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LA LUTTE CONTRE L'INQUISITION EN SICILE

dans le gouvernement ni dans les affaires de justice civile. Un « concordat » dut être établi par le roi en 1597.

Presque chaque année avaient lieu des exécu^ tions solennelles auxquelles le public était convoqué par des ordonnances, avec promesses d'indulgences à tous les assistants ^ Ce n'étaient plus tant des juifs que Ton envoyait au bûcher, aux galères ou à la prison, mais des luthériens, prêtres, moines, artisans, bourgeois ou gens de qualité, ceux-ci en très petit nombre.

En 1558, exécution d'un relaps.

En 1560, exécution d'un « luthérien obstiné » piémontais, venu de Genève pour enseigner ses doctrines.

En 1561j exécution d'un luthérien, d'un relaps, d'un franciscain conventuel, maître en théologie, luthérien ; il disait que les Mahométans niaient le libre arbitre, que les bonnes œuvres étaient inutiles au salut et qu'il suffisait d'avoir confiance au Christ, que l'eau bénite ne lave pas les péchés véniels, qu'il ne devait pas y avoir de moines, que la dîme était injuste.

Un autre luthérien fut brûlé en même temps que lui.

En 1563, exécution après dégradation d'un prêtre; il fut étranglé avant d'être brûlé; d'un faux témoin à la charge d'un moine; d'un juif hérétique.

1. F. MûNSTKR a parlé de ces auto-da-fé dans son Viaggio in Sieilia, Palerme, 1823.

En 1564, exécution d'un luthérien, d'un relaps et envoi aux galères d'un autre relaps.

En 1566, exécution de plusieurs luthériens, d'un huguenot français.

En 1568, exécution d'un relaps.

En 1569, exécution d'un Français, natif d'Angers, luthérien obstiné, et d'un argentier.

En 1572, exécution d'un prêtre qui, après avoir abjuré et avoir même repris ses fonctions sacerdotales, était retombé dans Terreur; et d'un relaps qui avait été un moment musulman.

En 1573, exécution de deux habitants de Messine dont l'un affirmait que l'âme mourait en même temps que le corps et niait le paradis, le purgatoire et l'enfer.

Les exécutions se continuèrent ainsi en 1576, 1582, 1584, 1586, 1591.

Vers la fin du siècle, les inquisiteurs obtinrent pour y établir le Saint-Office le palais Chiaratnonti dit Steri, sur la Marine, construit en 1307 par Manfredo Chiaramonti et habité en 1410 par la reine Blanche; il demeura affecté au Saint-Office jusqu'à l'abolition du tribunal inquisitorial. L'horloge de la façade est encore nommée par le peuple Orologio del S. Officio.

La lutte entre l'Inquisition et le pouvoir civil reprenait de temps à autre. En 1602, la Magna Curia poursuivit un familier de l'Inquisition pour homicide ; les inquisiteurs intervinrent, réclamèrent les pièces du procès et, comme il n'avait pas été fait droit à leur demande, excommunièrent les

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juges civils, mais l'archevêque les releva de cette interdiction à la requête du vice-roi; alors les inquisiteurs excommunièrent Tévêque; le vice-roi envoya mille soldats espagnols pour occuper le palais du Saint-Office et leur adjoignit le bourreau avec ordre d'exécuter quiconque résisterait à ses ordres; les inquisiteurs, barricadés dans leur palais, déployèrent sur le balcon l'étendard du Saint-Office et jetèrent sur les soldats des billets d'excommunication; ceux-ci n'en pénétrèrent pas moins dans le palais où ils trouvèrent les membres du Saint-Office revêtus de leurs habits sacerdotaux. Absolution leur fut donnée et la Cour se résigna à abandonner les poursuites contre le meurtrier. Cependant le roi d'Espagne Philippe III édicta quelques lois en faveur de la juridiction civile.

A partir du commencement du xvii* siècle presque toutes les condamnations et les instructions portent sur des étrangers, des Anglais venus en voyageurs, des Français, un Allemand, accusé d'être calviniste, juif et sectateur de neuf sectes! Il niait la présence réelle, la virginité de la Vierge, protestait contre l'adoration des saints; il appelait l'Eglise romaine impie et cruelle, annonçait la venue d'un nouveau Messie, n'acceptait ni l'autorité du pape, ni la confession, ni l'enfer, ni le paradis, ni le purgatoire, ni les indulgences.

En 1713, la Sicile ayant cessé d'appartenir à l'Espagne, Charles de Bourbon obtint une bulle du

pape créant un inquisiteur général spécial pour la Sicile *.

En fait, le luthéranisme avait cessé d'exister en Sicile.

L'Inquisition fut supprimée en 1782 par Ferdinand IV; elle n'était plus utile au gouvernement et son abolition ne pouvait manquer d'être une source de profits importants à cause des grands biens qu'elle avait acquis en deux siècles et demi. Donc, le roi des Deux-Siciles, Ferdinand III, sur le conseil du vice-roi, le marquis Caracciolo, fit saisir le 12 mars 1782 « les rentes et les biens » de l'Inquisition; c'était ce semble, le point capital. Les papiers furent mis sous scellés ainsi que l'or et l'argent. Les prisons furent ouvertes : on n'y découvrit que trois sorcières; il est vrai que l'année précédente, le grand Inquisiteur avait fait mettre en liberté quelques suspects. Le décret d'abolition fut promulgué à Naples le 16 mars 1782; il invoquait la façon irrégulière dont avait toujours procédé en Sicile ce tribunal, ses empiétements, son peu d'utilité actuelle. Le 27 mars le vice-roi Caracciolo prit solennellement possession du palais et le visita jusqu'aux caves qui servaient de prison; il fit partout marteler les armes du Saint-Office, qui étaient : une croix entre une épée nue et un rameau d'olivier avec ces mots : Exurge domine et judica causant tiiam ^.

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