DIALOGUE IX
Que Jésus a apaisé la colère de Dieu et nous a réconciliés avec lui comme devait le faire le Messie.
JACOB, OCHTNO.
J. Me voici revenu, pour que nous continuions à
examiner si Jésus a été le Messie. S'il est établi qu'il a apaisé Dieu, je l'admettrai volontiers. Je sais bien que saint Paul le prétend. [Diverses citations.] Mais je ne crois pas saint Paul. Je pense qu'en étudiant les Écritures, il a remarqué que le Messie devait surtout venir pour nous réconcilier avec Dieu par sa mort. En voyant que Moïse, Aaron, Samuel, David ont réussi à apaiser Dieu, en voyant que les prières des saints ont eu le même pouvoir, il ne pouvait douter que les prières du Messie ne dussent être encore bien plus eflicaces, et capables de calmer la colère divine. Il avait remarqué d'autre part que Dieu avait coutume d'être apaisé par la mort des méchants (Acan lapidé; les premiers du peuple crucifiés par Moïse). Il a donc sans doute pensé que Dieu devant charger le Messie de toutes nos iniquités, ainsi que l'a annoncé Isaïe, il serait apaisé par sa mort. Mais saint Paul ne prouve pas que la colère de Dieu ait été apaisée par Jésus.
APPENDICE
DIALOGUES D'OCHINO.
Pour commencer par les Juifs, pour lesquels Jésus a dit qu'il était particulièrement venu, Tévénement a prouvé que Jésus n'avait pas apaisé Dieu à notre endroit. Dieu n'a jamais paru plus irrité contre nous que depuis cette époque. Il manifeste également sa colère contre vous-mêmes, qui êtes au pouvoir de TAntéchrist, et contre les Mahométans. Je ne puis donc croire que Jésus ait été le Messie.
— 0. Pour élucider ce point, il faut d'abord examiner si Dieu peut être irrité et de quelle manière. Ensuite, si nous établissons qu'il a été irrité contre le monde, nous examinerons s'il a été apaisé par le Christ. Certains impies ont dit que la seule occupation de Dieu était sa propre contemplation; pour ceux-là Dieu ne peut s'irriter, puisqu'il ne peut rien trouver en soimême que d'agréable. D'autres ont dit qu'il n'examinait hors de lui que les corps célestes, lesquels, ne comportant pas de défauts, ne peuvent exciter sa colère. Quelqu'un a même dit que Dieu portait attention à toutes ses créatures et particulièrement à l'homme, mais que l'ayant créé libre, il ne pouvait être offensé par aucune de ses actions. Mais ceux qui ont la connaissance de la vérité disent que Dieu prend souci de toutes ses créatures et par-dessus tout de l'homme, auquel il a donné une loi, et contre lequel il s'irrite si cette loi est enfreinte.
— J. Eh bien, de quelle façon s'irrite-t-il?
— 0. Sa colère ne se manifeste pas par un changement, car il est parfaitement simple ; ni par une plainte, car il ne cesse d'être parfaitement heureux; mais seulement par des actes qui sont la punition des coupables.
— J. Ce n'est pas là s'irriter véritablement.
— 0. Sans doute. Mais Dieu, voyant notre ignorance
et notre faiblesse et voulant se faire comprendre de nous, s'est abaissé jusqu'à parler notre langage dans les Écritures. Il a dit non seulement qu'il s'irritait ou qu'il s'apaisait, mais encore qu'il se repentait, qu'il se plaignait, qu'il s'écartait ou se rapprochait de nous, qu'il nous voyait ou qu'il nous entendait, toutes choses qui doivent s'entendre, au figuré, de ses actions. C'est ainsi que nous disons qu'il est irrité, quand il nous punit. Et les Écritures nous fournissent des exemples éclatants et terribles d'une telle colère.
— J. Je voudrais savoir pourquoi Dieu inflige des châtiments aux coupables.
— 0. Parce que c'est juste, non pas que la justice oblige Dieu à punir, car il lui est supérieur, mais parce qu'il le veut ainsi, et que ce qu'il veut ne peut pas ne pas être juste. Il ne punit pas pour supprimer la faute du pécheur, car, même s'il le punissait sans discontinuer, il ne pourrait faire qu'il n'ait péché [non efficeret ut nonpeccavissent].
On ne doit pas dire non plus qu'il punit pour apaiser sa colère, car sa colère est juste et non mauvaise. Il veut seulement attirer notre attention sur nos péchés et faire des exemples. Il nous fait rentrer en nousmêmes, afin que, devenus plus prudents, nous le craignions. Enfin il exerce notre patience et nos autres vertus chrétiennes pour les perfectionner. En tout cas il ne s'irrite pas, et ses châtiments sont inspirés par son amour pour nous. C'est ainsi qu'il donna un avertissement à David par la mort de son fils, et il menaça même de punir les crimes des parents sur leurs enfants jusqu'à la troisième et à la quatrième génération.
— J. Comment donc peut-on dire que la colère de Dieu doive être apaisée par le Messie?
APPENDICE
— 0. Dieu ne peut s'irriter qu'à cause de nos péchés, et quand il a décidé de nous punir, il ne change pas d'avis. Le Messie amènera donc un changement non pas en Dieu, mais en nous-mêmes, en nous rendant meilleurs. Kt ainsi Dieu cessera d'être irrité, car il ne trouvera plus rien en nous que de bon. — Pour parler d'abord des réprouvés et de leur malignité, je dis que Jésus a apaisé la colère de Dieu en leur procurant tous les moyens d'éviter de pécher; s'ils succombent donc, c'est par leur faute et non par celle du Christ ou par celle de Dieu. Et j'avoue que, s'ils ont persévéré jusqu'à la mort dans le péché, non seulement le Christ n'a pas apaisé la colère de Dieu, mais il n'a même pas intercédé, sachant qu'il eût été inutile d'agir contre les décisions irrévocables de Dieu. Je crois aussi que le Christ leur a obtenu des châtiments moins sévères qu'ils ne le méritaient, pour ce qui est de cette vie. — Pour ce qui est des élus, le Christ a apaisé la colère de Dieu à leur égard, en obtenant que Dieu ne les punisse pas des peines éternelles que méritaient leurs péchés, et cela non seulement en assumant lui-même le fardeau et la punition de ces péchés, mais encore en les amenant à s'amender dès cette vie et à mourir sans péché.
— J. Si les péchés des élus avaient été, comme tu Pas dit, suffisamment expiés par le Christ, Dieu ne les punirait pas dans cette vie, comme il le fait.
— 0. Il ne les punit pas pour les péchés qu'ils ont déjà commis, et que le Christ a expiés; mais pour les amener à cesser de pécher désormais et à se repentir de leurs fautes. Et, en punissant le Christ sur la Croix pour les péchés des élus. Dieu a puni au moins aussi sévèrement les élus régénérés par leur amour pour lui, car ils ont souffert des douleurs éprouvées par le Christ.
DIALOGUES DOCHINO.
— J. Tu m'as bien montré de quelle façon Dieu peut s'irriter ou s'apaiser; mais tu ne m'as pas prouvé qu'il ait été, en fait, apaisé par le Christ et qu'ainsi celui-ci soit bien le Messie; le mal règne en effet plus que jamais dans le monde.
— 0. L'adversité ou la prospérité ne peuvent témoigner de la colère ou de Papaisement de Dieu. Il les répartit sans distinction entre les bons et les méchants, et souvent, en excellent père, il châtie plus sévèrement ses propres enfants que ses bâtards.
La meilleure preuve de son amour pour nous est s'il nous préserve du péché. Et ce précieux bienfait ayant été accordé aux seuls chrétiens et par Pentremise du Christ, on doit avouer que celui-ci est bien le Messie.
— J. Si vous viviez saintement, la raison serait valable; mais je vois que votre conduite est semblable à celle des autres hommes, et quelquefois pire. Et ceux d'entre vous qui sont regardés comme les plus saints ne vivent pas, à ce qu'il semble, autrement que ne pourraient le faire bien des hommes ayant de bonnes mœurs. Pour que je croie que Jésus a été le Messie, il faudrait que je trouve chez vous une remarquable sainteté, et que je reconnaisse en outre que Jésus est bien celui qui vous l'a procurée.
— 0. Il n'est pas en mon pouvoir de te le prouver mais je t'invite à te recommander à Dieu et à lui demander qu'il te procure la connaissance de lui-même par l'entremise du Messie ; il ouvrira les yeux de ton âme et fera en sorte que tu te sentiras réconcilié par Jésus avec son Père.
— J. Je le ferai. Mais, toi aussi, prie Dieu pour moi.
— 0. Je te le promets.
APPENDICE