Rodrigo, vol. I, p
frère franciscain luthérien qui soutenait que la confession était inutile, que chaque chrétien était en état de grâce devant Dieu, que la foi seule sans les œuvres justifiait, et qui niait le libre arbitre. On brûla également un diacre ermite du tiers ordr3 de Saint-François qui avait avancé € que toute l'essence divine s'était incarnée et avait pris forme humaine dans le ventre de la Vierge Marie, que les trois essences divines se trouvaient réunies dans l'hostie sacrée, que l'adoration des images était criminelle, qu'on ne devait adorer que l'humanité de Jésus-Christ, que dans le Credo il fallait substituer aux mots creû^o indominum ceux-ci credo in Jesum, que l'image de Dieu qui était dans les églises était celle de l'Antéchrist..., En 1553, on brûla un hérésiarque luthérien, un moine de l'ordre de Saint-Benoît et trois habitants
de Messine.
En 4536 il y eut deux exécutions.
En 1559, ordre fut donné de remettre aux jésuites, qui devaient en faire le dépouillement, les livres hérétiques; un délai de trois jours était imparti aux possesseurs mais le nombre des livres remis se trouva si grand que force fut de l'étendre à plusieurs mois. Tous les prêtres de la ville travaillèrent même les jours de fête à examiner les livres et à supprimer les passages suspects; les livres canoniques leur donnèrent surtout beaucoup de tracas ^
i, Tacchi-Venturi. p. 316.
LA LUTTE CONTRE l'iNQUISITION EN SICILE. 183
Les rigueurs redoublèrent sous le règne de Philippe II; des cadavres furent retirés des catacombes pour être brûlés en place publique. Il se forma deux sociétés pour secourir et réconforter les condamnés qu'on menait au supplice, l'une était dite DelVAssunta et avait été fondée par l'historien sicilien Tommaso Fazello; les frères de cette confrérie accompagnaient la célèbre a croix verte » dans les processions qui précédaient les auto-da-fé. L'autre confrérie portait le nom de Délia Pescagione et accompagnait la « croix blanche >; elle la gardait durant la nuit qui précédait les exécutions ; ses membres, qui étaient armés, veillaient sur les condamnés pendant les préparatifs et Taccomplissement de Texécu-
tion ^
Un soulèvement populaire qui eut lieu en 1562 à l'occasion de la publication d'un édit de l'inquisiteur Orosio, fut promptement calmé; la noblesse avait pris parti cette fois contre les émeutiers, le parlement s'était abstenu; tout le monde s'inclinait devant l'Inquisition. Elle tenait ses assises dans le Castello di Mare, Château de la Mer ; en 1568, le roi Philippe acheta pour elle une maison dans la ville dont les caves servirent de prisons mais bientôt les jésuites qui étaient voisins se la
1. Au temps de Philippe II, le gouvernement espagnol se servit fréquemment du tribunal de l'Inquisition pour faire condamner des personnes dont il redoutait l'influence; on confondit souvent lèse-majesté humaine et lèse-majesté divine. Llorentb, Histoire de VInqnisition d'Espagne^ Paris, 1817-1818, vol. II, p. 123.
m PROGRÈS ET EXTINCTION DE LA RÉFORME.
firent attribuer et le Saint-Office fut réinstallé dans
son premier local. - ♦ -fi t^nfA»! de
Si les inquisiteurs siliciens avaient ete tentes de
montrer quelque indulgence, ils " -'^'•-«^ . PJJ manqué d'encourir de sérieuses f g^^^^^' '^ marquise de Pescara ayant obtenu la m.t.gat.on "M non-exécution de la peine dun condamn . l'inquisiteur général d'Espagne que l^^J^gff ^';'lien's avaient informé, leur fit savoir qu 'Is s et-en arrogé un droit qui ne leur appartenait pas parce que dans les affaires de ce genre, les sollicitations ne devaient jamais être admises.
De plus en plus l'Inquisition mettait la main 8ur le gouvernement du pays; il tranchait en
"ITa date du 22 janvier 1573. les inquisiteurs écrivaient aux gouverneurs et jurés de Caccamo qu'ils devaient empêcher tout professeur venan des pays infectés d'hérésie de tenir école. Un ed t de la même année annonçait que les Grecs hab.tant la Sicile seraient cons^idérés comme suspects En 1584. un édit ordonnait la visite des librairies et des inspecteurs spéciaux étaient nommes a ce effet. Non seulement la défense de lire les Ingres interdits ou suspects fut renouvelée. ^^^^^ imposé aussi d'expurger les ouvrages d auteurs anciens. Les navires qui abordaient dans 1.1e étaient inspectés; on détruisait jusqu aux tab eaux dans lesquels on avait reconnu quelque allusion iamnable. Le vice-roi Marc'Anton.o Colonna écrivait qu il y avait en Sicile vingt-quatre mille
LA LUTTE CONTRE l'INQUISITION EN SICILE.
familiers de rinquisition et que le Saint-Office comptait en porter le nombre à trente mille. Il ajoutait que ce n'était que grâce à l'Inquisition que l'Espagne avait conservé la possession de l'île. Bien qu'il y eût dans cette assertion un fond de vérité, il faut y voir surtout un argument pour faire accepter son omnipotence et lui obtenir des subsides.
Toutefois il régnait encore un certain antagonisme entre le pouvoir civil et le Saint-Office ; en 1583, à la suite d'une intrigue qui n'avait rien de religieux, un chevalier de Malte fut banni par les inquisiteurs; quand les familiers de l'Inquisition allèrent se saisir de sa personne, il tira Tépée; prévenu aussitôt l'inquisiteur arriva à la rescousse et, avec l'aide des assistants dont il avait requis le concours, il fit monter le chevalier dans son carrosse, mais le vice-roi survint à son tour et emmena dans son propre carrosse le chevalier et l'inquisiteur! Le chevalier, enfermé provisoirement au Château de la Mer, fut peu après remis en
liberté.
Gomme le disait un écrivain contemporain, Scipione de Castro, « ceux qui sont mal contents du vice-roi se tournent vers l'Inquisition et ceux qui ont eu à se plaindre de l'Inquisition deviennent tout dévoués au vice-roi ». Celui-ci avait fait tirer des prisons de l'Inquisition un homme coupable d'avoir assassiné le fiscal de la Grand'Cour et il le fit conduire dans les prisons du palais. Aussitôt l'inquisiteur mit en interdit toutes les
églises de la ville et excommunia tous ceux qui avaient participé au transport du prisonnier. L'interdit ne fut levé qu'après que le vice-roi l'eut rendu au Saint-Office.
Chaque vice-roi devait, au moins une fois, et plus particulièrement à l'occasion d'un auto-da-fé, prêter serment de respecter les prérogatives du Saint-Office et de poursuivre les hérétiques.
En 1590, le 2 janvier, un incendie détruisit en partie des archives inquisitoriales; un édit fut aussitôt publié ordonnant à tous ceux qui en possédaient des minutes ou des copies de les apporter et les archives se trouvèrent ainsi en partie reconstituées. Le Saint-Office jouait de malheur; trois ans après, la poudrerie du château de la Mer ayant sauté, le palais de llnquisition fut en partie détruit et l'inquisiteur, Luigi de Paramo, grièvement blessé.
Cependant le Saint-Office étendait sans relâche son action; il exigeait de nombreuses immunités pour tous ses employés; il imposa à ceux qui possédaient du grain d'en faire la déclaration et de le vendre à des prix déterminés; enfin un violent conflit fut provoqué par un édit en date du 29 avril 1592 lequel déclarait que les personnes soumises à la juridiction du Saint-Office devaient ne pas secourir ni cacher les voleurs, maUaiteurs, Fuorusciti, mais les dénoncer. Le vice-roi, ayant pris l'avis du Conseil Royal, déclara nul cet édit comme contenant une usurpation de pouvoir, en aucun cas, les inquisiteurs ne pouvant s'immiscer