CATERINA CIBO, DUCHESSE DE CAMERINO
ses entretiens avec le cardinal Pôle, avec Giberti, avec les chefs du mouvement réformiste, étaient connus à Rome ; elle fut considérée comme hérétique avérée et dangereuse : « Heretica, Sectatrix Haereticorum et Doctrix Monialiiim HaereticariimK » Au reste Caterina Cibo était très liée avec Giulia Gonzaga dont l'exemple dut hâter sa conversion. Si elle ne fut pas poursuivie, c'est sans doute à cause de ses hautes parentés. Elle mourut le 17 février 1557.
Vittoria Colonna-,
Vittoria Colonna, veuve à trente-trois ans du marquis de Pescara (mort en 1525), chercha d'abord à se consoler en composant de beaux sonnets en l'honneur de son mari, puis en se plongeant dans la dévotion ; sa douleur l'avait conduite au recueillement, le recueillement la mena aux spéculations pieuses, mais sa dévotion ne fut pas essentiellement réduite aux pratiques extérieures dont se contentaient la plupart des Italiennes de ce temps,
1. Compendio de' Processidel S. Offîcio, publié par Corvisieri, dans VArchivio délia Soc. Rotnana di Sioria Patria (1880).
2. A. DE Reumont, Vittoria Colonna. Carteggio di Vittoria Coion7ia, par Ermanno Ferrero et Giuseppe Muller. Le Fèvre- Delmier, Vittoria Colonna, Paris, 1856. Henry Roscoe, Vittoria Colonna, Londres, 1868. Cantu, Eretici, vol. I, p. 410. Art. de K. Benrath dans Rivista Cristiana, vol. VI, 1876, p. 49. Domenico ToRDi, Vittoria Colonna supplemento al Carteggio, Turin, 1892. Vittoria Colonna in Orvieto, Pérouse, 1895. Il Codice délie Rime di Vittoria Colonna appartenente a Margherita d'Angoulême..., Pistoia, 1900 et autres brochures. Campori, Vittoria Colonna, Jean J. Weiss, Vit. Colonna, Frarrenfeld, 1916.
326 COMMENT SE RÉPANDIT LA RÉFORME
elle avait trop d'ouverture d'esprit, un sentiment trop élevé des choses de la religion pour ne pas aspirer plus haut. Ce n'est pas à dire qu'elle ne se crût par obligée à certaines austérités; sa mère, Agnese de Montefeltro, était morte au retour d'un pèlerinage à Notre-Dame de Lorette des privations qu'elle s'était imposées^ et Vittoria tenait d'elle à ce point de vue; elle poussa si loin les macérations que son ami, son meilleur conseiller, le cardinal Polé, dut intervenir pour qu'elle les modérât, lui rappelant ces paroles de saint Paul à Timothée : « Corporis cxercitatio admodum valet ad pietatem. » Elle n'avait plus alors que la peau sur les os, comme le dit plus tard Carnesecchi au cours de l'un de ses interrogatoires. Ce ne fut que sur les pressantes injonctions de Pôle qu'elle songea à conserver « ce tabernacle de Dieu » pour « le rendre tel qu'elle l'avait reçu ». Sa ferveur était si connue que le Saint-Siège lui permit de disposer d'un autel portatif; il lui donna lautorisation de se faire accompagner de seize personnes, dont deux confesseurs, quand elle forma le projet de se rendre en terre sainte, pèlerinage qu'elle ne put d'ailleurs pas accomplir. « Tu as entrepris ce voyage, disait le bref daté du 13 mars 1537, malgré l'avis de tous tes proches et les périls qui en sont inséparables, tu mets l'amour de Jésus-Christ au-dessus de toute affection humaine, tu montres un cœur masculin dans im corps féminin... » Quelques-unes de ses