Le premier eut lieu le 19 avril
PALEARIO.
Le premier interrogatoire est du 16 septembre 1568; d'autres suivirent, très espacés; les procès d'inquisition duraient longtemps; il se passait quelquefois un an entre deux comparutions; on comptait beaucoup sur l'énervement d'une longue captivité pour provoquer les aveux ou les repentirs. Les charges relevées contre Paleario étaient les suivantes, toutes fort graves : refus de croire à la prééminence du pape, au purgatoire, aux jeûnes, à la messe, à la confession, au libre arbitre, à la prédestination.
Le 19 juillet 1569, le juge le mit en demeure de reconnaître ses erreurs dans les dix jours et de rentrer dans le sein de l'Église. Il refusa de se rétracter disant : « Dans l'amour du prochain et la reconnaissance de la gloire de Dieu, on ne peut errer. » Le 20 août, il réitéra son refus; le k octobre, on mit à ses côtés deux théologiens « avec lesquels, dit-il, je fus d'accord sur un grand nombre de points et en désaccord sur quelques-uns ». Paleario soutenait, entre autres choses condamnables, que lorsque le souverain pontife fait périr des hérétiques, il pèche mortellement. Il fut alors mis au secret et il y resta sept mois. Quand on le crut suffisamment démoralisé, on lui dépêcha un jésuite qui obtint une rétractation, le 10 avril 1570. Il reconnut que le pape peut désigner « des ministres séculiers qui tuent les hérétiques et même les tuer personnellement^ ». Néanmoins le tribu-
1. De Thou, liv. XXXIX, § 9. Ed. Londres, 1734, vol. V, p. 132. Voltaire, éd. Beuchot, vol. XVII, p. 353, n. 1. Article de Comba,
COMMENT SE RÉPANDIT LA RÉFORME
mal inquisitorial dont il avait dit que c'était « un poignard levé sur tous les gens de Lettres », le déclara coupable; sa sentence portait qu'il serait revêtu du sanbenito; il s'y refusa, sur quoi les inquisiteurs le déclarèrent impénitent et le livrèrent au bras séculier pour qu'on lui infligeât le supplice du feu. Les chefs d'accusation avaient été ramenés à quatre : il avait nié le purgatoire et blâmé les ensevelissements dans les églises, disant qu'il valait mieux enterrer les morts hors des murs des cités; il avait tourné en ridicule la vie des moines et soutenu que la justification s'acquérait par la seule foi en la miséricorde
divine.
Le dimanche 2 juillet 1570, il fut confié à la confrérie de la Miséricorde qui avait mission de préparer à la mort les condamnés et le lendemain, après qu'il se fut confessé et repenti, au dire des moines qui l'assistèrent, il fut pendu puis brûlé sur le pont Saint-Ange. Avant de mourir, il avait remis aux frères de la Miséricorde un testament et deux lettres; l'une était pour sa femme; elle ne manque pas d'élévation, quoique, même en ce moment, il n'ait pu s'abstenir d'user de ces élégances de style et de ces oppositions de mots auxquelles on se plaisait alors : « Je ne voudrais pas que tu prisses du déplaisir à mon plaisir, écrivait-il, et que mon bien te fît du mal. L'heure est venue pour moi de passer de cette
Paleario si ritratto mai, dans Rivista Christiana, avril 1879, p. 145.
CELIO SECONDO CURIONE.
vie à mon Seigneur et Père, Dieu... Songe à notre famille, élève-la et conserve-la dans l'amour de Dieu. J'ai soixante et dix ans, je suis vieux et inutile. » La seconde lettre était pour Lampridio et Fedro, ses fils : « Il a plu à Dieu, leur disait-il, de m'appeler à lui par une voie que vous trouverez amère et dure, mais si vous l'examinez bien, vous comprendrez que, puisqu'elle me comble de contentement et de joie, vous aussi devez la trouver
excellente^...
Les œuvres de Paleario, réunies et imprimées par ses admirateurs, passèrent longtemps pour des modèles de littérature néo-classique.
Celio Secondo Curione,
Celio Secondo Curione 2 naquit, le dernier de vingt-trois enfants, en 1503 ; son père s'appelait Giacomo Roterio et avait été surnommé Curione parce qu'il était de Chieri; sa mère, Charlotte de Montrolier, avait été longtemps dame d'honneur de Blanche de Savoie. Celio Curione tenait d'elle le goût des actions risquées et une grande impétuosité de parole qui le mit plus d'une fois en péril.
A neuf ans, orphelin, il fut envoyé à Turin afin d'y poursuivre ses études ; comme il montrait une