Franck, Dictionnaire des Sciences philosophiques, Pans
3. Sanlto, Diari, voL XVI, coL 26. La confession est dans Varchi. Storia Fiorentina, voL III, p. 283-295. Cf. G. Cvpponi, Storia délia Repubblica di Firenze, Florence, 1875. vol. II, p. 312.
L'HUMANISME
pourrait unir son esprit à Dieu » et il suppliait ceux qui l'assistaient « de lui débarrasser l'esprit de Brutus » parce qu'il voulait mourir en chrétien.
Quand Lorenzino assassina, en 1536, son cousin Alessandro, il invoqua, comme Boscoli, les maximes et l'exemple des anciens.
On pourrait citer assurément des humanistes très attachés à la foi catholique tels que Pétrarque, le camuldule Ambrogio Traversari, Giannozzo Mannetti, Vittorino de Feltre, Bembo^ et les papes
Nicolas V et Pie II.
Néanmoins, la plupart d'entre eux furent non pas sans doute des adversaires de l'Église, mais de bien tièdes serviteurs. Dans les lettres où Pogge raconte à ses amis italiens le supplice de Jérôme de Prague qu'il compare à Mucius Scaevola et à Caton, il ne montre aucune réprobation à l'égard de son attitude envers l'Église. Cette indifférence se rencontre fréquemment.
Quelques réformateurs célèbres, tels que Flamino et Spinola, furent des humanistes convaincus.
L'Académie romaine, qui fut un foyer d humanisme, se montra hostile à la papauté sinon au catholicisme; son fondateur Pomponius Laetus était
1 \ial«ré son grand goût pour rantiquité classique et un effort continuel pour ffire revivre le passé, Bembo avait «ependant une foi qui ne paraît pas avoir été entamée par ce penchant B. Mor-
ecclésiastique. Cf. A. Ferr4.,oli dans Archiv. délia Soc. Rom dt Storia Patria, vol. XXXVII (1914), p. 307 et smv. ; p. 453 et suiv.
un admirateur passionné de l'antiquité qu'il aurait voulu à tout prix ressusciter. Les cérémonies dont ses disciples et lui donnèrent le spectacle avaientelles pour objet simplement d'évoquer le passé ou bien de tourner en dérision le culte catholique ainsi qu'on l'a prétendu, cela reste en doutée Mais ce qui ne saurait être contesté, c'est que Laetus fut un adversaire acharné du Saint-Siège contre lequel il conspira ; ses partisans partagèrent son sentiment 2.
La durée de FAcadémie fut courte, il est vrai, mais l'esprit dont elle était animée lui survécut.
D'une façon générale les humanistes furent favorables, dans les commencements, au mouvement réformiste ; il y avait sans doute au fond de cette sympathie un souvenir de l'animosité qui avait si longtemps dominé dans l'attitude des humanistes envers la papauté et qui ne s'atténua que lorsque des papes humanistes montèrent sur le trône de saint Pierre. Plus tard, il en alla tout autrement. L'humanisme devint l'adversaire du protestantisme, car ses tendances allaient directement contre
1. La profession de foi que Lietus fait dans son commentaire de la Tliéhaïde de Slace à propos du passage : ch. iv, v. 512 : « Je sais le nom du souverain du triple monde qu'il est défendu de prononcer, mais je le tais...», marque une religiosité qui ne semble pas affectée; toutefois, il est bon de noter que ce commentaire fût rédigé après le procès de 1468. Voir Zaui (.hin, Pomponio Leto, Rome, 1909-1912, vol. I, p. 214. H ne faut pas oublier que dans le mêine temps, le pape Paul II donnait des fêtes toutes païennes, telles que le triomphe d'Auguste. F. Rocqlain, La Cour de Rome et l Esprit de la Réforme, vol. 111, p. 398.