‹ La Réforme en Italie [microform]Chapitre 136 sur 470 · De Indulgentiis, 1517. DeCaptivitaie Babylonica · texte numérisé non relu

De Indulgentiis, 1517. DeCaptivitaie Babylonica

CELIO SECONDO CÏJRIONE.

ferrât, Giovanni Giorgio, qui avait été évêque, l'appela auprès de lui et il resta son commensal tant qu'il vécut ; puis, ses frères et ses sœurs étant tous morts de la peste à l'exception de l'un d'eux, il retourna en Savoie recueillir leur héritage. Un jour qu'un moine dominicain prêchait à Turin contre Luther et lui imputait des maximes qu'il n'avait jamais soutenues, d'après les uns, il lui cria qu'il en avait menti ; d'après les autres, il demanda l'autorisation de lui répondre et montra que ses accutions étaient fausses. Ce pourquoi il fut de nouveau arrêté par ordre de l'Inquisition et mis dans une prison sévère. Il s'en échappa encore. Des légendes coururent à ce sujet. On raconta qu'il avait présenté au geôlier qui l'attachait une fausse jambe. La vérité semble être qu'il soudoya ses gardiens. Mais Curione avait intérêt qu'on crût à une évasion en quelque sorte miraculeuse ; il en fit un récit à cette fin. « Pour cet événement, écrivit-il plus tard, je ne fis pas vœu de visiter Compostelle ou Jérusalem, car ce sont là des idolâtries, ni de garder ma chasteté que Dieu seul peut accorder ; je me consacrai tout à Jésus, notre libérateur. »

Curione obtint ensuite une chaire à Pavie et y professa trois ans, sans être inquiété, car ses élèves faisaient bonne garde autour de lui ; cependant on le savait un ardent propagateur des idées luthériennes et le pape insistait auprès du sénat de Milan pour qu'il mît fin à ce dangereux enseignement ; informé de ces démarches Curione estima prudent de gagner Venise, puis Ferrare où la duchesse

COMMENT SE RÉPANDIT LA RÉFORME

Faccueillit des mieux. Il y prolongea durant un an son séjour et y devint le maître d'Olimpia Morata qu'il contribua à attirer vers le luthéranisme. Cependant la duchesse avait obtenu pour lui une chaire à Lucques, il s*y rendit mais les démarches du Saint-Siège l'empêchèrent d'en profiter longtemps ; il se réfugia à Lausanne, revint chercher sa femme et ses enfants à Lucques, faillit de très peu être pris, retourna en Suisse et s'y fixa; on raconta que les souverains le réclamaient à leurs cours ; le duc de Savoie le voulait à Turin, le roi de Transylvanie à Weissembourg, l'empereur Maximilien à Vienne ; mais il demeura fidèle à la ville de Bâle où il s'était fixé et où, pendant plus de vingt ans, ses cours attirèrent nombre d'élèves ; il y mourut le 25 novembre 1569.

Curione avait contribué à répandre le luthéranisme, non seulement par ses leçons, mais par ses écrits ; il fut un infatigable écrivain; son Pasquin en extase eut un grand retentissement comme on a vu ; il publia une Institution de la religion chrétienne, une Histoire de Spiera, une Traduction des Cent dix Considérations de V aides, il commenta Aristote et composa un Thésaurus lingiiae latinae ; il traduisit en latin vingt livres de l'Histoire de Guicciardini^; il fut en correspondance avec tous les grands esprits du temps. On l'avait accusé d'être antitrinitaire, il prit soin de démentir cette accusation dans son testament, qui existe àBàle.

1, Voir à l'Appendice sa bibliographie.

GlULIA GONZAGA.

Giulia Gonzaga ^ .

Dans le groupe relativement nombreux des femmes qui donnèrent dans la réforme, Giulia Gonzaga, comtesse de Fondi, se distingue par l'ardeur de ses con\4ctions et la netteté de sa séparation d'avec l'Église catholique; elle fut une véritable protestante et dépassa en audace son maître Valdès. Sa famille était illustre et ancienne, ce qui ajoutait du poids à ses actes ; pendant des années, les Gonzaga avaient dominé à Mantoue ; cinq d'entre eux étaient devenus cardinaux, d'autres, chefs d'armées ou vice-rois. On ne sait exactement quand et où naquit Giulia. Elle avait environ quatorze ans lorsqu'on lui fit épouser, en 1526, Vespasiano Colonna qui était âgé de quarante ans, manchot, boiteux et veuf; elle au contraire passait, avec d'autres de ses contemporaines d'ailleurs, pour la plus belle des femmes d'Italie ; Cariteo et Molza ont vanté à l'envi ses attraits; le père de Tasse, Bernardo, parle de ses cheveux blonds et bouclés, de son front haut et serein, de son teint délicat, de sa voix angélique, de la grâce de ses mouvements; Carnesecchi raconte dans l'un de ses interrogatoires que le cardinal Morone, étant in minoribus, c'est-à-dire avant d'avoir reçu la pourpre cardinalice, était allé la voir à Naples « à cause de la renommée de sa vertu et de sa beauté qui était telle

1. Karl BliNRATH, Giulia Gonzaga, Halle, 1900. Broto Amante, Giulia Gonzaga, Bologne, 1896. Giuseppe Paladino, Giulia Gonzaga, Naples, 1909. Reomont, Vittoria Colonna, p. 144.

que chaque homme de distinction qui passait par Naples tenait à honneur de la visiter » ; Falco s^exprime sur ses qualités en termes hyperboliques ; de son vivant même, caries légendes se formaient et se propageaient vite, on raconta qu'un pirate babaresque, Chaireddin Barbarossa, avait entrepris une expédition pour Tenlever et la livrer au sultan Soliman; à la vérité, il débarqua au village de Sperlonga dans Fintention de piller Fondi qui appartenait auxColonna; Giulia, qui se trouvait dans le château de cette ville, s'enfuit et bien lui en prit, car les habitants furent emmenés en esclavage ; le cas était fréquent alors (1534).

Le récit de cette aventure fut illustré bientôt de détails tragiques; on raconta qu'un serviteur ayant été prévenir Giulia du danger qu'elle courait, l'avait trouvée dormant nue comme c'était la coutume; elle le récompensa, mais le fit poignarder ensuite. Elle était veuve lors de cet événement (depuis 1528), de même que Vittoria Colonna et Caterina Cibo, ces autres adeptes de la réforme; et ceci contribua apparemment à leur vocation ; la douleur, le dégoût de la vie, le vide de leur existence et sans doute aussi un penchant naturel poussaient ces femmes à se livrer aux méditations pieuses ; d'esprit élevé, ayant une grande curiosité de toutes choses et poussées par leur éducation classique à raisonner et à approfondir, elles voulaient s'éclairer ; Giulia avait précisément connu Valdès à Fondi et elle le retrouva à Naples où elle était venue s'établir ; elle fit partie de son cercle et

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