On se souvient que c'était l'opinion de Savonarole
sorte que toutes les œuvres de ceux que Dieu n'appelle point à la connaissance de la foi comme les œuvres de ceux qui sont en état de péché, sont de vrais péchés, quand même elles sembleraient excellentes. Qui les loue, les considère seulement dans Tapparence; qui en examinera les conditions, y découvrira de la méchanceté. Catarino concluait que Luther n'était point à condamner sur ce point mais sur les articles relatifs aux œuvres qui suivent la grâce prévenante et préparent à la justification.
Le dominicain Soto* s'éleva avec violence contre cette opinion parce que, disait-il, elle impliquait que l'homme n'est pas en liberté de bien faire ni capable de réaliser sa fin, ce qui était nier le libre arbitre à l'imitation des luthériens. Il soutenait que l'homme peut, avec ses propres forces, observer tous les préceptes de la Loi et que toutes les œuvres ne sont pas des péchés, or qui accomplit la Loi et ne fait que des œuvres moralement bonnes, évite tout péché ! Pourtant il faisait une restriction, disant qu'autre chose est de se garder de chaque péché, autre chose de les éviter tous ensemble.
Les frères mineurs répondaient que si Dieu n'accordait pas la grâce à quiconque fait tout ce qu'il lui est possible pour l'obtenir, il serait « injuste, partial et meilleur aux uns qu'aux autres », et ils ajoutaient que ce serait une grande
i. Théologien et confesseur de Charles-Quint, évoque de Ségovie dont il était originaire.
DÉBATS SUR LA JUSTIFICATION
absurdité d'admettre que Dieu ne fait nulle différence entre un qui vit moralement bien et un autre qui vit plongé dans tous les vices.
En ce qui concernait « les préparations », tous les théologiens tombèrent d'accord qu'après le premier mouvement divin, il naît en nous une certaine crainte du péché, et ils blâmèrent Luther qui affirmait que cette crainte est mauvaise puisque c'est Dieu qui exhorte et excite le pécheur à considérer son péché.
Quant à l'essence de la grâce, il fut déclaré que Luther avait erré en soutenant premièrement que « la grâce et la justice ne sont autre chose que la volonté divine, que les justes n'ont aucune justice inhérente en eux et que leurâ péchés ne sont point ieffacés 'mais seulement remis », secondement que « notre justice n'est rien que l'imputation de la justice du Christ et que les justes ont besoin d'une continuelle justification ».
Le 23 septembre (1546), un projet de décret fut soumis au concile établissant la doctrine canonique en ce qui concernait la Justification; onze points étaient exposés; en même temps vingt et une propositions hérétiques étaient frappées d'anathème ; aussitôt d'autres formules furent apportées et la discussion s'engagea le 27 septembre sur ces textes. Les questions de mots qui avaient d'autant plus d'importance que l'on n'argumentait qu'à l'aide de citations, se renouvelaient sans cesse; des modifications, des additions, des suppressions sans nombre furent réclamées et,'
le 12 octobre, il ne restait presque rien du texte soumis au concile, aussi le 21 un autre texte fut- il apporté.
Une commission étudiait en même temps la question de la certitude de la grâce et celle de la justice imputative, c'est-à-dire accordée, et de la justice inhérente, c'est-à-dire antérieure, in utero comme l'expliqua un des membres du concile ^ D'après les uns l'homme justifié, s'il avait conservé sa Justification inhérente et accompli de bonnes œuvres, pouvait se présenter devant le tribunal de Dieu avec elle et sans avoir besoin de recevoir une autre Justification, mais ce sentiment fut vivement combattu. Cette controverse occupa de nombreuses séances, finalement ceux qui opinèrent que la justice inhérente suffit sans nouvelle imputation de la Justice du Christ l'emportèrent de beaucoup sur les partisans de l'opinion contraire. Le cardinal Del Monte, l'un des présidents du concile, exposa à l'assemblée générale du 29 octobre (1546) le résultat des délibérations. Le 6 novembre un troisième texte définissant la Justification, les conditions de son obtention et ses effets fut soumis au concile en même temps qu'une série « d'anathèmes », et la discussion recommença « non sans grave péril pour l'unité de TEglise et grand détriment des âmes ». Du 9 novembre au 1*" décembre, on examina ces propositions. 11 fallait se garder de donner prise