luxe en ce temps-là. Il vieillit ainsi entre deux anciens ser\'iteurs et mourut en 1570 âgé de soixante-dix-sept ans, ne laissant guère que
des dettes et un certain nombre de livres qui , légués à l'État, commencèrent la bibliothèque publique de Genève. Il s'était marié quatre fois depuis sa libération ; la quatrième femme, accusée et convaincue d'infidélité, fut cousue dans un sac et jetée dans le Rhône. La loi était dure, mais c'était la loi.
Bonivard ne dut pas se trouver trop bien dans ces mœurs : il aimait le plaisir et, n'étant réformé qu'en haine des papes, n'admettait pas les dogmes un peu cruels de la nouvelle religion. De plus , il était à tout moment cité devant le Consistoire, non seulement à cause des parties detric-trac qu'il jouait avec Marot, mais parce qu'il n'allait pas au prêche et portait un bouquet sur l'oreille, (( ce qui lui sied mal, disent les registres, à lui qui est vieil. y> Excédé par ces tracasseries, il se fût brouillé vingt fois avec Genève et avec Calvin, s'il n'avait pas été, depuis sa sortie de Chillon jusqu'à sa mort, le polémiste et le chroniqueur officiel de la Réforme. Ce fut là son office : il y était préparé par de bonnes études, savait le droit et les langues, même l'allemand, avait séjourné à Fribourg en Brisgau, à Strasbourg, à Turin, même à Rome au temps de Léon X : enfin c'était un esprit très ouvert et très orné qui eût pu briller au Louvre ou à la cour de Ferrare. Il écrivit les Chroniques de Genève dont Calvin trouva le style grossier, puis des Advis et devis contre les libertins, contre les papes et même contre les ce difformes réformateurs, » car il ne voulait ménager personne. (( Nous avons dit par ci-devant beaucoup de maux des papes et des leurs, mais quel bien pourrons-nous dire des nôtres ?... Ce monde est fait à dos d'âne ; si un fardeau penche d'un côté et vous le voulez redresser et mettre au milieu, il n'y demeurera guères, mais penchera de
l'autre. Aussi Cicéron, en la guerre citoyenne entre Pompée et César, requis d'un chacun côté disoit : qiiem fugiam scio, ad quem nescio. » Partant de là, le pamphlétaire se lance le fouet à la main sur tous les princes allemands, sur l'Anglais Henry VIII et sur beaucoup d'autres : c( Nous crions contre les papistes, dit-il, et faisons pis qu'eux : princes et peuples sont débordés. »
Bonivard avait beaucoup lu : son traité De noNesse dut apprendre bien des choses à ses contemporains sur l'histoire des hautes castes et le droit féodal. Le malin prieur se moquait agréablement de ces petits princes encore nombreux de son temps qui, n'ayant pas 400 florins de revenu, ne reconnaissent aucun souverain,... (( exerçant tous actes royaux, excepté de battre monnoie, non pas parce qu'ils ne le doivent, mais parce qu'ils n'ont pas de quoi. » Ce n'est pas qu'il veuille mépriser l'état de noblesse, car, dit-il, je me mépriserois moi-même qui en suis, et non pas premier de ma race ; Dieu veuille que n'en sois le dernier ! » Mais il est sans pitié pour les parvenus , les bourgeois gentilshommes, les grenouilles qui veulent se faire aussi grosses que le bœuf. — Il raille aussi la monarchie et prétend qu'on pourrait graver sur une seule cornaline toutes les armes des bons princes. Comme il affirme que derrière la monarchie marche la tyrannie, on peut le ranger parmi les ennemis du gouvernement personnel et aussi du gouvernement militaire, car il ne pardonne point à Auguste d'avoir pris le titre diimperator. Cependant Bonivard ne paraît pas estimer beaucoup plus l'aristocratie , c'est-à-dire la ce prépon dérance de quelques-uns, » serait-il donc démocrate? Nullement , car l'état populaire , selon lui , traîne à sa queue l'anarchie : autant de têtes , autant de tyrans.
Il a fait là-dessus des « carmes en latin et en gaulois » :
Bellua quam j^htres nam minus una nocet.
Vu que plus dommageable est bête De plusieurs que de seule tête.
Ainsi ni monarchie, ni aristocratie, ni démocratie : que veut donc Bonivard ? Tout simplement un gouvernement électif : « Suffit à un peuple que Dieu lui donne grâce de pouvoir élire un prince ou plusieurs. » Sur quoi il a composé le quatrain suivant :
Quand seront heureuses provinces, Royaumes, villes et villages ?
Quand l'on fera sages les princes Ou (qu'est plus court) princes les sages.
Telle est la politique de Bonivard. Dans tous ces Aclvis et devis le négligent prieur se promène un peu au hasard, en long et en large, sachant où il va, mais ne prenant jamais le plus court, nous échappant par des digressions continuelles. Il cause à bâtons rompus, car il est assailli de souvenirs et d'idées et tient à dire tout ce qu'il sait. Ainsi, dans son Amartigénée, il cite dès les premières pages Salomon, Prudence, Pétrarque, saint Augustin, l'oracle de Delphes, Josèphe, Ovide et Clément Marot ; il évoque, à propos de la création, toute la philosophie ancienne et moderne, introduit dans sa dissertation des anecdotes sur Diogène, sur les sauvages, sur les vipères et les tarentules, sur Alexandre le Grand et le roi Pyrrhus, sur Epicure comparé à Luther, entremêlant cela de couplets moraux et d'épigrammes contre toute sorte de gens, notamment contre les communistes. A son avis, même les cannibales des terres neuves n'ont garde de tout
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mettre en commun, puisque « non contents des vivres de leurs voisins, ils (se) mangent les uns les autres. )> Pareillement défions -nous des anabaptistes et des déchaux c( qui ne diront pas mon mantel, mon bissac, etc., mais notre mantel, notre bissac et semblable, et descendront jusques à cela, qu'ils diront bien notre bourse en nombre pluriel : mais quand viendra à parler de ce qui est dedans, ils retourneront au singulier et ne diront pas notre argent, mais mon argent. » C'est ainsi que flânait gaiement et nonchalamment ce causeur savoyard plein de réflexions et de lectures : on voit l'homme habitué à vivre en compagnie d'êtres intelligents qui l'écoutaient ; sa dernière femme , celle qui fut noyée pour crime d'adultère , savait du grec. Il en savait aussi quelque peu ; quant au gaulois (il ne voulait pas dire le français, parce que Genève n'appartenait pas à la France) il l'écrivait avec cette liberté , cette variété , cette fantaisie , ce luxe de consonnes inutiles, ce mépris de la ponctuation qui distinguent tous les écrivains du temps ; il avait de plus un accent du terroir qu'on chercherait en vain chez les autres réformés : Calvin, Farel, Bèze, etc., tous ou presque tous, Viret excepté, venant de France. Le prieur de Saint-Victor était bien réellement bugiste ; du patois savoyard qui se parlait à Seyssel et même à Genève, il garda non seulement beaucoup de mots, mais aussi le ton, l'accent, certaines particularités qui tirent l'œil : àarnier au lieu de dernier, commençarent au lieu de commencèrent, puis des imparfaits du subjonctif étonnants : qu'ils marcliissent , qu'ils mangeussent. Quant au style, ce n'est pas celui de Montaigne , mais c'est encore moins celui de Calvin, ce Je confesse que le beau parler est chose fort douce et amiable et alUcliant ailleurs, mais en
philosophie il n'est ni bel ni agréable. A un bateleur est bien séant tourner les yeux ça et là, bien danser, sauter, gambader, bien jouer de souplesse ; mais si un homme de conseil ou un philosophe s'essaie de ce faire , il n'y a personne qui ne se donne honte de son honte. Si nous avons une petite fille jolie, mignonne et de bonne grâce que die des mots infantiles, il n'y aura personne qui n'y prenne plaisir et ne la loue ; mais si une femme de réputation s'essayoit de ce faire, qui ne s'en moqueroit ? »
Ainsi écrivait Bonivard, mais il ne suivait guère son précepte et manquait tout à fait de gravité ; même en défendant l'Écriture, il s'amusait, voulait plaire, lançait le mot pour rire, l'anecdote graveleuse, jetait par-dessus les moulins sa toque et sa robe ce frétilloit » enfin, « extravaguoit » tout son saoul. Son église était celle de Rabelais, ou, si c'est trop dire, celle de Marot, un temple où il fût permis d'entrer en portant un bouquet sur l'oreille. Tel était le martyr qu'on a eu tort de prendre au tragique ; n'oublions pas cependant qu'il fut bien réellement le prisonnier de Chillon. Dans ce souterrain où il passa quatre années à marcher autour d'un pilier en marquant ses pas dans la roche, il sut garder assez de vigueur, assez de liberté d'esprit pour tourner gaiement ce des carmes latins et gaulois » sur toute sorte de sujets. Si ce n'est pas d'un héros, c'est d'un brave.
L'homme et l'écrivain , le Luther de la réforme française, ce ne fut donc point François Bonivard ni Clément Marot, ce fut Jean Calvin. Il la fit sienne et pa-