‹ La réforme du calendrierChapitre 12 sur 37 · LE CALENDRIER LUNAIRE DE L'HÉGIRE · texte numérisé non relu

LE CALENDRIER LUNAIRE DE L'HÉGIRE

Tandis que le Calendrier des anciens Mecquois suivait les différentes ères et époques, décrites plus haut, les dix années qui passaient entre l'Hégire du Prophète et sa mort n'étaient rapportées à aucune ère on époque précédente, mais chacune de ces années avait sa dénomination spéciale; ainsi la lière année de l'Hégire était appelée celle de „ l'autorisation" (El Jzn), la 2ième l'année de l'ordre du combat (El Emr bil Kitâl), la 3ième celle de la miséricorde (Ettemhîss), la 4ième celle de la félicitation (Etterfié), la 5ième celle du tremblement (Ezzilzâl), la Oième celle de l'infirmité (Elistinâs), la 7ième celle de la victoire (Elistighlâb) , la 8ième celle de la possession (Elistiwâ), la 9ième celle de l'immunité (Elberâ'e) et la lOième celle de la séparation (Elwedâ'). Les 7 années suivantes n'avaient ni

une dénomination spéciale , ni un rapport quelconque avec une ère existante, ce qui donna l'impulsion, dans la 17ième année après l'Hégire, de s'occuper de l'établissement et de l'adoption d'une ère régulière et d'en fixer l'époque. Le „Necî' ", transfert de l'observation d'un mois sacré à un autre avait été déjà formellement défendu par le Koran: „Le nombre des mois est de douze devant Dieu" (IX, 37.), et „ Transférer à un autre temps les mois sacrés est un surcroît d'infidélité" (IX, 38.); cette défense fut répétée par le Prophète à l'occasion de son dernier pèlerinage dans son allocution célèbre, où il disait que le temps est redevenu tel qu'il était le jour où Dieu créa les Cieux et la Terre, que l'année est de nouveau de douze mois, dont quatre sacrés; trois mois de suite: le Zoulka'de, Zoulhidjdje et Mouharrem , et un mois à part : le Redjeb des Benî Madhar, qui tombe entre les deux Djoumâdas et le Cha'bân. Le Necî' fut donc immédiatement et définitivement abandonné, et depuis ce temps le cours des années musulmanes de douze mois lunaires chacune, comprenant l'espace de temps qui s'écoule entre treize conjonctions consécutives de la lune, avec les anciens noms de Mouharrem, Safar etc, n'a pas cessé d'être strictement observé, sans changement, uniformément dans tout le monde musulman, avec une durée de 30 jours au plus pour une série n'excédant pas 3 mois de suite , ou de 29 jours au moins pour la même série.

En retraçant les circonstances dans lesquelles cette nouvelle ère musulmane, ayant l'Hégire du Prophète comme époque, fut établie, nous voyons que la première impulsion y fut donnée par une lettre qu'Abou Moussa El Ach'arî, gouverneur du Yemen d'après les uns, ou de Bassora, d'après les autres, avait adressée au Calife Omar, dans laquelle il demande, si la date de Cha'bân, qui se trouve dans un ordre reçu du Calife, s'applique au Cha'bân passé ou bien au Cha'bân

prochain; à la réception de cette demande le Calife Omar réunit les principaux Compagnons du Prophète en conseil, leur soumit la question et leur exposa la nécessité d'établir un Calendrier régulier, basé sur une ère fixe et reconnue. Hurmuzan, roi d' Ah vas, qui avait été auparavant prisonnier de guerre dans les mains du Calife, et qui avait ensuite introduit l'Islam dans son pays, expliqua et proposa d'abord le sytème de Calendrier, usité dans son pays, appelé „Mahrouz" ; des autres parlaient de l'adoption du Calendrier Gréco- Romain, mais aucune de ces propositions ne fut acceptée. Enfin , par un vote qui réunit tous les suffrages, il fut décidé en principe, de choisir un événement proéminant dans la vie du Prophète pour époque de la nouvelle ère; on proposa comme tel ou sa naissance, ou sa mission divine, ou l'Hégire, ou bien la mort du Prophète. La naissance et la mission divine furent tout de suite écartées à cause de l'impossibilité d'en déterminer exactement les dates; la mort du Prophète fut également rejetée, pour ne pas avoir à mentionner chaque instant l'événement si douloureux de son trépas et pour ne pas renouveler ainsi constamment le chagrin de son peuple. Restait l'Hégire qui était un événement des plus importants et glorieux dans la vie du Prophète, puisqu'elle marquait le commencement du triomphe défini de l'Islam. Elle se prêtait admirablement an but voulu, puisqu' aussi sa date, i. e. l'arrivée du Prophète à Kouba le 8, et son entrée à Médine le 12 Rabî' I, étaient exactement connues. L'Hégire fut donc choisie unanimement comme époque pour la nouvelle ère, et le premier Mouharrem qui précède l'Hégire à-peu-près de deux mois fut fixé comme jour de commencement de l'année et de la nouvelle ère en même temps. Ce choix suivait non seulement l'ancienne coutume des Arabes, de commencer l'année ce jour-là, mais était aussi d'autant plus juste, que la décision

principale de quitter la Mecque et toutes les autres actions préliminaires à l'Hégire dataient justement du Mouharrem de cette année, et que ce Mouharrem pouvait donc être considéré, à plus d'un titre, comme le commencement véritable de l'Hégire. C'est cette décision qui fait l'objet de la fameuse tradition chez Bokhârî sur le commencement de la date, mentionnée plus haut: („Ils n'ont pas compté etc.") La néoménie du Mouharrem de l'année 1 (H.) tombe d'après le calcul astronomique Mercredi le 14, et la vue effective probable de cette nouvelle lune Vendredi le 46 Juillet 622 (après J. Chr.); c'est cette dernière date qui est aujourd'hui généralement acceptée. Oulough Bey dans ses tables chronologiques a adopté Jeudi le 15 Juillet comme terme moyen; j'ai calculé les miennes sur le Vendredi. En somme, le commencement de l'ère lunaire de l'Hégire et de son Calendrier, basé sur la vue effective de la nouvelle lune, est Vendredi le 16 Juillet 622 (après J. Chr.); ses mois sont de vrais mois lunaires, comprenant l'espace de temps qui s'écoule entre la vue de deux nonvelles lunes consécutives; ces mois sont de 30, ou de 29 jours qui se succèdent pour la plupart alternativement et régulièrement. Par l'éventualité bien naturelle et quelquefois même inévitable d'un retard dans la vue effective de la nouvelle lune il se peut toutefois qu'il a aussi quelquefois des séries de 3 mois consécutifs de 30 ou 29 jours chacun. Pour obtenir un accord parfait et constant tant pour le passé que pour l'avenir entre le calcul astronomique et le Calendrier effectivement en usage, qui est basé sur la vue effective, les hémérologues musulmans ont établi pour les années lunaires un système spécial d'intercalation. (Voyez aussi § 194 de mon „Riaz ul Moukhtar"). Ce système consiste à donner aux mois lunaires alternativement 30 et 29 jours , en commençant avec 30 jours pour le lier mois ; en continuant ainsi on aura à la fin de 30 années lunaires

une erreur accumulée de 11 j. 17' 20",256. Ces 30 années sont regardées comme formant un cycle lunaire dont les années 2, 5, 7, 10, 13, 16, 18, 21, 24, 26 et 29 sont faites bissextiles, en ajoutant un jour au mois de Zilhidjdje qui aura ainsi dans ces années aussi 30 jours au lieu de 29 qu'il a dans les autres années (communes); la plus grande partie de l'erreur, savoir les 11 jours, sont ainsi corrigés, et il ne reste pour chaque cycle de 30 ans qu'une erreur de 17 minutes avec une fraction, qui fera un jour seulement au bout de 2491 ans. C'est alors seulement qu'il faudra, pour maintenir l'accord entre le calcul et la vue effective, faire bissextile pour une seule fois encore une autre , p. e. la 12ième année de ce cycle. Le choix des années bissextiles dans le cycle varie chez les différents hémérologues , les uns p. e. ont adopté la 15ième au lieu de la 16ième année du cycle; dans mes Tables j'ai maintenu cette dernière.

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