Archiv. Val. Lfitt. de Prinripi, vol. XXI, fol
L'aPOOÉIS du mouvement PROTESTANT.
naire. L'élan qui était en lui donna alors son plein effet; ce fut le moment de son apogée. L'hérésie « se glissait partout », comme le disait naguère Clément VIL Paolino Bernardino de Lucques affirmait dans la préface de son livre Concordia Ecclesiastica (1552) que dans la plupart des villes italiennes, le luthéranisme triomphait et que chacun, loin d'admettre avec humilité les dogmes imposés par l'Église, « prétendait en raisonner et les juger avec sa propre science ». Les promoteurs de l'agitation pouvaient, à bon droit, s'applaudir du nombre de leurs adhérents. Sans doute il y avait, de part et d'autre, quelque exagération; les partis se plaisent à comprendre dans leurs rangs les douteux, les indécis. Il était, au surplus, avantageux aussi bien pour les catholiques que pour les protestants, de proclamer que les idées nouvelles gagnaient tout le pays, car les uns faisaient ainsi ressortir la gravité du péril et l'urgence d'y porter remède, les autres exaltaient leurs succès. Incontestablement il existait un peu partout des groupements importants de luthériens mais qui n'étaient pas constitués en communautés, il ne faut pas l'oublier* ; il y en avait à Venise, à Padoue, à Vérone, à Ferrare, à Modène, à Forli, à Faenza, à Milan, à Pavie, à Florence, à Sienne, à Viterbe, h Lucques, à Pérouse, en Savoie, à Naples, à Palerme, à Rome.
1. On ne rencontre guère de pasteurs et d'églises constituées qu'au Piémont et dans le royaume de Naples.
Les médecins comme les moines étaient des agents actifs du protestantisme; Giovanni Muralto alla à Genève, s'y lia avec Servet et rapporta à Crémone ses doctrines. Berardo Appiani, médecin à Pallanza, professait qu'il ne croyait ni au purgatoire, ni à la présence réelle, ni au libre arbitre; il possédait chez lui beaucoup de livres interdits ainsi que des traités de magie; son influence à Milan était grande; traduit devant le tribunal de l'Inquisition, il promit d'abjurer mais s'enfuit; il fut arrêté et mis en prison mais il put s'échapper avec un autre hérétique, grâce à la connivence de nombreuses personnes, et l'on dut se borner à le brûler en effigie^
Jamais la prédication protestante n avait été si véhémente ni si répandue. Carnesecchi parcourait ritalie semant la parole hérétique; on r écoutait avidement; il appelait les protestants a les élus de Dieu » . Curione professait sans entraves à Pavie. A Crémone, les prédicateurs parlaient si librement que le podestat et les inquisiteurs s'alarmèrent et décidèrent de faire « des procès secrets ». A Côme, un des moines chargés de prêcher le carême ne cachait pas ses sympathies pour le luthéranisme; le vicaire de l'évêque et l'inquisiteur se concertèrent pour l'empêcher de poursuivre sa prédication, mais l'opinion publique était contre eux; le moine fut prévenu et s'enfuit
1. FuMi, Inquisitionel'v- 227. Muralto affirmait que tou* les médecins de Crémone étaient incroyants.