‹ La Réforme en Italie [microform]Chapitre 201 sur 470 · Curione venait de publier sa vie en · texte numérisé non relu

Curione venait de publier sa vie en

PONTIFICAT DE PAUL IV (23 mai 1555. — 18 août 1559.)

Condamnations. — Le Saint-Office. — (Excursus. Envahissement du palais du Saint-Office en 1849). — Fonctionnement des tribunaux inquisitoriaux. — L'Index. ~ Lutte contre rinquisition espagnole à Naples. -— En Sicile. — Les ordres monastiques nouveaux. Les Théatins. — Les Barnabites. — Les Angéliques. — Les Capucins. — Les Jésuites.

Ainsi quand Paul IV monta sur le trône pontifical, la situation était grave; elle devait surtout le paraître aux contemporains ; ils pouvaient croire que l'idée protestante allait réellement l'emporter dans le pays entier.

S'il avait régné, Marcel IP aurait été, sans nul doute, un excellent pape et eût puissamment contribué à réformer l'Église; ennemi du luxe jusqu'à envoyer à la fonte la vaisselle d'or dont se servaient ses prédécesseurs, très sobre, s'abstenant de toute faveur à Tégard des siens, il éloigna son frère de Rome et refusa une audience à ses fils;

1. Marcello Cervini ne pouvait manquer d'être pape; un astrologue Tavait annoncé à son père.

recherchant la simplicité^ et voulant même supprimer la musique dans les cérémonies religieuses, projet auquel il ne renonça que grâce à Tintervention de Palestrina^, plein d'ardeur et de bonnes intentions, il se serait assurément employé à réformer le clergé et aurait mis fin aux abus dans la mesure du possible, mais son pontificat dura vingt jours; il mourut le l*' mai 1555, âgé de cinquante-quatre ans.

€ J'avais prié, écrivait Girolamo Seripando, pour que les mots sublimes d'Eglise, de concile, de réforme, fussent relevés du mépris où ils étaient tombés ; par cette élection, je considérai mon vœu comme rempli, mon espérance comme devenue une réalité. »

Après huit jours de conclave, les cardinaux élurent le 23 mai (1555), Gian Pietro Carafa qui avait les mêmes tendances et dont la vie avait été une lutte sans relâche contre les protestants.

On le disait prédestiné au trône pontifical ; sa mère Vittoria Camponesca avait confié avant sa naissance au duc de Pagliano, qu'elle savait qu'elle portait en elle un futur pape.

Alors qu'il était au service d'Alexandre VI, celui-ci l'envoya un jour chercher en toute hâte une cassette qu'il avait coutume de porter comme une

1. NovAES, Elementi délia Stor. de sommi Ponte fici, Rome, 1822, vol. VII, p. 99. Panvinio, Hist. délie Vile de sommi Ponte fici^ Venise, 1612, p. 598.

2. G. Casoioli, La Vita... di Gio di Pierluigi Paleslrina , Rome»

sorte de talisman et qui contenait une hostie; c'était la première fois qu'il l'oubliait; lorsque Garafa pénétra dans la pièce où elle était déposée, il la vit entourée d'une gloire de lumière; en même temps le pape lui apparut gisant inanimé au milieu d'un cercle de cardinaux qui s'occupftieat de lui désigner un successeur. Or, k ce moment même, Alexandre VI mourait de la mort presque foudroyante et mystérieuse que l'on

sait^

Une autre fois Carafa éteignit un incendia en faisant le signe de la croix et en jetant dans les û^aimes, selon la coutume romaine, un Agnus Dei qu'il avait bénit.

Bien qu'il eût, au moment de son élection, soixante-dix-huit ans, il n'en restait pas moins vif à poursuivre ses desseins et des plus ardent sur tout ce qui touchait à la défense de la catholicité. Maigre de visage, la barbe courte, le nez petit, les yeux perçants, son aspect répoudait à son caractère. Il était entier dans ses idées, emporté dans son langage, n'admettant guère la réplique, s'irritant même contre ceux qui ne partageaient pas entièrement ses sentiments. « Il est véhément en toute chose, disait de lui l'ambassadeur vénitien Navagero, mais surtout en matière d'inquisition ; c'est l'offenser gravement que de lui recommander un coupable. Il a fixé trois jours par semaine

1. E. Alberi, Relaz, Amb. Veneti, Ser. II, vol. III. p. 377...; vol. IV, p. 50. NovAES, Panvinio, ut supra, Antonio Caracciolo, De Vita Pauli IV, Cologne, 1612.

pour les consistoires, deux pour les signatures; il y manque souvent mais il est très régulier aux séances du Saint-Office quelles que soient, d'autre part, ses occupations; le jour où la ville d'Anagni fut prise par les Impériaux, chacun à Rome se rappelant les horreurs du sac de 1527, fut saisi de terreur, lui cependant se rendit, comme si de rien n'était, au tribunal de l'Inquisition et s'occupa, sans montrer aucun émoi, des affaires pendantes. »

Il parlait avec éloquence, possédait une science théologique et canonique réellement admirable, une instruction étendue, une mémoire prodigieuse; on disait qu'il savait par cœur presque toute la Bible et certaines gloses; il s'exprimait avec facilité en italien, en espagnol, en latin et en grec; ses mœurs étaient irréprochables et on lui reconnaissait une parfaite droiture. Il avait grand soin de sa personne et passait fort longtemps à sa toilette. Navagero affirme qu'il restait trois heures à table et buvait beaucoup. Il était Napolitain.

Issu d'une famille de haute origine et assez ancienne, il gardait dans son maintien et dans ses gestes une dignité qui en imposait. « Il marchait sans paraître toucher la terre », écrivait Navagero. Sa naissance lui donnait d'ailleurs plus d'orgueil que sa supériorité intellectuelle. Aussi la plupart des membres du Sacré Collège le redoutaient-ils non moins à cause de sa morgue que de son caractère; son élection causa donc une vive surprise et de l'inquiétude même à ceux qui, après avoir cherché à faire élire les cardinaux Pôle et

PaNTIFICAT DE PAUL IV.

Morone, tous deux bienveillants aux idées nouvelles, avaient en dépit d'eux-mêmes, porté leur voix sur cet intraitable adversaire non pas d'une Réforme mais des réformateurs. Comme il arrive si souvent, le choix de ce prélat de combat, qui constitua un acte décisif dans l'histoire de l'Église, ne fut nullement le résultat d'un concert prémédité ; et ceux qui y contribuèrent n'en comprirent sans doute point toute la portée.

La population romaine fut consternée; elle sentait qu'un autre régime allait commencer. ^ Comme ses prédécesseurs, mais avec une tout autre allure, Paul IV se proposa d'anéantir le luthéranisme, d'une part en opérant les réformes qu'il jugeait compatibles par l'esprit de l'Église, et en redressant les abus, d'autre part en sévissant contre ceux qui, malgré ses invites, persisteraient dans leur opposition. Dès le 20 juillet 1555, il adressait au général des frères mineurs de l'observance un bref où il disait : « Comme notre intention la plus formelle est que la foi catholique fleurisse sous notre règne et que la dépravation hérétique soit, grâce à nos efforts, écartée loin des fidèles de l'Eglise, nous veillerons avec vigilance à faire rentrer dans l'étable du Seigneur ceux que les ruses du diable en avaient écartés et à imprimer plus fortement dans le cœur des fidèles le zèle et l'observation de la foi; quant à ceux qui, conduits par la perversité de leur âme, auront persévéré dans leur mauvais dessein, ils subiront un châti-

ment qui servira aux autres d'exemple. » Le pape ajoutait qu'il venait de charger un certain nombre de cardinaux du soin d'expliquer ses intentions aussi bien en Italie qu'au delà des monts, et qu'il leur avait donné à cet effet des pouvoirs très étendus. Que si Paul IV faisait appel non à l'ensemble du clergé mais à des cardinaux, c'est qu'il se défiait des prêtres en général, ainsi que le donne à entendre son biographe Caracciolo. Il soupçonnait, non sans raison, quantité d'évêques, de vicaires, de prélats, de moines et même certains membres de l'Inquisition, de n'être pas sans quelque sympathie à l'égard des hérétiques; cependant lui-même n'entendait pas les traiter dès l'abord sans merci; il autorisa le général des frères mineurs à les accueillir avec indulgence s'ils reconnaissaient leurs erreurs d'un cœur repentant et demandaient à les abjurer; il permettait même qu'on révoquât les excommunications, anathèmes et autres censures portés contre eux^

La bulle a Cum quorumdam » du 7 août 1555, rendait générales ces dispositions. Paul IV y spécifiait les dogmes dont la négation constituait l'hérésie, à savoir : le dogme de la Trinité, le dogme de la consubstantialité du Père, du Fils et du Saint-Esprit, de la conception immaculée, de la rédemption par la mort cruelle de Jésus sur la Croix, et il ajoutait que ceux qui, dans un laps

Page 1