‹ La Réforme en Italie [microform]Chapitre 105 sur 470 · Examiner la foi intérieure · texte numérisé non relu

Examiner la foi intérieure

12. xVIéditer sur la vie éternelle, la foi, l'espérance et l'amour.

Ceci n'est qu'un premier degré ; au second degré, il faut tuer la volonté, tuer les cinq sens. Pour y arriver, on doit toujours avoir présent à l'esprit le crucifix, lui confier ses doutes et ses combats. La santé même ne doit plus être désirée. Valdès ne repousse ni n'admet complètement la confession et la communion; il leur donne un autre sens; il propose surtout pour but à Giulia dans cet Alfabelo « la liberté chrétienne », c'est-à-dire qu'après avoir obéi par crainte ou par intérêt, le vrai chrétien doit agir par amour de Dieu et avec un complet désintéressement, être libre d'esprit et esclave de cœur.

C'est le môme esprit qui règne dans les Cento e dieci divine considerazioni, qu'édita Celio Curione en 1550 à Bâle où Vergerio les avait apportées, « sachant que les choses bonnes et excellentes sont d'autant meilleures, plus grandes et plus louables qu'elles sont communiquées à plus de personnes » . Curione, qui les avait traduites de l'espagnol, joue

VALDES

dans sa préface sur le libellé du titre et recommande à ses lecteurs d'abandonner la lecture des Cent nouvelles de Boccace pour ces nouvelles Considérations qui ont l'avantage d'être au nombre de cent dix. La félicité de l'homme, dit-il, consiste à connaître Dieu, mais on ne le connaît que par le Christ, et il est difficile d'entrer dans le royaume de Dieu; il faut se délivrer de deux dépravations, la dépravation naturelle et la dépravation

acquise.

Ces cent dix Considérations sont des méditations sur Dieu, le Christ et l'homme; le Christ a été « la réparation de la nature humaine »; il a réparé l'âme et le corps; l'homme trompé par sa raison, ne peut croire à l'amour de Dieu; il le craint et cherche à se le concilier par la magie. Les hommes ne croient qu'à la punition, qu'à la sévérité divine. Dieu, pour imposer son existence aux hommes, montre sa rigueur dans le destin du Christ mais, étant lui-même dans le Christ, il nous montre rétendue de sa grâce et de son amour. Par l'Évangile, Dieu peut descendre jusqu'à l'homme, il faut alors que l'homme croie, mettant de côté sa curiosité; ce n'est que par renoncement que la piété peut naître; ensuite l'esprit divin s'empare de nous et nous incorpore dans le Christ; l'homme a la certitude de cette incorporation mystique par la foi; il acquiert la paix de la conscience et se sent comme un enfant de Dieu. <

La réparation ne peut venir de l'homme, elle est une grâce divine, « beneficio de Dios » ; Dieu qui

COMMENT SB RÉPANDIT LA RÉFORME

avait tout créé par sa parole ne pouvait réparer que par la parole.

Ce fut peut-être ce passage qui inspira plus tard l'auteur du Beneficio di Cristo.

Puis Valdès revient sur la mortification des sens et conseille un véritable ascétisme moral, bien éloigné des idées de Luther et de Calvin ; il faut, dit-il, tuer les sentiments plus encore que les désirs, satisfaire quelquefois les désirs pour tuer par le dégoût et le remords les sentiments. Mais en même temps que l'homme se mortifie, Dieu le vivifie. Pendant la vie terrestre, l'homme ne peut se débarrasser complètement de la matière, il n'a qu'un avant-goût de la félicité céleste. La grâce divine, si nous la laissons agir en supprimant notre volonté par la foi, opère cette transformation. En réalité, pour Valdès, Christ est Dieu et n'existe qu'autant qu'il est senti par l'homme; toute la science religieuse se résume pour lui en ceci : « Vivre Dieu »; tout disparaît devant cette réalité suprême, cette transformation divine qui donne à l'homme le bonheur absolu.

Le Commentaire des Psaumes ^ dédié à Giulia Gonzaga comme VAIfabeto, commence par un traité de linguistique ; Valdès, sans doute pour répondre à certaines questions de (iiulia touchant des incertitudes d'interprétation, lui explique qu'en hébreu on emploie le futur pour le présent et le passé, le singulier pour le pluriel, et qu'il y a trois façons de désigner un homme. Toutefois, Valdès, étudiant en humaniste le texte des

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psaumes comme celui de l'Épitre aux Romains et de la IP Ëpitre aux Corinthiens, ne s'appesantit pas trop longuement sur les passages obscurs ; il va aux idées générales; pour lui l'Écriture n'est compréhensible que pourcelui qui possède l'esprit. Valdès tend vers une déformation des textes au point de vue spiritualiste ; ce sont les mêmes doctrines que dans ses précédents ouvrages, mais plus accentuées. Il commence par les psaumes qui sont plus près d'Adam, par conséquent de la corruption, puis il passe aux Épltres et finit par TÉvangile qui est plus près de Dieu.

En ce qui touche à la naissance du Christ, Valdès ne précise rien ; être le fds de Dieu, c'est pour lui avoir dépouillé tout égoïsme, être entré dans Dieu, être soumis entièrement à lui, avoir acquis la paix de l'âme.

Ailleurs en commentant saint Mathieu {Efectos de la Cruz), Valdès explique que Jésus est mort pour tous les hommes, mais que l'effet de la crucification ne se fait pas sentir pour tous, car tous ne croient pas; dès qu'on croit, la communion avec Dieu est rétablie par l'esprit, la peur de Dieu disparait et fait place à la paix. Si quelqu'un demande la raison de ce phénomène, il trouvera qu'elle est dans la volonté de Dieu, la prédestination; les cœurs soumis à Dieu sentent l'existence de la prédestination, y reconnaissent la justice divine, et c'est la marque d'un cœur impie de ne pas la reconnaître. L'homme prédestiné a le sentiment de sa vocation; un homme va par aventure au sermon,

COMMENT SE RÉPANDIT LA RÉFORME

un mot le frappe, il cherche sans savoir ce qu'il cherche, il trouve le Christ en lui et la paix de l'âme. L'homme qui reconnaît sa vocation, reconnaît en môme temps que c'est Dieu qui la lui inspire, qui le prédestine; il avoue la volonté divine qui a créé le monde et l'a purifié par le Christ. Dieu n'est lié par aucune loi à Tégard de la matière ; il agit directement sur l'esprit. Le libre arbitre existe dans la volonté médiate de Dieu, dans la possibilité pour les hommes de s'adapter aux lois de la nature, il n'est donc qu'extérieur; il n'existe pas pour la volonté directe de Dieu. Judas fut obligé d'être un parjure comme saint Paul d'être un saint. La liberté de chercher la paix intérieure et la faveur de l'Esprit-Saint n'existe que pour le's élus ; l'élu peut faire un mauvais usage de son libre arbitre en ne s'appliquant pas assez à sa rénovation .

Reprenant une comparaison d'Origène, il fait du Christ le fiancé, de l'Église la fiancée qu'il a conquise par son sang et gardée pure par sa mort; les élus sont les enfants de cette union.

Sans les rejeter complètement, Valdès dénie toute valeur aux sacrements lorsque la foi n'existe pas; le jeûne, la pénitence, la confession ne sont que des moyens de raffermir la foi, de tuer la chair. Le but du baptême est de rappeler aux hommes le contrat que Dieu a conclu avec eux par Jésus- Christ; il n'est que le signe extérieur de Tacceptation de ce contrat. Dieu, par le baptême, descend sur nous en nous permettant de croire plus facile-

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ment à la grâce, mais il n'a pas besoin du baptême pour sauver qui il veut. Pour la communion, il demande qu'elle soit rétablie dans sa forme primitive, telle que Jésus l'avait instituée. Le but de la communion est, selon lui, de « rafraîchir » la mémoire touchant la mort.

Juan de Valdès et son frère étaient de santé déli cate, ce qui explique en partie leur ascétisme, leur détachement de la chair et leurs conseils sur ce point; leur penchant les porta au quiétisme par incuriosité ainsi qu'à la recherche de la clarté, clarté de l'expression et clarté des sentiments. Peut-être aussi que Valdès, qui avait fait son éducation en Espagne, y subit l'influence orientale qui y était prépondérante ; on étudiait beaucoup les philosophes arabes et le néo-platonisme à Tolède; le besoin de lumière, le désir de se dégager de la matière, l'aspiration à une vie toute spirituelle qui dévorent Valdès, sont propres à la philosophie orientale. Les écrits d'Érasme, dont Valdès fut un ardent défenseur, avaient provoqué en Espagne une renaissance du christianisme; Valdès en profita.

Son action se prolongea longtemps sur les membres du cénacle qu'il réunissait autour de lui. Carnesecchi parlait avec ravissement, trente ans plus tard, du charme et du bienfait que chacun retirait des conciliabules de la Chiaia.

« Que deviendrons-nous à présent que Valdès est mort, écrivait Giacomo Bonfadio. Il était sans aucun doute dans ses actes, dans ses discours,

dans toute sa conduite, un homme parfait. Avec une parcelle de son âme, il gouvernait un corps frêle et débile; avec le reste, qui était la majeure partie, avec son intelligence pure qui semblait détachée de son corps, il était transporté dans la contemplation de choses vraies et divines ^ »

Ses œuvres, fort nombreuses, furent traduites d'abord en italien, ensuite en diverses langues.

Bernardin o Och in o ^* .

Parmi les propagateurs des doctrines et des revendications protestantes, nul n'exerça une plus grande influence en Italie que le moine Ochino.

Bernardino Ochino était fils de Domenico Tommasini qui habitait, dans la ville de Sienne, le quartier appelé l'Ocha ou Oca, d'où le surnom de rOchino donné plus tard au jeune homme. Il naquit en 1V87, dit-on. Dès l'abord, sa grande ferveur se révéla; il entra très jeune dans l'ordre

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