‹ La Réforme en Italie [microform]Chapitre 21 sur 470 · Castellensis · texte numérisé non relu

Castellensis

2. De vera philosophia ex quatuor doctoribus Ecoles. ^ Bologne,

LK MOUVEMENT PHILOSOPHIQUE

Ceux qui auraient dû se réjouir du concours involontaire que leur apportaient les philosophes, les dénigraient. « Croyant être sages, s'ecriait Savonarole, ils deviennent fous parce qu'ils ont abandonné la simplicité de VÉcriture et se sont tournés vers le paganisme. Us ont falsifié la parole de Dieu et ils couvrent le papier de phrases sonores mais obscures, de discours achevés de style mais vides de sens. Ils prétendent cependant employer la philosophie pour défendre la vraie foi et pour mieux comprendre TÉcriture sainte qu'ils ne veulent jamais lire sérieusement... Oh î philosophes, combien d'érudition mais combien peu de sens ! >> Cinquante ans plus tard, Mélanchton les accusait tout aussi injustement de détourner les bonnes volontés de la voie où il souhaitait de les voii s'engager. « Les théologiens d'Italie, écrivait-il le 31 mai 151^5, sont imbus de théories platoni ciennes; il sera difficile de les amener à aban donner cette science vaine dont ils se sont épris t de les conduire à la vérité et à la simplicité du raisonnement. » Cependant à cette époque, le grand mouvement littéraire de la Renaissance tirait à sa fin et l'étude des classiques commençait à être délaissée * .

1 A la fin du xv« siècle Galeotto Marzio de Narni avait soutenu dans son traité De Incognitis vulgo, qui est demeuré manuscrit, aûe celui qui vit selon les lumières de la raison et a loi naturelle, s assure le salut éternel. Poursuivi par llnquisition il fut condamué à être exposé publiquement et jeté dans une dure prison. Sixte IV lui accorda sa grâce. Tihvboschi, vol. VI, p. 351.

LES ETUDES JUIVES

Le développement des études juives eut aussi sa part dans la préparation du mouvement réformiste.

Les études juives avaient toujours été fort] cultivées en Italie ^ ; Poggio Bracciolioi apprenait l'hébreu pour distraire ses loisirs pendant qu'il était à Constance à l'occasion du concile -; il dût même s'en justifier auprès de Leonardo Bruno qui trouvait que cette occupation était inutile et blâmable^; Gianozzo Manetti, qui joua un rôle poli-

1. D'une façon générale : Monatsschrift fiXr Geschichte des Judemtums (1898-1899;. Article sur Die Italienische Litteratur der Juderiy par Moritz Steinsciineider. Allgemeine Gesc/ticte, Zweile Haiiptabteilung, achter Teil, Renaissance und Humanisimts in Italien, parLiDwic Geiger, Berlin, 1882, Cf. du même auteur, Die Juden in der deutschen Litteratur et Studium der hebraischen Sprache..., Breslau, 1870. Moritz Steinschneidkr, /fofter^ vom Anjou und die jddische Litteratur dans Vierteljahrschrift fUr Kultur... der Renaissance, Berlin, 1886, vol. II. A. de Gdbernvtis, Matériaux pour servir à l'histoire des Etudes Orientales en Italie, Paris, 1876. Article de Soave dans le Bullettino italiano degli Studi Orientali, vol. I, 178 ss. Hild, Les Juifs à Rome devant l'opi7iion et dans la littérature. Revue des études juives, 1884, 1885. BuRCHARDT, La Civilisation.,., vol. II, p. 243 et Appendice, p. 369 et suiv.

2. « Je ne crois pas, écrivait-il à Nicolo Nicoli en 1416, que l'hébreu me soit jamais d'un grand secours pour me perfectionner en philosophie, mais l'acquisition de cette langue contribuera à mes progrès en littérature et je crois déjà en savoir assez pour démêler les principes suivis par saint Jérôme dans sa version de l'Ecriture Sainte. » Pocgi Florentim, Opéra, Bâle, 1538, p. 298. Cf. M. W. ScuEPHERD, Vie de Pogge, Irad. Paris, 1819, p. 59.

3. Les seuls maîtres qu'il y eût alors étaient les savants juifs; or ceux qui n'avaient pas abjuré étaient généralement instruits de leur langue et de leur littérature, mais ils ignoraient le laUn et, en outre, il n'était pas sans danger aux yeux de l'Eglise de les fré-

LES ÉTUDES JUIVES

tique à Florence et fut un de ces esprits brillants et universellement instruits comme l'Italie en produisit tant au xV' et au xvi* siècles, s'initia à l'hébreu pour réfuter les arguments de ceux qui discutaient la foi ; il chercha dans les livres hébraïques des allusions à la naissance du Christ et des révélations relatives à ses doctrines et traduisit les psaumes.

Le but de presque tous ceux qui entreprenaient ainsi l'étude alors si ardue de l'hébreu était en effet, au commencement, de découvrir dans les écrits hébraïques des arguments pour appuyer la vérité de la doctrine chrétienne et attaquer, en connaissance de cause, le judaïsme. Pietro Kossi, de Sienne, se fit enseigner l'hébreu dans l'unique dessein, il l'a dit, de composer avec plus de compétence des commentaires sur la Bible et sur les Pères de l'Église, commentaires qui ne furent d'ailleurs jamais publiés. Le fameux camaldule Ambrogio Traversari ne s'initia à la langue juive qu'afm de mieux pénétrer le sens des livres saints. Un personnage énigmatique du nom de Palmieri, ayant voyagé longtemps en Orient, s'y familiarisa avec le grec, l'hébreu, le chaldéen et l'arabe et profita de sa science pour composer un traité sur l'Incarnation du Fils de Dieu. Mais bientôt on s'attacha, au contraire, à montrer, en remontant aux

quenter; ceux qui, au contraire, avaient abandonné la synagogue passaient, en revanche, pour posséder moins de scipnce. Poggio disait de celui qui lui avait donné des leçons qu'il était « bête, lunatique et ignorant comme tous les juifs qui se sont fait baptiser ».

sources, que Tinterprétation de l'Écriture sainte, admise jusqu'alors par l'Église, était en partie fautive.

Lorenzo Valla composa des Annotationes in novum Testamentiim dans lesquelles il signale les lacunes et les inexactitudes du texte latin tenu par l'Église pour sacré. Valla travailla sur le texte grec qu'il soumit lui-même à une critique sévère, comparant les divers manuscrits et discutant les leçons. Le moine mineur Antonio di Bitanto l'attaqua en chaire, à ce propos, mais le roi Alphonse le protégea. Après lui, Niccolo Malerni ou Malerbi de Venise, moine camaldule^ donna la première traduction italienne intégrale des Livres Saints qui, auparavant, avaient été traduits par fragments et généralement de façon assez erronée. Son ouvrage parut en deux gros in-folios en 1471 ; dans la suite il fut plusieurs fois réimprimée

Durant tout le xv" siècle, on se passionna pour l'hébreu. Les papes Nicolas V et Sixte IV firent copier des textes hébreux ; les manuscrits se trouvent encore dans la bibliothèque vaticane. Nombre d'écrivains s'initièrent à la langue juive, tels que Marco Lipomanno, Jacobo de Reggio, Danielo Rinieri, Raimonde Mitriato de Rome, Paolo Albertini et bien d'autres 2. Pic de la Mirandoie ne se contenta pas d'étudier des textes bibliques et des écrits talmudiques, il voulut, et ce fut même son principal objet, pénétrer les mystères de la

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