Traduction citée ci-dessus
FLAMINIO
L'autre poésie a pour titre :
Pour louer et raconter les bénéfices de Jésus- Christ.
Tu as souffert des plaies douloureuses, Mille tourments et peines langoureuses.
Etant en croix et tout exprès à fm Que moi, ayant par le serpent malin Eté jadis cruellement navré, Voir à la mort sans remède livré, J'eusse à présent cause de m'éjouir Pouvant de vie éternelle jouir.
En fait Flaminio dut, dans son commerce avec tant de novateurs notoires, échanger des propos qui, à Rome, sous le pontificat de Pie V, lui auraient valu une étroite prison, ou d'être emmuré pour la vie, mais qui, en son temps, ne dépassaient pas la mesure et exprimaient l'opinion commune.
Sa correspondance le montre éloigné des idées extrêmes, acceptant presque tout ce qu'il était convenu d'accepter ^ A l'abbé Anisio, il écrivait que ceux qui s'en tiennent aux arguments de la raison doutent à juste titre de Timmortalité de Tâme, mais que les vrais chrétiens n'en doutent
1 Dans la vie de Paul IV, Caraccioli se porte garant de son orthodo.\ie d'après le dire de personnes qui s'étaient entretenues avec lui (p. 58). Dans une lettre, il dit : « Si nous ne voulons pas faire naufrage au milieu de ces écueils si dangereux, huradions-nous devant Dieu ; ne nous laissons pas entraîner par aucun raisonnement, si vraisemblable et convaincant qu'il paraisse, a rejeter 1 Eglise catholique, répétant avec David : « Vias tuas, Domine, demonstra mihi. » ScHELHORN, Amenitatcs Hist. Eccles,, p. 191. Cf. ce que dit également Flaminio touchant l'Eucharistie dans la lettre citée dans Atanagi, Lettere di Tredici huomini illustri..., Rom., 1554, p. 304.
COMMENT SE RÉPANDIT LA RÉFORME
pas; il lui conseille de relire le traité de Alberto Pighi s\xv\3iHierarchia Ecclesiastica et le pamphlet de Roffense (cardinal Giov. Fischer) contre OKcolampade, et il s'abandonne à une longue dissertation sur la présence réelle, au cours de laquelle il cite Bucer qui, dit-il, après l'avoir niée s'est rétracté. A Lelio Tonelli, secrétaire du duc de Florence, il rappelle que chacun doit porter sa croix ; les vrais chrétiens, dit-il, la portent volontiers « pour régner avec Jésus-Christ » ; ceux qui n'ont pas l'esprit de Dieu la fuient (31 novembre 15^9). Aune femme avec laquelle il avait débattu quelque grave question de foi et qu'il semble s'être permis de tancer assez vertement, il écrit le lendemain pour réitérer sa semonce \ « Il arrive, dit-il, qu'on censure les prédicateurs et les théologiens, ceci est coupable chez les hommes, mais plus encore chez les femmes à qui il a été ordonné non qu'elles enseignent, mais qu'elles apprennent en silence » (31 décembre 1547). Ceci ne l'empêchait pas de s'entretenir des plus épineux problèmes de théologie avec ceux même ' qui les abordaient le plus hardiment; un jour, il eut un entretien de ce genre avec le « protonotaire Carnesecchi » ; le sujet en avait été « le sacrement de l'autel et l'usage de la messe, » ; le lendemain, Flaminio après s'être recueilli lui envoie ses raisons ainsi que Carnesecchi l'en avait prié, « car, dit Flaminio, il faut pouvoir expliquer son avis à chacun » et il conclut que les raisonnements philosophiques ne peuvent conduire à la vérité sur ce point et qu'il faut s'en tenir aux enseignements de
FLAMINIO
l'Église (1" janvier 1543). Dionigi Atanagi écrit dans son recueil de lettres publié en 1554 : « Seul Flaminio comprit et apprécia Jésus et la vérité mais pas sous toutes ses formes, parce que Dieu ne découvre et ne révèle ses trésors que peu à peu ; ce qui est certain, c'est que Flaminio comprit la justification par la foi en Cbrist et la certitude de notre salut, tandis qu'il ne comprit pas le sens de l'Eucharistie ou n'eut pas le courage de le préciser. » Évidemment, sur cette importante controverse, Flaminio n'eut pas, au gré de ses amis protestants, les lumières qu'ils auraient souhaité'i.
Flaminio avait suivi, à Trente, le cardinal Pôle ^ comme familier, ce semble, et non comme secrétaire, peut-être parce qu'il ne lui convenait pas de participer aux travaux d'un concile où la plupart des doctrines qu'il professait allaient être condamnées; il y demeura longtemps; c'est de là qu'il dédia au cardinal Farnèse sa traduction en vers latins de trente psaumes de David publiée en 15V6. Au reste, ses poésies sont pleines d'élans de reconnaissance envers ces deux cardinaux qui, à son dire, le comblaient de bienfaits; et ils n'étaient pas les seuls; le cardinal Rodolfo Pio loi fit un présent; le cardinal Sforza lui remit une dette, le cardinal Accolti lui donna une coupe. Il mourut à Rome, le 18 février 1550 et avec lui moururent,
1 Les griefs de rinquisilion contre Flaminio se trouvent résumées dans l'extrait de son procès que donne Corrisien dans M rchivio Soc. Rom. di St. Patria, vol. 111, an. 1880, p. 274.
2 On sait que le cardinal Tôle fut suspecté dheresie.
COMMENT SE RÉPANDIT LA RÉFORME
dit Manuzio, « le charme, la bonté et la gloire ». Quelque temps auparavant, il avait envoyé à Carnesecchi, qui alors résidait à Paris, le manuscrit de son poème intitulé : De rébus divinis, qu'il avait dédié à Marguerite, duchesse de Savoie; Robert Estienne le publia l'année même de sa mort.
Paleario ^.
Aonio Paleario fut un lettré de même que Flaminio et aussi un jurisconsulte éminent; son père s'appelait Matteo délia Paglia, sa mère Chiara Gianarilla: il reçut le nom d'Antonio; délia Paglia devint Paleario comme plus élégant, Antonio s'abrégea en Aonio comme plus académique ; ses ennemis direwt, au reste, plus tard qu'il avait fait ce changement pour supprimer dans son nom le T qui lui rappelait la Croix dont il avait horreur 2. Il
1. DkhGMiTO, Aonio Paleario, Rome, 1910. Giusfi>pe Morplrgo, Aonio Paleario, CiUà di Castello, i912. J. G. Guulitt, Leben des A. Paleario, eines Martyres der Warheit, Hambourg, 1905. Jules Bonnet, A. Paleario, Paris, 1863. M. Yolnc, The Life and Times of Paleario, or a History of the italian Re for mers in the XVI Century, Londres, 1860. Mennerich, G. T., Biographie de Aonio Paleario, thèse, Strasbourg, 1861. Cantu, Erelici, vol. Il, p. 452. Christ. Hare, Men and Women of Ihe Italian Reformation. chap. XVIII. Jac. de Ladf.kchls Annales Eccles., ad an. 1571 (Continuation de Baronius), Rome, 1728. Préface de ses œuvres, éditées par Wetstein, Amsterdam, 1676. Rivista Cristiana, années 1876 et