‹ La Réforme en Italie [microform]Chapitre 203 sur 470 · FONTANA, p · texte numérisé non relu

FONTANA, p

auras lu cette lettre et sans en parler à personne, excepté à ceux qui auront à exécuter tes ordres, de faire arrêter et livrer à notre vice-légat à Bologne, les hérétiques dont voici les noms. » Ces suspects étaient Bonifazio Valentini, préposé dans la cathédrale de Modène, Filippo Valentini, le libraire Antonio Gabaldino et Lodovico Castelvetro dont le rôle fut si important à Modène.

Le 24 novembre 1555, le pape adressa au duc une autre lettre, celle-ci dépouillée de formules propitiatoires, dans laquelle il réclamait l'arrestation de deux Allemands dont l'évêque de Brescia lui avait signalé l'arrivée imminente mais dont il n'avait pu lui fournir le nom. « En te conformant à nos désirs, ajoutait le pape, tu mériteras notre gratitude et tu te rendras agréable à Dieu^ »

Au mois de juin de l'année 1557, Paul IV fît un coup d'éclat que seul pouvait risquer un homme ayant son autorité et son zèle ardent. Sur son ordre, on enferma au château Saint-Ange comme suspects d'hérésie le cardinal Reginald Pôle, le cardinal Morone, l'évêque de Gava, Sanfelice, l'évêque de Modène, Foscarari, et Luigi Priuli; c'était en partie l'entourage de Vittoria Golona; Pôle avait été son plus fidèle ami, Morone l'un de ses plus assidus correspondants, Priuli son confident; à l'exemple de Vittoria, un esprit profondément pieux avec une nuance de suavité et un grand désir de voir la pureté chrétienne

\. FoNTANA, p. 434, 436.

régner dans l'Église, animaient ces hommes de foi indiscutable et de haute intelligence ^

A Priuli, on reprochait précisément de s'être laissé séduire par les théories captieuses de la marquise; il avait fait partie, comme le pape, de Tassociation du divino amore; on ne pouvait donc l'accuser d'être un ennemi de l'Église ; de fait le seul grief précis qu'on releva contre lui fut une correspondance avec un seigneur napolitain dans laquelle l'utilité de la messe était mise en doute.

Il en était de même du cardinal Pole^; ce lettré

^'^^^'''^''^^^^y Arcbiv. Soc. Rom. St Patria, an III, 1880,

2 Reginald Pôle, né le 3 mars 1500, était le flls de Richard Pôle et de la comtesse de Salisbury, fille du duc de Clarence; celui-ci était frère des rois Edouard IV et Richard III; Pôle se trouvait donc cousin du roi Edouard V et de la reine Elisabeth, bôiant rendu a Padoue pour y achever ses études théologiques, Il y nt la connaissance de Bembo, de Contarini, de çarara, de Longueil, d'Erasme et prit si grand goût à la culture Italienne qu'il passa en Italie une partie de son existence. II

îfu'^*. Jr'îwJ?*'''^ *^^ *^2^- S* désapprobation du divorce d Henri VIII fut cause qu'il dut quitter définitivement l'Angleterre; Il se rendit à Avignon puis à Padoue où il vit Sadoleto et ha amitie avec lui. En réponse à une lettre du roi Henri VIII dans laquelle celui-ci justifiait son second mariage. Pôle composa son traité sur l'Uriité de l'Eglise qu'il lui dédia. Paul III le créa cardinal le 22 décembre 1536. Le roi de France refusa de le recevoir comme légat, à la demande de Henri VIH; on a même assuré que celui-ci avait soudoyé des assassins qui vinrent en Italie pour le tuer; ce qui est cerUin c'est que sa mère et l'un de ses frères furent mis à mort en Angleterre par ordre du roi. Au concile de Trente dont il fut l'un des présidents, il défendit la croyance à l'Immaculée -conception. Il s'en fallut peu qu'il n'obtînt la tiare au conclave de 1550; ce fut, dit-on, parce qu'il avait estimé qu'un acte aussi important ne pouvait s'accomplir de nuit que Jules III, dont les partisans s'étaient ressaisi, fut élu le lendemain matin. Le pape l'envoya auprès de Marie Tudor dès son avènement, en 1553, et il s'ai>

délicat qui préférait Platon à Aristote, les lettres latines aux obscurités de certains livres de casuistique, qui, issu de sang royal, unissait la distinction physique à celle de l'esprit, ne pouvait s'empêcher de réprouver les plaisirs grossiers où se plaisaient tant de membres du clergé ; avec Vittoria Colonna il avait souvent rêvé d'une Église pure et idéale, mais il n'en avait pas moins pris ouvertement parti contre la Réforme en Angleterre. Ses ouvrages sur la justification, l'autorité du souverain pontife, le concile, ne contiennent rien qui ne soit correctement orthodoxe, bien que l'un d'entre eux, publié précisément en 1555, ait une préface de Vergerio^ Au concile de Trente il s'était montré le soutien du pouvoir pontifical et le pape venait de le nommer évêque de Canterbury. Néanmoins on lui reprochait ses tendances, sa liaison avec Flaminio, son indulgence envers les prêtres mariés, sa complaisance à l'égard des princes protestants, quelques propos dangereux, d'avoir « pensé hérétiquement » sur le libre arbitre et la justification ainsi qu'il avait paru au concile, de s'être trop affectionné à Carnesecchi, « hérétique reconnu » ; enfin on insinuait que la marquise de

pliqua à rétablir le culte catholique en Angleterre. En 1555, Paul iV le remplaça, comme légat, par le cardinal Peto. Il mourut le 16 novembre 1558 à Rome, presque le même jour que la reine Marie. L. Beccatello, Vita R. P<fli, Venise, 1569. P. G. Lee, Reginale Pôle, Londres, 1888. Sa correspondance avec Morone et d'autres se trouve dans les State Papers, Venise.

1. Pro Ecclesiœ Unitatis Defensio^Slràshourg, 1555. Le Discorso di Pace parut peut-être à Rome cette même année; l'édition de Venise, de 1558, serait alors la deuxième.

Pescara, dont la fréquentation passait alors pour une preuve certaine d'hétérodoxie, avait été pour lui plus qu'une amie, ce qui était une indigne calomnie pour tous deux.

En ce qui concernait Morone, les chefs d'accusation étaient plus nombreux et cependaht comme Pôle, Morone avait été un prélat exemplaire^dans ses nonciatures, dans sa légation auprès de 1. empereur Charles-Quint de même que dans la direction de son diocèse de Modène, il s'était toujours montré le défenseur avisé du Saint-Siège^il avait failli présider la séance d'ouverture du

i. Giovanni Morone, né en 1509, avait été créé évéoue d.^ Modene en 1529, par le pape Clément VII qui pensakainsi se concilier son père, le fameux chancelier du duc de Zan Cependan comme le pape avait promis cet évéché égarementà Ippohto d'Esté, fils du duc Alfonso, Morone ne put fn prendre

fpiro'ou'r'lurdo'"' ''r ^^^^^^^^^ avoir' convenTave ISa i .^ n donnerait en compensation une rente de 400 écus (5 juillet 1532). Il réforma le couvent des augusLes

aL^«^H""'"-fT\ ^"" P''^"^^^^^^ '^^^ ^"t de rempHr des ambassades; il fut envoyé en France auprès de François I-

pour le décider à la paix, en Bohême, auprès de Ferdinand p' roi des Romains, a Spire et à Innsbruck, auprès de Gharles-Ouin? Paul m l'avait chargé en 1535, le 26 juin, de sur^eilTerL d" "^^^ loppement de Phérésie à Milan. En 1537, il établit dans un monastère les récollets qui auparavant n Wnt pas de demeure particulière; en 153», il appela les capucins'e les logea dans son palais. Paul III Je fit cardinal le 2 juin 1542 et le nomma protecteur des royaumes d'Angleterre et de Hongrie de l'archiduche û'Autriche et de plusieurs ordres monastkiues' Le successeur de Paul III, le pape Jules III, l'envoya en ?55 à fit/ d'Augsbourg En 1550. il avait résigné son évêché au frère dominicain Egidio Foscarari, d'origine bolonaise arrêté con.me lui, avec cette condition qu'il en r%rendrait possession SI Foscarari prédécedait; Morone 3e réservait 700 ducats de pension et la collation des bénéfices. Nicola Bernabei Xa cf4 cardinale G. Morone, Modène. 1885. Corvisiehi. loc cu! 2. Tacchi-Venturi, p. 35, n. 1.

concile de Trente bien qu'il eût ^lors à peine trente- trois ans.

L'Inquisition lui reprochait entre autres choses d'avoir, étant à'Modène, fréquenté l'hérétique Jean- Baptiste Scott, d'avoir affirmé qu'il était le représentant du pape seulement au point de vue temporel, d'avoir fourni de l'argent aux hérétiques pauvres de Bologne, d'avoir accueilli dans sa maison quantité d'hérétiques. D'autre part de nombreux témoins attestaient que ses paroles le rangeaient parmi les ennemis du Saint-Siège. Il avait exprimé l'opinion devant le cardinal de Mendosa que le décret du concile touchant la justification était mal rédigé et devrait être amendé. Il avait facilité la fuite d'un hérétique et lu d'après le conseil de Scott, le livre de Luther sur les juifs {Von den juden und ihren lugen, iôôi)^ il s'était même entretenu de cet ouvrage avec l'inquisiteur auquel il avait proposé de se charger de l'expurger pour convaincre, avec son aide, les juifs de leurs erreurs. Il avait conversé « hérétiquement » avec Davidico.

Il avait envoyé à Modène quand il en était évêque des personnes soupçonnées véhémentement d'hérésie, le frère Bartolommeo et le frère Pergula entre autres; il avait permis au frère Bernardo, qui en avait déposé, de lire des livres défendus. Le Bénéfice de la mort du Christ par exemple. Etant nonce à Bologne, il avait favorisé les étudiants protestants en leur permettant de porter des armes sous le prétexte qu'ils pouvaient se

PONTIFICAT DE PAUL IV. 9g

trouver exposés à de mauvais traitements. Il avouait s être montré négligent dans la répression de I héres,e a Mantoue mais s'en excusait en disant qa ,1 avait ete arrêté par toutes sortes de difficultés e ajoutait qu II avait fait désigner pour le remplacer un homme de science sûre et plein d'énergie toscarari arrêté en même temps que lui). On 1 accusait en outre d'avoir été en commerce fréquent et amical avec la marquise de Pescara, avec Ochino avec des Vaudois, d'avoir favorisé Carnesecchi après quil eut été poursuivi par l'Inquisition au temps de Paul III, d'avoir confisqué avec Tintention d en profiter, des livres hérétiques contenus dans deux caisses adressées à un libraire de Modène d avoir fait imprimer le traité du Bénéfice du Christ par un imprimeur modenois, d'avoir fermé un puits dont l'eau passait pour posséder des vertus miraculeuses, d'avoir professé au concile les doctrines luthériennes touchant le libre arbitre, la^râce et la justificat^ion, d'avoir publiquement exprimé 1 opmion que les abus de l'Eglise avaient donné en partie raison aux attaques des protestants d'Allemagne, d avoir à plusieurs reprises professé qu'il ne faut pas invoquer les saints, d^avoir recommande aux prêcheurs qu'il envoyait dans les églises de parier surtout du Christ et peu des saints, d'avoir soutenu que le prêtre ne peut absoudre lui-même le pénitent dont il reçoit la confession mais qu'il doit simplement le déclarer absous.

On disait que le cardinal Pôle avait exercé sur Morone la plus détestable influence et que c'était à

•cts

cause de lui que Morone professait des doctrines condamnables au sujet de la Justification.

Il semble bien que l'influence de la société naissante de Jésus n'ait pas été complètement étrangère à la rédaction de l'acte d'accusation; Morone avait chassé de Modène le fameux P. Salmeron^ quand il était venu y prêcher, sous prétexte que ses doctrines ne lui convenaient pas^ ; d'ailleurs le rédacteur de l'acte d'accusation insiste sur les humiliations qu'eut à subir à cause de ce fait le cardinal. « Il a dû, est-il dit, demander pardon à Salmeron et, ayant reconnu qu'il avait erré, il s'est excusé devant le P. Laynès du scandale et de l'injure dont il était coupable^. »

Dès le 7 octobre (1557) le pape assista à une « congrégation extraordinaire » de l'Inquisition où l'affaire du cardinal devait être traitée; on avait « admis » le cardinal à se défendre et il venait de recevoir pour trois jours l'autorisation de communiquer avec le dehors; d'autre part les cardinaux s'occupaient de questionner à nouveau les témoins qui avait déposé contre Taccusé. Le cardinal Ghislieri, qui fut le pape Pie V, interrogeait personnellement Morone et conduisait âprement l'instruction ; elle se poursuivit pendant une année ; le 8 octobre 1558, les familiers de l'Inqui-

Page 1