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LA LUTTE CONTRE L INQUISITION A NAPLES

vice-roi ; ils possédaient des canons mais ne s'en servaient pas, car c'eût été faire acte de révolte ouverte contre le souverain; pour ce qui était des fusils, ils les employaient sans scrupule et avec ardeur car il n'y avait point là, paraît-il, de félonie. Cependant les ambassadeurs envoyés auprès de l'empereur étaient revenus n'ayant obtenu pour toute réponse qu'un ordre de se soumettre à la volonté du viceroi.

Il y eut scission parmi les adversaires de l'Inquisition espagnole. Le peuple s'indigna tandis que les nobles lui représentèrent qu'il fallait obéir à Tordre impérial; le 8 août, une grande quantité d'armes fut livrée aux représentants du vice-roi. Le 12 août, celui-ci fit venir au château les délégués de la population et les informa que l'empereur consentait à ne point imposer l'Inquisition à Naples et pardonnait à la ville. Plusieurs des chefs du mouvement s'enfuirent, un seul fut décapité. Ce fut le commencement des représailles car l'empereur n'avait pardonné qu'en paroles l'offense faite à son autorité. Il exclut de l'amnistie un assez grand nombre de rebelles; en outre, en octobre, une amende de 100 000 ducats fut exigée de la ville. Ce n'est pas tout, le vice-roi procéda à de nombreuses incarcérations; un des ambassadeurs fut jeté en prison t pour avoir trop parlé » devant l'empereur.

L'Inquisition telle que la souhaitait le gouvernement espagnol ne tarda pas à être effectivement établie et toutes les trois, la diocésaine, la romaine

et l'espagnole, rivalisèrent de zèle pour étouffer l'hérésie, d'autant que le nouvel archevêque de Naples était Pietro Garafa (22 février 1549); les condamnations se multiplièrent.

L'effort du Saint-Siège pour réprimer Thérésie fut secondé à Naples par les théatins qui vinrent s'y établir presque dans le même moment où Valdès avait commencé sa propagande.

a Nos pères, dit Caracciolo, découvrirent l'hérésie à Naples. ^

En 1557, quatre tribunaux furent établis pour examiner la conduite du clergé tant régulier que séculier; le collège des jésuites eut la charge de faire leur procès aux prêtres qui célébraient indignement la messe.

Le P. Salmeron, jésuite, était venu prêcher le carême de l'Annonciation en 1553.

En 1565, le gouvernement espagnol ayant tenté de nouveau d'établir le régime inquisitorial espagnol, l'opposition se dessina si vite que le roi Philippe II dut déclarer par un rescrit en date du 10 mars qu'il n avait jamais été dans ses intentions d'introduire l'Inquisition sous cette forme à Naples et qu'on continuerait à procéder par la voie de l'ordinaire*.

4. Autrement dit : - par la justice épiscopale .. D. Francisco Rodrigo, vol. 1, p. 395, donne le texte de ce rescnt,

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LA LUTTE CONTRE l'iNQUISITION EN SICILE*.

Le fonctionnement de l'Inquisition donna lieu en Sicile à de fréquentes contestations entre le clergé et les autorités civiles, et ses rigueurs provoquèrent plusieurs soulèvements populaires.

Dès leur conquête de l'île, les Espagnols voulurent rendre les tribunaux inquisitoriaux de Sicile dépendants de l'Inquisition d'Espagne. Torquemada était le chef de l'Inquisition en Sicile comme en Aragon et en Castille; il délégua à Palerme un frère dominicain, Antonio La Pegna, qui, dès son arrivée, fît célébrer un auto-da-fé (18 août 1487) : une juive fut brûlée. La population n'accepta pas ce nouveau régime sans protester. Quand l'Inquisition voulut sévir contre les Juifs expulsés d'Espagne qui s'étaient réfugiés en grand nombre en Sicile, une pétition fut adressée au roi d'Espagne et ils ne furent plus molestés; il est vrai qu'ils eurent à payer de lourdes indemnités.

Cependant la situation des juges inquisitoriaux locaux restait incertaine; soutenus par le clergé local, par le peuple et sans doute par les fonctionnaires italiens, ils résistaient à l'ingérence espa-

1. ViTO LA Mantia, Origine e Vicende delV Inquisizione in Sicilia, Rome, 1886. Llorente, Histoire critique de l'Inquisition d'Espagne, Paris, 1817, vol. IV. Francisco Rodrigo, Uisloria de la Inquisiciôn, vol. I, p. 197. Gamfi, Contributo alla Storia delV Inquisizione in Sicilia.,, dans Arcbiv. Stor. SicUiano, Palerme, an. XLl (1916).

gnole: aussi le roi Ferdinand le Catholique publial-il à la requête de Diego Deza, dominicain, grand inquisiteur, une cédule, en date du 27 juillet 1500, qui les soumettait complètement à la juridiction de llnquisiteur suprême d'Espagne. Une autre décision royale, du 10 juin 1503, repoussa les prétentions d'indépendance que les Siciliens avaient émises en réponse aux menaces espagnoles; en même temps ordre était donné au bras séculier de prêter son concours absolu aux juges inquisitoriaux.

Les inquisiteurs commencèrent à procéder régulièrement contre les hérétiques assez, nombreux en Sicile etles^ondamnations devinrent nombreuses; en 1513, il y «ut trente-cinq condamnations de renégats, de € néophytes », de juifs, de relaps. L'opinion s'émut; beaucoup de condamnés criaient pendant qu'on les m'enait au supplice, qu'Us étaient innocents, que les tourments leur avaient fait avouer faussement une faute dont ils n'étaient pas coupables. Le sénat ou parlement palermitain * protesta; il réclama le rétablissement de l'ancienne justice et des anciennes formes de procédure. Il avait aussi d'autres griefs; le tribunal de l'Inquisition usait de prérogatives dont souffraient les habitants ; il accordait à ses familiers le droit de porter des armes ce dont ils abusaient; un magistrat spécial et qui ne recevait aucun salaire, était

i. Le Parlement sicilien éUit composé des trois ordres, clergé, noblesse, tiers état et jouissait de certains droits ; il répartissait l'impôt.

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chargé de trancher les discussions relatives aux biens confisqués et il en profitait pour pratiquer toutes sortes d'exactions et d'abus de pouvoir. Le parlement demanda donc que le nombre des familiers armés fût fixé et ne pût être dépassé, et qu'on établît des règles touchant les circonstances où ils pourraient se servir de leurs armes; en outre, il exprimait le désir que le magistrat chargé des confiscations reçût un salaire fixe et ne pût en prétendre d'autre. Le roi admit ces réclamations et la protestation du parlement fut renvoyée avec les mots : Placel regiœ majestali,

£n 1515 et en 1516 les condamnations furent plus rares, mais l'opposition populaire aux procédés inquisitionaux continuait à être si vive que, lors du soulèvement qui eut lieu après la mort du roi Ferdinand le Catholique, en 1516, les émeutiers se portèrent vers le palais royal pour en chsisser l'inquisiteur. Force lui fut de quitter la Sicile avec tous l^s membres du Saint-Office et des tribunaux inquisitionaux^.

Afin de rendre définitif ce triomphe, les habitants de Palerme envoyèrent aussitôt une délégation à Charles-Quint en Flandre ; l'inquisiteur s'y rendit de son côté en toute diligence pour parer le coup; il obtint en guise d'apaisement que son salaire et celui des membres du tribunal continuerait à leur être payé « durant leur absence )>.

1. Maubolico, Sicanicarum Berum Compendium^ Messine, 1562, liv. VI, fol. 194.

m PROGRÈS ET EXTINCTION DE LA RÉFORME.

Bailleurs l'Inquisition ne devait pas tarder à être rétablie dans tous ses droits; l'empereur adressa a cet effet deux missives aux cités de Palerme et de Messine et un nouvel inquisiteur, Tnstaa Calvete, vint en 1518, prendre possession de ses fonctions; il se fit tout d'abord restituer les papiers et les objets du Saint-Office. D'ailleurs le sénat de Palerme ne se montrait plus si hostile car 1 heres.e devenait plus menaçante; la preuve en est que le 30 août 1320. il accordait aux inquisiteurs 1 exemption des gabelles civiles. Calvete s'empressa de profiter de ces dispositions pour ordo^-^^r ^ux Siciliens de prêter aide au Sa.nt-Otûce et de dénoncer les hérétiques sous peine d excommunication. Charles-Quint écrivit même au pape 1 informant que les appels des jugements de 1 Inquisition sicilienne ne lui seraient plus déférés et que nul autre que l'Inquisiteur général d'Espagne ne pourrait les réformer. Sans doute les juges mquisitoriaux abusèrent de nouveau de leurs pouvoirs car, presque aussitôt, le parlement adressa à l'empereur une supplique où il l'assurait malicieusement qu'il ne restait plus en Sicile de « néophytes «, tous ayant été condamnes ou s étant enfuis, et que par suite, c'étaient les bons chrétiens seuls qui avaient à souffrir dans leurs biens et dans leurs personnes de l'activité et des rigueurs des juges inquisitoriaux. En conséquence, le parlement demandait que l'Inquisition fût désormais exercée par des prélats ou des moines du pays et que les procès fussent instruits et juges

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suivant le « droit canon ». Mais le grand souci, au contraire, de l'Inquisition d'Espagne était de contrôler celle de Sicile. Un Napolitain se trouvant détenu dans les prisons du Saint-Office à Palerme, son fils eut recours au pape qui confia l'affaire à deux caudataires afin qu'ils l'éclaircissent car il semblait que l'Inquisition avait été trompée par de faux témoignages ; les inquisiteurs de Madrid obtinrent aussitôt de l'empereur qu'il protestât contre cette enquête qui annihilait les prérogatives du Saint-Office d'Espagne dont dépendait la Sicile. Clément VII dut révoquer sa décision ; il transmit les documents de l'affaire à l'inquisiteur général d'Espagne et l'accusé, condamné comme hérétique, fut dépouillé de ses biens et enfermé à perpétuité, bien que repentant.

Les réclamations du parlement de Palerme portaient souvent sur des questions d'argent; il demanda, par exemple, et obtint qu'en cas de confiscation, les droits des créanciefs légitimes et ceux de la femme et des enfants du condamné fussent sauvegardés. Il s'efforçait aussi d'empêcher les excès de pouvoir; il aurait voulu que chaque inquisiteur, avant d'entrer en fonctions, présentât au vice-roi « la bulle et provision » qui l'instituait, laquelle serait inscrite dans les registres ordinaires du royaume afin que chacun put prendre connaissance des limites de son autorité et des prérogatives dont il était investi ; autrement il se pourrait, disait le parlement, qu'ils les excédassent « au grand détriment des régnicoles ». ^

Ul réforme en ITALIE. — II.

m PROGRÈS ET EXTINCTION DE LA RÉFORME.

Les officiers et familiers de l'Inquisition prétendaient au contraire être soustraits à la juridiction ordinaire en toute chose et ne relever que de leur « forum ». Sur ce point aussi le parlement pa ermitain protesta mais cette fois en vain. Charles- Quint s'en remit à l'inquisiteur général.

Les condamnations se succédaient; chaque année l'autorité ecclésiastique livrait au bras séculier, « relâchait» comme il était dit dans les registres de l'Inquisition, un certain nombre de victimes qui périssaient aussitôt dans les flammes ou sur le gibet: le plus grand nombre étaient des juifs, les autres des relaps; quelques-uns avaient deja ete exécutés en effigie. En l'année 1529, il y eut quinze exécutions ^ ,

Le clergé de Palerme montrait parfois une grande indépendance; il s'opposait aux exigences du Saint-Siège. Un chanoine d'Imola Vincenzo Canino fut envoyé comme vicaire pontitical, U Ut placarder des affiches menaçantes mais le cierge persista dans son attitude, le peuple prit parti pour lui violemment et le chanoine fut tue dans les troubles qui suivirent^.

Une ordonnance du vice-roi, datée du 18 janvier 1?^35. trancha la question de l'immumte des agents du Saint- Office que le parlement avait soulevée naguère; le vice-roi déclarait que toutes les personnes relevant de l'Inquisition seraient

i. Les exécutions avaient lieu sur la place de la Marine. 2. Gantù, Histoire des Italiens, vol. VIII, p. 388.

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dispensées de répondre aux citations des autorités locales et qu'elles jouiraient du droit de porter des armes. Aussi, lorsque l'empereur débarqua à Palerme à son retour de son expédition de Tunis, le parlement le supplia-t-il de mettre un terme aux empiétements et aux rigueurs des inquisiteurs; il y consentit mais pour une période de cinq ans seulement (septembre 1535). Une statue lui fut dressée en témoignage de gratitude *.

Délivrés de la terreur qu'inspirait le Saint-Offîce, le* Siciliens pensèrent qu'ils pouvaient en user librement à son égard et se revancher; dans les environs de Messine des prisonniers qui allaient être mis en jugement furent arrachés des mains des inquisiteurs; à Sciacca, les habitants envahirent la maison de l'inquisiteur et tentèrent d'y mettre le feu; la duchesse de Verdura dut cacher dans sa maison les membres du tribunal inquisitorial ce qui lui valut plus tard, pour elle et pour les siens, des indulgences et des privilèges; à Palerme, les violences de 1516 recommencèrent; l'inquisiteur fut forcé de fuir; il dut de n'être pas massacré à ce qu'il tenait le saint sacrement entre ses mains ; le peuple fît disparaître les vêtements des condamnés de l'Inquisition qui étaient exposés dans l'église S. Domenico avec des pancartes outrageantes pour leur mémoire.

Le Saint-Office ne tarda pas néanmoins à faire

1. Ce n'est pas celle de la place Bologni, sculptée par Livolsi et qui date de 1630. Celle de 1535 a disparu.

de nouveau sentir le poids de son autorité: un auto-da-fé eut lieu en 1541 dans lequel figurèrent vingt-deux condamnés dont dix-neuf juifs et trois luthériens; de ceux-ci un était un moine franciscain qui avait refusé d'abjurer.

Les controverses religieuses et la publication de livres traitant de la foi, furent interdites.

L'empereur avait prolongé la suspension accordée en 1535 quand elle était arrivée à son terme, mais en 1543 (27 février), circonvenu par les partisans du Saint-Office et s'exagérantla crainte de nouvelles violences, il déclara par une ordonnance que l'Inquisition devait rentrer dans tous ses droits à l'expiration de la seconde période, sans qu'il fût besoin d'un décret pour l'y habiliter. « Ainsi, disait-il. Dieu sera servi et le Saint-Office conservé. » En Espagne, les partisans de l'Inquisition travaillaient pour elle; profitant de l'absence de l'empereur et du zèle pieux du jeune prince qui fut Philippe II, ils obtinrent que la couronne imposât au « président du royaume de Sicile », le marquis Terranova, de faire pénitence publique oarce qu'il avait laissé des juges séculiers condamner deux familiers de l'Inquisition. Quelque temps auparavant, l'autorité civile avait ete contrainte de relâcher des malfaiteurs parce qu on s'était emparé de leurs personnes dans une maison appartenant à l'Inquisition et qui aurait dû être considérée comme inviolable.

Pour célébrer la restauration de sa puissance, le Saint-Office donna, le 6 juin 1546, un « spec-

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tacle » c'est-à-dire un auto-da-fé dans lequel à vrai dire, faute de victimes, on ne brûla que quatre d statues ». Peu après, le 16 juin, le prince des Asturies, don Felipe, rendit au Saint-Office tous ses privilèges en Sicile; il fit défense aux autorités civiles de s'immiscer dans les affaires de l'Inquisition; un décret royal en date du 24 août 1549 déclara que les juges inquisitoriaux seraient entièrement soustraits à la juridiction civile, en sorte que l'Inquisition espagnole se trouva munie de privilèges plus grands même qu'en Espagne^ Les condamnations se multiplièrent de nouveau et les tentatives de résistance du parlement recommencèrent; il réclamait la communication aux accusés des témoignages portés contre eux avec les noms des témoins a afin qu'ils ne périssent pas sans défense sur des dénonciations dictées par la haine ou l'inimitié ». L'empereur se contenta de répondre qu'il pourvoirait ne Siculi indebite vexentur. D'ailleurs Charles-Quint encourageait le Saint-Office sicilien dans la voie de la rigueur; en réponse à une lettre par laquelle l'inquisiteur lui annonçait un auto-da-fé, il lui mandait « qu'il avait confiance en lui pour user d'activité contre les mauvais chrétiens de cette secte qui commence à se lever » (Augsbourg, 31 août 1550).

En 1549, deux hérétiques furent mis à mort dont une femme déjà exécutée en effigie.

En 1551, on brûla un « prêtre luthérien » et uû-

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