LE CALENDRIER DES ANCIENS ARABES
Comme les anciens habitants du Hedjâz étaient des gens illettrés il est très- difficile d'avoir des renseignements exactes sur l'état de leur vie sociale , civile et religieuse. Vu la grande rareté de documents écrits sur cette époque, la source principale de nos informations, où tous les auteurs ont puisé, sont les chants et poèmes qui vivaient dans la bouche du peuple et
se transmettaient par la tradition orale de génération en génération. Aussi le peu que nous savons de leur Calendrier, est-il puisé dans cette source.
Dès les temps des Prophètes Ibrahim et Isma'îl déjà, l'année arabe comprenait 12 mois lunaires, dont chacun durait de la vue d'une nouvelle lune jusqu'à celle de la suivante. Quatre de ces mois étaient des mois sacrés de repos , pendant lesquels une sorte de trêve de Dieu était observée, où tout combat et effusion de sang étaient défendus et où on faisait le pèlerinage à la Ca'ba. Environ 200 ans avant l'islam on avait commencé à se servir d'une année mixte luni-solaire , avec l'intention de maintenir le temps du pèlerinage toujours dans la même saison, celle de la pluie, et en conséquence aussi celle de l'abondance, et cela pour faciliter non seulement le pèlerinage mais aussi la visite de toutes les différentes foires et réunions populaires dans la presqu'île arabe. Pour compenser l'écart d'à peu près 11 jours entre l'année lunaire et solaire, on avait adopté le système hébreu de faire des années de 13 mois , en ajoutant un mois intercalaire , chaque fois quand la différence s'y était élevée. Après , au lieu des anciens noms païens de ces mois lunaires, (Voy. la Table des mois pag. 28) qui variaient dans les différentes époques et contrées, les noms actuels de ces mois furent adoptés qui par leur signification, mois de pluie, de gelée, de repos, de pèlerinage etc. rappellent qu'ils appartenaient à une année luni-solaire, en indiquant qu'ils tombaient toujours dans la même saison. Le système hébreu, mentionné plus haut, consiste à doubler le 6ième mois Adar une fois en trois ans et de lui donner le nom de „Adar II". Ce système d'intercalation était nécessité par le caractère même de l'année des Hébreux, qui comprenait 12 mois lunaires, comme l'année des Arabes. Il est tout-à-fait sûr que ce système d'intercalation fut aussi
imité par les Arabes, mais nous ne savons pas exactement quel était le mois doublé chez eux. L'existence d'une autre pratique chez les Arabes préislamites qui vivaient de la guerre est aussi bien prouvée; celle-ci consistait à transférer le caractère et la trêve des mois sacrés à d'autres mois, soit à cause d'une gêne que la durée trop prolongée de la trêve aurait pu provoquer, soit pour ne pas interrompre et laisser inachevée une expédition nouvellement commencée. La tâche de veiller sur le règlement du Calendrier et de promulguer ses dates principales ainsi que les changements éventuels, était confiée au „Kalemmas" qui appartenait toujours à la tribu des Béni Kenâne. Ce „Kalemmas" (ce nom signifie aussi „flots de l'Océan") annonçait du haut d'une chaire et à haute voix au peuple réuni en pèlerinage, tous les changements du Calendrier à observer dans l'année prochaine. Nous n'avons pas de renseignements précis ni sur la fréquence de ces proclamations , ni sur les matières qui en faisaient l'objet : se faisait-elle chaque année, ou bien seulement tous les 2 ou 3 ans, suivant la nécessité; le „Kalemmas" proclamait-il seulement l'entrée d'une année à 13 mois, ou le transfert de la trêve à un autre mois, ou bien tous les deux? Nous l'ignorons. C'est que tous les auteurs qui en parlent, ont soin de commencer leurs informations invariablement par „On dit". J'ai toutefois réuni quelques renseignements très-précis sur la nature du Calendrier en vigueur au temps du Prophète et tout spécialement sur la manière dont les 10 premières années de l'Hégire, de l'année de l'autorisation (Izn) , jusqu'à l'année de la séparation (Wedâ'), avaient été comptées.
Le nombre des événements considérés comme assez importants, pour avoir été adopté comme époque dune nouvelle ère et en conséquence le nombre même des ères, employées par les Arabes préislamites, est très-grand. La lière ère,
généralement reconnue, datait de la Itère fondation de la
Caaba par les Prophètes Ibrahim et Ismâ'îl ; elle durait jusqu'à
la séparation des tribus, dont une partie quittait le „Tehâma" l).
Puis cette séparation faisait époque à une nouvelle ère. Ensuite
le règne d'Omar bin Rabî'a, la mort de Kâ'b bin Lou'î, qui
était le 8ième aïeul du Prophète et avait eu une grande renommée
de probité, puis l'année de la tyrannie (Gadr), et l'année de
FEléfant , figuraient successivement jusqu'à l'Hégire du Prophète
comme époques à autant de différentes ères. Certaines tribus
avaient encore leurs ères particulières avec quelque événement
important de leur vie comme époque; tel était chez les
Koreïches le jour de Toudjâr, la mort de Hechâm bin Mou-
gayyara , et plus tard , au temps du Prophète, la reconstruction
de la Caaba. D'après certains auteurs dont je reproduis tout
simplement les indications, il y avait 520 ans entre Ka'b bin
Loû'î et l'année de la tyrannie (Gadr), de cette époque
jusqu'à l'année de l'Eléfant 110, de là jusqu'à l'année Toudjâr
20 , de celle-ci jusqu'à la reconstruction de la Caaba 15 , et de
là jusqu'à la mission du Prophète 5 ans. Les anciens Arabes
n'avaient d'abord pas de noms pour les jours de la semaine,
mais ils donnaient un nom commun, pris des différentes
phases de la lune, à un espace de 3 jours ensemble. Ainsi
les 3 premiers jours du mois lunaire étaient appelés „Telat
Gurer", les trois du commencement; puis venaient les „Telat
Nufal" ou „Dechheba", les „Telat tusa' " ou „Behr", les trois
de l'éclat; puis les „Telat Ouchar", les „Telat Baïda", les „Telat
Dura' " , les „Telat Zoulam" , les trois obscurs ; puis les „Telat
Henâdis" ou „Doukm", les trois noirs, les „Telat Deâdi'",
et les „Telat Mouhâk". Plus tard, les Arabes adoptaient la
semaine de 7 jours dont les noms étaient d'abord „Ahad,
*) Nom du pays plat entre la Mer Rouge et la région montagneuse.
Ehven, Djoubâr, Mounis, Ouroubé, Chiyâr". Ces noms furent abandonnés ensuite et les noms actuels des jours de la semaine : Ahad, Etnéin etc. commençant par le Dimanche, furent adoptés.