T1RA.BO8CHI, TOL VI, p. 287 et
LES ÉTUDES JUIVES
Cabale qu'il étudia grâce aux écrits du philosophe Eliah del Medigo et où il s'imaginait trouver des lumières nouvelles et inconnues; il en tira, ou crut à tout le moins en tirer, des preuves de l'Incarnation, du péché originel et de la Trinité ^ Son livre des Neuf cents Propositions fut néanmoins condamné par Innocent VIII; toutefois Alexandre VI le déclara orthodoxe.
Dès l'introduction de l'art typographique en Italie, on se mit à imprimer des ouvrages en hébreu; le texte du Psautier fut imprimé en 1477; la première Rible en hébreu sortit des presses d'un juif de Rologne en 14.88". Les imprimeurs de Padoue et de Reggio en Calabre firent paraître des livres hébreux vers la même époque^.
Ce fut surtout grâce à Reuchelin que la connaissance de l'hébreu se répandit dans la péninsule* ; d'autre pari, il est certain qu'il dut beaucoup aux
1. Eo 1494, Reuchelin publia également un traité sur la Cabale, Capnion vcL de verbo mirifico, dédié àl'évéque de Worms, dans lequel il prétend révéler les mystères de la plus ancienne philosophie. Le mot Capnion est la forme grecque du nom de Reuchelin. En 1517, parut son traité De Arte cabbalistica libri très LeoniX
dedicati.
2. Cette Bible devint rapidement très rare. Reuchelin chargea son frère de hii en procurer une en 1491, il n'y put réussir. Conrad Pellikan considéra comme une singulière fortune d'en trouver une en 1500. Actuellement il n'en subsiste plus qu'une douzaine d'exemplaires. D'autres éditions parurent : Naples, 1491 ; Brescia, 1494; Venise, 1517 ; Pesaro, 1517; Venise, 1547.
3. Dans le Songe de Polyphile (1499) se rencontrent deux passages en hébreu, deux en arabe.
4. Reuchelin se servit aussi des travaux d'un des plus fameux grammairiens et lexicographes du moyen Age, David Kimchi, accessibles seulement à ceux auxquels la langue hébraïque était déjà familière.
60 CAUSES DU DÉVELOPPEMEIST DE LA KÉFORME.
liébraïsants italiens et particulièrement à Pic de la iMirandole.
Quand Reuclielin vint à Rome, en l/*98-1500, il se lia avec un juif, médecin et philosophe, Obadja Sforno de Gésène, qui lui fournit des livi'es et des manuscrits et lui donna des leçons qu'il payait pro singulis horis singulos aureos. A la cour de l'empereur Frédéric III, il connut un médecin juif, probablement italien, Jacob Loano, des enseignements duquel il profita également.
Il correspondait en hébreu avec un juif de Rome, Bonetde Lattes, de son vrai nom Jacob ben Emmanuel , qui était médecin du pape Alexandre VI en même temps que chef de la communauté juive. Reuchelin lui demanda son appui auprès du pape pour son livre. Le Miroir des Juifs , dans lequel il prenait la défense de la littérature juive contre les dominicains de Cologne. Ce fut au cours de sa grande lutte avec Pfefferkorn.
Il était de nouveau en Italie au moment où, en 1506, il publia son traité, Rudimenta Hebraica, Conrad Pelikan l'avait devancé de deux ans en donnant en 1504 un Manuel sur la manière de lire et de comprendre l'hébreu et en expliquant dans une autobiographie la méthode dont il s'était servi pour s'y initier lui-même, mais ces traités n'eurent point du tout le même retentissement que ceux de Reuchelin.
Deux ans après la publication des Rudimenta, en 1508, Reuchelin imprimait un second traité qui en était le complément : De accentibus et
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orthographia. Or Reuchelin prend comme texte d'exercice les passages les plus connus de la Bible, mais toutes les fois qu'il rencontre une discordance entre le texte original et la leçon des traducteurs sacrés, il se garde bien de conclure, car il ne prétendait pas faire œuvre d'exégèse; il se borne à remarquer que « le texte de l'Église dit ainsi, mais le texte hébraïque est très différent^ ».
D'autres que lui s'efforçaient de répandre en Italie la connaissance de l'hébreu. Il en fut ainsi de Eliah ben Ascher ha Levi, appelé par les chrétiens Elias Levita; né à Neustad près Nuremberg en 1472, il passa la majeure partie de sa vie en Italie et son influence y fut grande. Dès 1504, il enseignait l'hébreu à Padoue où il rédigea à l'usage de ses élèves une exposition de la grammaire de Moïse Kimchi^, qui fut publiée en 1508 à Pesaro, sous le nom d'un de ses élèves. Benjamin ben Judas, qui lui avait volé son manuscrit^. Quand Padoue eut été pillé en 1509, Elias s'en fut à Rome où le cardinal Edigio de Viterbe l'accueillit; il demeura treize ans dans son palais et lui enseigna rhébreu's il publia, sous sa protection, une grammaire qui fît longtemps autorité (1517), un traité sur les mots irréguliers et un traité sur les accents, ouvrages dont se servirent ceux qui, dans la
1. n eut entre autres élèves hébraïsants Johannus Eck, le champion ardent du catholicisme.