Ehses, vol. V, p
DEBATS SUR LA JUSTIFICATION
aux critiques des hérétiques et ne pas laisser passer un seul mot qui pût leur servir d'argument, c'est ce qui rendait le travail des Pères particulièremen ardu bien que quelques-uns d'entre eux trouvassent qu'on prenait une peine inutile et que « si les choses propres le sont pour les gens propres, pour les gens souillés tout est souillé ».
Plusieurs séances furent consacrées au commencement de janvier à discuter si « la crainte précède l'espérance dans la préparation à la Justification ».
Enfin le 13 janvier (1547) un « décret » sur la Justification fut voté; deux légats, deux cardinaux, dix archevêques, quarante-sept évêques, deux abbés, cinq généraux d'ordres, des moines augustins, servites, des mineurs conventuels et des observantins au nombre de trente-deux, des théologiens séculiers (sept Espagnols et un Français) prirent part à cette séance.
La déclaration du « saint synode » est en seize articles comme les rédactions précédentes ^ Elle déclare que :
1° Depuis la chute d'Adam les hommes sont souillés et naissent « les fils de la colère » et ne peuvent se laver de cette tache ni se délivrer, bien que leur libre arbitre soit demeuré intact quoique atténué^.
t. Ehses, vol. V, p. 792. Cf. Sarpi, p. 205. Pallavicini, vol. 1, p. 091 et suiv., p. 112.
2. On avait longtemps discuté sur ce mot; dans la première rédaction il y avait « blessé ou malade ».
2" C'est pourquoi Dieu envoya son fils parmi les hommes pour racheter les juifs qui vivaient sous la loi et permettre aux nations qui ne suivaient pas la justice de concevoir la justice.
3° Bien qu'il soit mort pour tous, tous cependant ne jouissent pas du bienfait de sa mort; il est réservé à ceux-là seuls auxquels le mérite de la Passion est communiqué. De même qu'on ne contracte le péché d'Adam que si l'on naît de sa descendance, de même celui qui ne renaît pas ea Christ ne se justifie pas.
^'^ La Justification est la transformation de l'état où naît l'homme fils d'Adam à l'état de grâce et d'adoption parmi les fils de Dieu ; cette transformation ne peut s'opérer sans le baptême ou le désir de le recevoir^
5° Le commencement de la Justification vient de la grâce prévenante du Christ, c'est-à-dire de sa vocation. Ceux qui, parleurs péchés, étaient ennemis de Dieu, deviennent par sa grâce adjuvante et excitante disposés à rechercher leur Justification. Sans la grâce de Dieu, on ne peut accéder de par sa libre volonté à la justification et, quand il appelle ceux qui étaient ennemis de Dieu par leurs péchés, il les dispose à la recevoir.
6*» Ceux-là sont aptes à acquérir la justification avec l'aide de Dieu qui croient aux vérités révélées et aux promesses divines et premièrement que
1. Lors de la rédaction du décret, un certain nombre de Pères avaient trouvé superflus les trois premiers articles on leur expliqua qu'ils servaient de préparation à celui-ci
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l'impie est justifié par la grâce de Dieu et par la rédemption, et qui, comprenant qu'ils sont des pécheurs, frappés par la crainte de Dieu et confiants dans sa miséricorde, espèrent que Dieu leur sera prospice à cause de son fils, laiment comme la fontaine de toute justice et détestent les péchés.
7*^ La Justification suit cette préparation qui n'est pas seulement la rémission des péchés mais la sanctification et la rénovation intérieure de l'homme par l'acceptation volontaire de la grâce laquelle fait que l'homme devient d'injuste juste, d'ennemi, ami. Chacun reçoit sa justification suivant sa mesure car le Saint-Esprit la répartit à chacun selon ses mérites et selon la disposition et la coopération de chacun. Personne ne peut être juste si le mérite de la Passion du Christ ne lui est communiqué. En même temps que, par cette justification, l'homme reçoit la rémission des péchés, il reçoit aussi les trois dons de la foi, de l'espérance et de la charité. On dit avec raison que la foi sans les œuvres est morte et oisive.
8° L'apôtre (saint Paul) a dit que l'homme est sauvé par la foi et gratis (Rome, III, 24); il faut entendre par ce passage, comme l'a toujours enseigné l'Église catholique, que la foi justifie parce qu'elle est le commencement du salut, la hase et la racine de toute justification sans laquelle il est impossible de plaire à Dieu, et l'on dit que ce don est gratuit parce que rien de ce qui précède
la Justification, soit la foi, soit les œuvres, n'assure la grâce elle-même ^
9" Il est nécessaire de croire que les péchés ne peuvent être remis sans l'intervention du Christ; il est hérétique de penser qu'on possède la certitude de la remise des péchés; même ceux qui sont véritablement justifiés ne doivent pas penser qu'ils le sont.
10** Ceux qui sont justifiés et amis de Dieu vont de vertu en vertu, se renouvellent de jour en jour et mortifient leur chair.
11** Personne, même étant justifié, ne doit se croire libre de ne pas observer les commandements. Dieu ne commande pas des choses impossibles et ses commandements sont destinés à nous apprendre que nous devons faire ce que nous pouvons. Les justes peuvent commettre des péchés légers et quotidiens qu'on appelle véniels sans cesser d'être justes. Dieu ne déserte pas ceux qu'il a justifiés par sa grâce si eux-mêmes ne l'ont déserté, c'est pourquoi nul ne doit se reposer sur sa seule foi. Ceux-là sont les adversaires de la foi qui prétendent que le juste prêche au- moins vénalement dans ses bonnes œuvres ou même mérite les peines éternelles.
12° Personne ne doit, tant qu'il vit, chercher à percer les mystères de la prédestination ni penser que le juste ne peut plus pécher ou, s'il pèche, qu'il est certain de la rémission, car personne ne
1. C'était un des articles sur lesquels on avait le plus discuté.
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sait, à moins de révélation spéciale, quels sont les justifiés.
13* Que ceux qui peuvent être debout veillent à ne pas déchoir et qu'ils travaillent à leur salut dans la crainte et le tremblement, dans les œuvres, dans les larmes, dans les aumônes, dans les oraisons, dans les jeûnes et la chasteté.
14° Ceux qui, par leurs péchés, ont perdu la grâce peuvent la recouvrer, par la pénitence. Cette pénitence après la chute est bien différente de celle du baptême, car elle ne se contente pas de la cessation des péchés et de leur détestation, mais elle demande la confession des péchés, les jeûnes, les aumônes et tous les exercices de la piété.
15° La grâce se perd par l'infidélité et par les péchés mortels même si on ne perd pas la foi.
16° La Justification reçue se conserve et perdue so récupère par l'accomplissement des bonnes œuvres; la vie éternelle est accordée à ceux qui font le bien jusqu'à la fin et espèrent en Dieu, c'est l'accoraplissement d'une promesse qui leur a été faite. Cependant notre justification ne nous est point propre et il en faut exclure la justice de Dieu, la justice que nous appelons propre parce qu'elle nous est inhérente étant celle de Dieu qui nous la communique par l'intervention de Jésus- Christ.