‹ La Réforme en Italie [microform]Chapitre 152 sur 470 · DIALOGUE VIII · texte numérisé non relu

DIALOGUE VIII

Comment Jésus nous a rachetés IredemeriQ et achetés, comme devait le faire le Messie.

JACOB, OCHINO.

— J. Me voici revenu, et, à la réflexion, je trouve qu'il est impossible que le Messie doive nous acheter et nous racheter. De même que quelqu'un de vivant ne peut être appelé à la vie sans être mort, de même on n'a pas à acheter ce que l'on possède en propre. De même un homme déjà libre ne peut être racheté ou affranchi. — Or l'homme appartient à Dieu. Aurait-il commis d'innombrables péchés et se serait-il en outre donné à un autre qu'il ne cesserait d'appartenir à Dieu. Il ne peut, étant une créature de Dieu, disposer de lui, même à sa guise. De plus, si Dieu lui-même donnait l'homme à un autre, il ne pourrait se priver lui-même

APPENOrCE.

de sa domination sur lui. 11 ne pourrait mettre fin à ce pouvoir sur ses créatures qu'en les réduisant à néant ; encore ce pouvoir subsisterait-il, et Dieu conserverait la faculté de les créer de nouveau et d'en disposer à sa guise. L'homme ne peut être l'esclave que de Dieu. On doit donc avouer que le Messie n'aura pas à nous acheter ou à nous racheter, pour que nous soyons à Dieu.

— 0. Mais cet avis est contredit par la parole de Dieu qui dit, par la bouche de David, qu'il a pris soin de racheter son peuple... [Nombreuses citations des Écritures où figure ce terme : « racheter » [redimere] ou celui de rédempteur.]

— J. J'avoue que, grâce au Messie, nous serons rachetés de nos péchés. Mais, dans les Écritures, ce terme « racheter » [redimere] équivaut à « délivrer » [liberare]. On ne doit donc pas croire que le Messie nous rachètera à un certain prix. C'est ainsi qu'Isaïe a dit : « Vendus pour rien, vous serez également rachetés pour rien. »

— 0. Tu ne comprends pas la pensée d'Isaïe qui est celle-ci : Vous vous êtes vendus vous-mêmes au diable pour rien. Car, en vous achetant, il ne nous a donné que les satisfactions mondaines, qui ne sont que de veines ombres négligeables. De même nous avons été rachetés pour rien, non pas en ce qui concerne le Christ, qui nous a achetés de son sang, mais en ce qui nous concerne, puisque nous avons été délivrés par un pur bienfait du Christ. D'ailleurs, dans le Nouveau Testament, il est dit qu'il nous a non seulement rachetés, mais rachetés en payant [pretio]. Saint Pierre, saint Jean et saint Paul disent aussi qu'il nous a rachetés de sa vie et de son sang.

— J. Je ne vois pourtant pas comment il a été, je ne

DIALOGUES D'OCHINO.

dis pas nécessaire, mais seulement possible que Dieu achète son propre bien.

— 0. Sache donc que nous sommes tous coupables, et par suite esclaves du péché. Nous étions aussi esclaves des passions qui dominaient en nous; et enhn, du diable, que le Christ a appelé le maître de ce monde... [Citations des Écritures.) « Nous t'appartiendrons et nous serons tes esclaves, dit saint Mathieu, si tu nous procures les plaisirs du monde. » Cette servitude a été la plus malheureuse, car nous étions les esclaves de Satan, notre plus grand et notre plus cruel ennemi, et en même temps, de nos passions, qui sont insatiables. De tous les bienfaits qu'ont reçus les Juifs, j'entends les bienfaits corporels, nul n'a été plus grand que leur délivrance de l'esclavage en Egypte, que la Pâque est destinée à commémorer. Or le bienfait du Christ nous délivrant de la servitude du péché est infiniment plus grand. Toutes les servitudes des Juifs, y compris celles qu'ils subissent depuis quinze cents ans, ne sont rien en comparaison de celle qui nous soumet à Satan et au péché.

Cependant les hommes charnels, stupides et déments dans le domaine des choses spirituelles, ne connaissent pas leur misère. Ils ne savent pas que la mort éternelle sera le châtiment de leur péché. Cette misère était si grande que, pour nous en faire sortir, il a fallu la mort du Christ, et ceux qui ne reconnaîtront pas son insigne bienfait subiront des peines éternelles. Non seulement le Christ nous a délivrés de notre misère, et cela pour l'éternité, mais encore il nous a délivrés sans notre aide. S'étant fait homme, il nous a secourus en tant que frère, mais aussi parce que la loi de Dieu et de la charité le lui commandait. Dieu ayant remis notre salut entre ses mains. —

APPENDICE

DIALOGUES D'OCHINO.

Pourtant Dieu n'était pas obligé de nous racheter. Si l'on dit que ses promesses le liaient, je répondrai que ces promesses n'étaient dictées que par son libre amour et sa pure bonté. Enfin Jésus nous a rachetés loyalement, comme il convenait à sa grandeur et à sa majesté, et de deux façons : par son sang et par la force. Plus fort que Satan, il a en outre enlevé à ce dernier les armes sur lesquelles il comptait, et il a annulé l'écrit qui témoignait contre nous en le fixant à la Croix et en triomphant des empires et des pouvoirs de ce monde.

— J. Je ne comprends toujours pas, pourquoi il était nécessaire que Dieu rachetât ses élus. Comme je l'ai dit. Dieu juste ne pouvait abandonner son pouvoir sur ses créatures et particulièrement sur ses élus. Il n'avait donc pas à les racheter. S'ils se sont donnés à Satan, leur donation était vaine, puisqu ils ne s'appartenaient pas. Pour la même raison, ils ne pouvaient pas se vendre. Si Satan les avait achetés en les payant des biens de ce monde, il ne les aurait pas payés sur ses propres biens, toutes choses appartenant à Dieu. Cette vente eût d'ailleurs été malhonnête : nous eussions été achetés à un prix de beaucoup moitié moindre que notre valeur ; et si le diable nous avait trompés, il n'aurait pu nous posséder en toute propriété. De plus, si le Christ avait triomphé du diable par la force, cette victoire n'aurait pas été glorieuse, mais plutôt honteuse, puisqu'il était de beaucoup le plus fort. Et enfin comment a-t-il pu se faire que le même Jésus achète d'une part ses élus, et de plus les mette de vive force en liberté?

— 0. Dieu, comme tu Tas dit, n'a jamais perdu son pouvoir sur les élus, et Satan n'a jamais pu avoir sur eux un pouvoir légitime. Aussi le sang du Christ, en

nous rachetant, n'était-il pas destiné au diable, comme on Ta cru, mais aux élus, pour lesquels il a été versé. Et si le Christ a employé la force pour nous racheter, ce n'a pas été contre le diable, mais contre les élus eux-mêmes.

S'étant détourné de Dieu et s'étant tourné vers le monde, l'homme ne pouvait se délivrer des biens du monde par ses propres forces ; il était entièrement prisonnier du péché et de Satan. 11 ne répondait pas à l'appel de Dieu. Aussi Dieu résolut-il de le contraindre par l'amour et de lui faire en quelque sorte une douce violence ; il lui donna la plus grande preuve de son amour en sacrifiant son fils unique, afin que l'amour de Dieu devenant supérieur en l'homme à l'amour du monde, le contraignit à se porter tout entier vers lui. C'est ainsi que le Christ a dit : « Si je suis élevé de terre, c'est-à-dire placé sur la Croix, j'attirerai tout à moi, l'homme avec toutes ses pensées et tous ses désirs. » 11 nous a donc ramenés à lui par la force de l'amour, malgré la résistance de notre chair et de notre illusoire sagesse. C'est donc contre nous seulsqu'il a fait usagede la force. Et il est exact de dire qu'il nous a achetés du sang de son fils, sans lequel nous ne nous serions jamais soumis volontairement à

lui.

— J. Mais à qui Dieu a-t-il donné en paiement le

sang de son fils.

— 0. Aux élus, pour lesquels il Ta fait couler. C'est ainsi que saint Paul dit qu'il n'a pas épargné son propre fils, mais Ta donné en notre faveur à tous.

— - J. Cependant Dieu n'était pas débiteur du sang de son fils, pour racheter les élus à ce prix; et les élus n'étaient pas créanciers de ce sang pour se vendre à Dieu.

APPENDICE

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— 0. Sans doute. Mais, pour conquérir les élus par Tamour, il a dû les acheter du sang de son fils. Et les élus, pour se vendre à Dieu ou plutôt pour retourner vers lui, ont dû recevoir en paiement le sang du Christ. On peut dire, par suite, que Dieu s'est donné à luimême en paiement le sang de son fils, dans la mesure où il a voulu le faire couler pour sa propre gloire.

— J. Dans quel but Dieu nous a-t-il payés d'un tel prix que le sang du Christ?

— 0. Afin que nous ne vivions pas sous l'empire de la chair, orgueilleux de notre libre arbitre, afin que nous ne soyons pas les esclaves des hommes, afin que nous vivions et que nous mourions pour le Christ.

— J. Mais les élus seront-ils les débiteurs du Christ, s'il les rachète et leur rend la liberté en vue d'en faire ses esclaves?

— 0. Si un galérien est racheté par un homme puissant pour que, s'attachant à lui par l'affection, il le serve, il n'est pas douteux qu'il n'en reçoive un grand bienfait. Or le bienfait dont jouissent les élus est supérieur à celui-là dans la proportion où nos misères morales sont plus cruelles que les misères corporelles, et où Fasservissement du Christ est plus doux que l'asservissement aux hommes. En outre Dieu, qui possède tout, n'a pas besoin de notre esclavage. Et si la cause suprême pour laquelle il nous élit est sa propre gloire, il sait que nous ne pouvons concourir à cette gloire en dehors de notre intérêt moral et de notre propre gloire. C'est pourquoi, si les Juifs firent preuve d'une grande ingratitude envers lui en abandonnant la manne en Egypte pour revenir à leur nourriture d'aulx et de cèpes, quelle ne serait pas la nôtre si nous quittions le Christ pour retourner à Satan.

— J. Dis ce que tu voudras. Je ne puis, pour moi,

voir en Jésus le Messie. Le Messie doit nous délivrer de nos péchés, or le Christ ne l'a pas fait. Si l'on juge en effet des péchés par les maux qui en résultent dans le monde, il me semble que le monde n'a jamais été plus corrompu, et principalement en ce qui vous concerne, vous chrétiens, qui êtes au pouvoir de l'Antéchrist.

— 0. Je me charge de te prouver que la colère de Dieu a été apaisée par Jésus, et que nous sommes réconciliés avec lui. Mais ce sera pour demain.

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