Lanciani, The Destruction of Rome, Londres, 1901, p
le fut toute sa carrière ; c'était un politique et un diplomate; Paul III l'avait nommé gouverneur d'Ascoli, de Fano, de Parme, de Gittà di Gastello; il l'avait envoyé en Hongrie et en Pologne comme commissaire des troupes pontificales qui y guerroyaient contre les Turcs; en 1543 il avait été chargé de rétablir la paix entre le duc de Ferrare et la ville de Bologne dont il devint plus tard gouverneur. Paul IV, qui appréciait moins l'habileté que l'énergie, l'avait peu employé*.
C'était un homme de haute stature, fort et sanguin; il aimait l'exercice et se plaisait à parcourir la ville à pied ce que blâmait son entourage^ à qui il répliquait qu'autrement il aurait la fièvre; son visage était large et réjoui; il aimait à rire plus qu'il n'aurait convenu, disait-on, à sa dignité ; ses yeux vifs, clairs et bleus louchaient un peu; il se plaisait aux mets grossiers plutôt qu'aux délicats. Ainsi qu'il arrive si souvent aux gens de petite condition, il avait une grande méfiance; un jour il dit à l'ambassadeur vénitien Soranzo qu'il n'y avait pas dans tout le sacré Gollège un seul cardinal qui ne fût disposé à vendre son influence moyennant une pension de 500 ducats. Aussi se faisait-il scrupule et même gloire de ne consulter jamais personne, disant que le Saint-Esprit l'inspirait et que cela suffisait; d'ailleurs il n'aurait pu prendre ses neveux pour
\. MoRONi, Diz. Erud., vol. LUI, p. 17. E. Alberi, Relaz.y Ser. Il, vol. IV, p. 52, 72.
23fi
conseillers, comme l'avaient fait ses prédécesseurs, car ils étaient trop jeunes. Seuls les cardinaux Altemps et Borromée avaient parfois sa confiance; son peu de connaissance en théologie l'obligeait aussi à s'en remettre sur ce point à ceux qui y étaient experts. C'est pourquoi il s'abstint généralement d'intervenir dans les affaires de l'Inquisition dont les procédés ne lui agréaient guère; il répétait qu'il aurait préféré que les ministres du Saint-Office agissent en gentilshommes courtois, plutôt qu'en moines sévères; cependant les décisions les plus rigoureuses de ce tribunal furent toujours ratifiées par lui mais, à la différence de Paul IV, il n'assista jamais aux séances de la congrégation. C'est là ce qui explique qu'en ce qui touche sa conduite à l'égard de la Héforme,les appréciations sont si différentes; on a pu dire, en lui attribuant les rigueurs de l'Inquisitiou, qu'il était d'une sévérité extrême et qu'il ne Sit contentait pas de réprimer les erreurs récentes, mais recherchait, pour les châtier sans pitié, celles qui remontaient à des années. D'autre part, on la accusé de trop d'indulgence, voire de mollesse. A la vérité, Pie IV était affable, conciliant, enclin à la bienveillance mais aussi très avisé en (.olitique; il sévit ou plutôt laissa sévir un peu par nonchalance, surtout parce qu'il en sentit la nécessité; ce ne fut pas à coup sûr par fanatisme; il passait pour peu exact dans l'accomplissement de ses devoirs religieux; Tenvoyé vénitien, Paolo Tiepolo, assurait que, durant tout son séjour à
ttome, il ne l'avait pas vu aller une seule fois à la chapelle.
Comme pour son prédécesseur, des signes miraculeux avaient annoncé sa destinée; le jour de sa naissance une flamme était apparue sur son berceau, avait fait tout le tour de la salle et rallumé une chandelle éteinte; le jour de son élection, une colombe s'était posée sur sa tète.
Dès que son élection fut connue, un grand nombre de prêtres qui s'étaient séparés de l'Église, de moines qui avaient quitté leurs monastères, et d'apostats s'empressèrent de rentrer à Rome (janvier 1560^). La conduite du pape montra qu'ils avaient bien préjugé de ses dispositions car, le 3 avril, il publia une bulle a Sedis apostoHcœ solertia » révoquant les mesures rigoureuses prises contre eux par le pape Paul IV. « Elles ont provoqué, disait-il, des contestations, des procès et des scandales; certains moines qui, pour déférer aux volontés du souverain pontife, voulaient rentrer dans leurs couvents, en ont été rejetés par les supérieurs et sont tombés dans des maux de toute sorte; il en est qui sont morts de faim, d'autres ont été réduits au désespoir; le nombre des moines exclus de TËglise et frappés de censures s'est trouvé par là accru de telle sorte que les fidèles ne pouvaient faire autrement que d'avoir malgré la défense des rapports avec eux et encou-