‹ La Réforme en Italie [microform]Chapitre 104 sur 470 · Tac(îhi-Vi:ntiki, Sloria dclla Compagnia di Gesu, p · texte numérisé non relu

Tac(îhi-Vi:ntiki, Sloria dclla Compagnia di Gesu, p

PALLAVICINO

Six ans plus tard, en 1539, Pallavicino est enfermé au château Saint-Ange où se trouvait Benvenuto Cellini qui l'eut pour compagnon de cellule : « C'était, dit-il, un remarquable prédicateur, bon compagnon, mais le plus franc ribaud qui fût au monde. » Le 23 août (1539), il est compté à Giorgi Gullino (Ugolino), sans doute son geôlier, la somme de 80 ducats pour sa pension, ce qui montre que sa détention avait été longue, car le prix payé était généralement inférieur à un écu par jour vers cette époque ^ Pallavicino sut apparemment persuader ses juges de son innocence car, le 14 février suivant, l'envoyé du duc de Modène écrivait que cinq prédicateurs prêchaient à Rome avec le plus grand succès et que le plus réputé parmi eux était fra Pallavicino; il ajoute, avec une nuance de regret, semble-t-il, « il va donc falloir s'occuper des choses de l'esprit ! »

Pallavicino abusa de sa liberté. « Madame », la femme d'Ottavio Farnèse, neveu du pape, l'avait en grande admiration; elle lui fit prêcher le carême et il prit pour texte une épître de saint Paul, sans doute la première épitre aux Corinthiens, sujet délicat et que les prédicateurs réformistes se plaisaient à traiter. Il s'en suivit que peu après Pallavicino était encore en prison; son penchant vers l'hérésie n'était peut-être pas la seule cause

1. En 1531, il fut remis ',80 ducats pour six prisonniers dont le séjour représentait ensemble quatre cent quatre jours de prison, soit environ deux giuli par jour et par prisonnier (un peu moins de 2 fr.). Voir notre ouvrage, Le Château Saint-Ange.

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de sa nouvelle mésaventure ; le duc et la duchesse vivaient en assez mauvaise intelligence et le bruit s'était répandu que Pallavicino avait contribué à aigrir la querelle. Cette fois il fat soumis à plusieurs reprises à la torture; on lui appliqua l'estrapade; le 10 décembre 1540, il fut versé 190 ducats pour sa pension à Tévéque de Mel fi, Vincenzo Acquaviva de Aragona, alors gouverneur du château Saint- Ange.

Depuis ce moment, on perd la trace de Pallavicino.

Mainay^do ou Malnardi '.

Mainardo autrement dit Agostino Piemontese est, lui aussi, un exemple frappant de la liberté laissée aux prêcheurs. En 1532, Févêque d'Asti, Scipione Roerio, le signale au pape Clément VII en lui envoyant douze propositions hérétiques relatives au péché originel, à la prédestination, à la grâce, tirées de ses sermons. Tommaso Badia, maître du Palais pontifical, les examina, les reconnut hérétiques et chargea l'évêque d'obliger Mainardi à les rétracter publiquement. Mais à l'avènement de Paul III, il vint à Rome, demanda à s'expliquer et défendit si bien sa cause que Badia reconnut s'être trompé et que le pape lui accorda un bref par lequel il reconnaissait son orthodoxie (28 septembre 1535). Trois ans après il prêchait à Rome dans

1. Tacchi-Venturi, p. 334 et suiv. Cantu, Erelici. Tiraboschi, vol. VII, p. 350.

VALDÊS.

l'église S. Agostino ; Ignace de Loyola qui venait d'arriver, releva dans ses paroles des propos hérétiques, mais il avait à faire à forte partie et il s'en fallut peu que, dénoncé lui et ses compagnons par Mainardi, il ne dût fuire devant la colère des Romains. Finalement, en 1542, son évolution était terminée; il devint résolument protestant et passa à son tour en Suisse.

Mainardi est l'auteur des deux pamphlets : Soddisfazione di Cristo et Anatomia délia Messa. (sous le pseudonyme de Antonio di Adamo). Ce dernier ouvrage fut publié en 1552, comme on l'a vu plus haut.

ValdhK

Juan de Valdès, qui fut l'initiateur de la plupart des apôtres du protestantisme ou du moins contribua à la formation de leur esprit, était le cinquième fils de don Hernando Regidor de Cuença, et appartenait à l'une des familles les plus anciennes et les plus riches du royaume de Castille; il avait un frère, peut-être jumeau, Alfonso, qui devint secrétaire impérial et se fît connaître bien avant Juan; Juan étudia, à Alcalà, le latin, le grec et l'hébreu que tant de jeunes gens se plaisaient

1. J. Heep, Juan de Valdès, Leipzig, 1009. Ed. Boumer, The Lires of thc ttvin Brothers Juan and Alfonso Valdès, Londres 1882. Cantu, GHEritici, Toi. I, p. 376. Maniji-l Carasco, Alfo?iso et Juan de Valdès, Genève, 1880. Domenico Berti, Di Gio. Valdès e di alcunisuoi discepoli, Rome, 1878. F. Cadallero, Alfonso y Juan de Valdès, Madrid, 1875. Tacchi-Venturi, p. 322.

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VALDES

alors à apprendre. Par l'intermédiaire de son frère, il entra en relations avec Érasme; un dialogue intitulé Lactance et que Von a attribué à l'un ou à l'autre frère, les mit en faveur auprès de l'empereur; Lactance et un archidiacre s'y entretenaient du sac récent de Rome et leur entretien était conduit de façon à faire croire que l'Espagne n'était pas coupable de ce forfait. Baldassare Castiglione, qui se trouvait alors en Espagne, y répondit vertement ; ce fut sa dernière œuvre; il mourut en 1529. Vers le même temps, Juan écrivit le dialogue intitulé Mercure dans lequel Mercure et Charon censuraient les abus et les erreurs du Saint-Siège ; Érasme y était glorifié pour les avoir depuis longtemps signajés; aussi, bien que Juan n'eût pas signé son pamphlet, se vit-il en lutte à la haine des moines et des ennemis d'Érasme. Il quitta FEspagne avec la suite de l'empereur Charles-Quint lors de son premier voyage en Italie (1529) et vint à Naples où les Espagnols s'étaient définitivement établis. La distinction de son esprit, la courtoisie de ses manières, l'agrément de son entretien lui acquirent rapidement de nombreuses amitiés; le cardinal Enrico de Cardona,dit de Montréal, se l'attacha et l'emmena quand il alla habiter à Rome ou dans les environs, en 1531; le pape l'ayant remarqué, le prit à son service, ce qui montre que le mauvais renom que lui avait valu en Espagne la publication du Mercure ne l'avait pas suivi en Italie. En 1533, Juan était gentilhomme de cape et d'épée à la Cour pontificale. Il sut mettre à

profit son séjour et s'introduire dans l'intimité des érudits et des littérateurs encore nombreux à Rome à cette époque. Sepulveda, qui était Espagnol comme lui et avait séjourné longtemps à l'université de Bologne, s'entretenait avec lui d'histoire naturelle et de météorologie; il lui fit lire Aristote, Pline et Sénèque et contribua à affiner son esprit et à lui apprendre Fart des discussions habiles et pénétrantes où Valdès devait exceller. Son frère était mort en 1532; pour lui, il demeura à Rome jusqu'à la mort du pape, puis vint s'installer définitivement à Naples, devenue tout à fait ville espagnole (153'i.). Bientôt un petit cercle aristocratique se forma autour de lui. Pietro Martire, Galeazzo Garacciolo, Giulio da Milano, Benedetto Cusano, de même que Ochino et Flaminio fréquentaient sa maison de la Chiaia^ ; la séduction de ses doctrines qu'il savait présenter le plus agréablement du monde lui amena tout un groupe de femmes, distinguées par l'esprit et la naissance, Giulia Gonzaga, Vittoria Colonna, la duchesse d'Amalfî, Isabella Maurique, Maria di Aragona, marquise del Vasto, fille du duc de Vallahermosa et femme du prince de Salerne, sa sœur Gio vanna, femme de Ascanio Colonna, la princesse de Molfetta, Isabella Villamari, Isabella Colonna, princesse de Bisignano, Maria de Gardona, princesse de Sulmona, Roberta Carafa, Caterina Cibo. La présence de tant de femmes, fort attachées à l'Église catho-

1. A. De Reumont, Viltaria Colonna, p. 145. Tacciii-Ventlri, p. 324.

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lique, montre que Ton ne professait certainement pas de doctrines subversives dans ce cercle. Valdès était un esprit sage et modéré; bien qu'il fut Espagnol jusqu'au fond de l'àme et qu'il ait composé ses ouvrages en espagnol^ sa façon de penser était surtout italienne; il était hérétique à la manière des Fralicclli ou d'un Jacopone. Carnesecchi, qui fut Tune de ses adeptes, déposa quelque trente ans plus tard quand il fut traduit devant l'Inquisition, qu'il se tenait toujours dans une certaine réserve et que jamais ni ne tira de la doctrine de la Justification ses dernières conséquences. Ses amis le considéraient comme un illuminé qui leur apportait un baume divin. Ce fut un grand étonnement pour tous ses admirateurs d'apprendre qu'en 'certaine façon ses théories aboutissaient à la négation du libre arbitre. Valdès réprouvait les procédés et les idées de Luther. Il assistait à la messe, communiait, accomplissait les pratiques que commande l'Église catholique, ce qui ne l'empêchait pas de se livrer à une ardente propagande réformiste ; il prêchait aussi bien dans les églises que dans la rue et se prodiguait auprès de ses amis; s'il n'était mort en 1541, l'Inquisition qui fut établie à Naples Tannée suivante ne l'aurait sans doute pas épargné ; ses disciples furent inquiétés.

Comme Giulia Gonzaga, l'une de ses plus ferventes disciples, s'était lamentée un jour auprès de lui que, loin de trouver le repos dans ses nouvelles convictions, elle en était plus troublée qu'aupara-

AJALDES.

vaut, Valdès composa et lui dédia un traité intitulé Alfabeio Christiano, pour calmer ses anxiétés et lui montrer quel profit elle en pouvait tirer. Son état d'inquiétude, lui explique-t-il, était le commencement de sa guérison; elle retrouverait le bonheur dans la communion avec Dieu par le Christ; pour cela il lui faudrait se détacher de la matière et aller vers l'esprit. Trois voies mènent à la connaissance de Dieu : la lumière naturelle, le Vieux Testament, le Christ. Giulia lui avait demandé aussi comment il se faisait qu'il restait trace du péché originel après le baptême ; Valdès lui répond en distinguant le péché de l'inclination au péché î II lui recommande de s'examiner chaque soir et de lire attentivement V Imitation, saint Jérôme, Cassien; le jeûne ne lui parait nécessaire que dans la mesure où il sert à détruire l'ancienne nature et il voulait qu'on l'appliquât plutôt à la quantité qu'à la qualité des mets; de cette façon, ajoute-t-il, personne ne s'apercevra des privations qu'on s'inflige. Toutefois il ajoute qu'en ce qui concerne les jeûnes que r Église impose , il convient de se conformer à l'habitude générale. « Plus nous mortifions les sens extérieurs, plus nous vivifions les sens intérieurs», dit-il. La méditation de l'Évangile dissipe les ténèbres du sentiment et laisse apparaître une clarté que l'on doit augmenter par la prière et des exercices spirituels. Valdès en propose douze à Giulia :

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