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DE NAPLES

Ce fut au commencement du règne de Pie IV qu'eut lieu l'anéantissement des Vaudois établis dans le royaume de Naples.

Dans les premières années du xiv® siècle, Ugo del Balzo, sénéchal du roi Robert, qui régna à Naples de 1309 à 1343, avait rencontré à Turin les représentants de quelques familles vaudoises et leur avait offert de quitter les âpres vallées des Alpes où elles s'étaient retirées pour aller s'établir en Calabre, dans des régions plus fertiles quoique

1. ToMMASO MoRELLi, Cenni storici sulla venuta dé* Valdesi in Calabria.... tapies, 1859. Alexandre Lombard, Jean-Louis Pascal et les Martyrs de Calabre^ Genève et Baie, 1881. Filippo de Boni, U InquisizioJie e i Calabro- Valdesi, Milan, 1864. Jean Léger, Histoire générale des églises évangéligues des Vallées du Piémont, Leyde, 1661. M. J. Ford, Waldenses of Calabria, dans Cathol. Presbyt. 1883, X, 329. Luigi Amabile, // Santo Officio delta Inquisizione a NapoU, Gittà di Gastello, 1892, p. 235. Voir aussi Philippson, La contre-révolution religieuse, p. 215. Gilles, His toire ecclésiastique des églises vaudoises, Genève, 1644,

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alors presque désertes ; un contrat fut passé leur assurant certains avantages, des terres, le libre exercice de leur culte, l'exonération de certaines taxes; une bourgade fut édifiée par eux entre les Apennins et la mer, à Montalto; cinquante ans plus tard, les émigrés vaudois, devenus plus nombreux, fondèrent à un mille de distance une deuxième ville à laquelle ils donnèrent le nom de S. Sisto et qui devint leur principal centre. D'autres Vaudois vinrent bientôt se joindre à eux et peu à peu leur nombre augmenta de telle sorte qu'il atteignit quelques milliers. Plusieurs petites villes s'élevèrent dans le voisinage de Montalto, Vaccurizzo qui porte actuellement le nom de Vaccarizzo Albanese dans la province de Cusenza, Argentino S. Vincenzo et Guardia Piemontese ville située sur les terres des Spinelli, dans une situation naturellement forte et que les habitants rendirent difficilement attaquable en l'entourant de murailles. La colonie s'accrut après 1487 par l'arrivée de nombreux Vaudois piémontais qu'avaient chassés de leur pays les persécutions ordonnées contre eux par le pape Innocent VIII en cette année; d'autres Vaudois vinrent de Provence et s'établirent aux confins de la Pouille et de la Terra di Lavoro ; ils y fondèrent Celle, Fajto, Montecanto, Monteleone; en 1500, arrivèrent les Vaudois de Frassinière et d'autres vallées des Alpes qui formèrent un petit groupement dans la Capitanate, c'est-àdire sur le versant de l'Adriatique.

Tous, les Piémontais comme les Provençaux,

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professaient en les modifiant un peu les opinions qu'avait enseignées jadis Pierre Valdo de Lyon^ condamné deux fois comme hérésiarque en 1179 et 1181, à savoir que la Bible doit être l'unique guide des chrétiens, qu'il n'y a de salut qu'en Jésus-Christ, que l'Église n'a pas le droit d'interpréter les Écritures saintes, qu'il ne faut pas vénérer les saints ni adorer l'hostie, qu'il est inutile de jeûner et de se confesser, que chacun est libre de prêcher à sa guise. On les appelait des ultramontains ou dés albanesi à cause de leur ville principale, Vaccurizzo Albanese.

Lorsque l'influence des doctrines de Luther se fut propagée dans les vallées des Alpes, les Vaudois piémontais voulurent faire partager à leurs frères du midi leurs nouvelles convictions; plusieurs prédicateurs, envoyés par eux, parcoururent le pays dont l'un fut précisément cet Aloysi ou Luigi Pascali dont on a rapporté le supplice à Rome ; le résultat de leur mission se fit bientôt sentir. Les Vaudois qui jusque-là n'avaient pas ouvertement

1. Valdo était un saint François d'Assise sans le mysticisme; il prêchait la pauvreté et soutenait que chacun peut exercer le saint ministère sans avoir reçu de consécration. Il se peut que ses enseignements, conservés dans les vallées italiennes des Alpes et dans les Fouilles aient passé de là en Bohême et contribué au développement du mouvement hussite. Emilio Comba a traité abondamment ce sujet dans les ouvrages suivants : Valdo e i Valde.si, Florence, 1880. Storia délia Ri/'orma in Italia, vol. I, Florence, 1881. Sioriade' Valdesi, Florence, 1893. Analysés en ce qui concerne les premiers de ces travaux par H. Vast, Revue Critique^ 1880, Revue Historique, 1885. G. Montet, Histoire littéraire des Vaudois du Piémont, Paris, 1885. Bérard, Les Vaudois, Lyon, 1892. Bulletin de la Société d'Histoire vaudoise.

rompu avec TÉglise romaine, qui assistaient à la messe et faisaient même baptiser leurs enfants par des prêtres catholiques, devinrent subitement intransigeants; le cardinal Alessandrino, chef de l'Inquisition, dès qu'il fut instruit de ce changement, chargea l'archevêque de Cosenza, Taddeo de Gaddi, de faire parcourir le pays par des moines et des prêtres chargés de convertir ces dissidents; ils réussirent mal ; quelques abjurations seulement purent être obtenues. On résolut alors d'agir énergiquement. L'archevêque demanda au vice-roi de Naples de lui prêter main forte et un certain nombre d'arrestations eurent lieu parmi lesquelles celle de Pascali; des exécutions suivirent à la suite de jugements rendus par un tribunal mixte; vingtdeux habitants de Guardia furent condamnés aux galères (février-avril 1560).

Ces condamnations répandirent la terreur; ceux de S. Sisto demandèrent à se retirer ailleurs en emportant seulement le strict nécessaire; on le leur refusa ; alors ils s'apprêtèrent à se défendre (avril 1561). Le vice-roi envoya contre eux le marquis Ascanio Colonna avec une troupe de six cents fantassins et de cent cavaliers mais ils échouèrent et se retirèrent en désordre. D'autres troupes furent amenées peu après qu'accompagnèrent Tévêque de Cosenza, l'inquisiteur fra Valerio ou Valeriano Malvicino, consul tateur du Saint- Office à Naples, et des commissaires ecclésiastiques. L'expédition prenait des allures de croisade. La ville de S. Sisto ne tarda pas à être prise et mise

LES VAUDOIS DU ROYAUME DE NAPLES

à sac ; nombre de maisons furent brûlées ou séquestrées par ordre du vice-roi qui les fit vendre plus tard ainsi que tout ce qui s'y trouvait; on pourchassa même avec l'aide de chiens les habitants .qui s'étaient réfugiés dans les bois d'alentour; une prime de dix ducats était accordée aux paysans qui en capturaient; aussi le nombre des prisonniers s'éleva-t-il bientôt à plusieurs centaines. Ceux qui avaient abjuré naguère, considérés comme relaps, périrent dans les supplices ; d'autres, en grand nombre, furent condamnés à la prison perpétuelle ou aux galères ; quelques-uns furent torturés. L'Inquisition, considérant que la fuite était un indice certain de culpabilité, saisit les biens de tous ceux qui ne se trouvaient pas dans la ville, même s'ils étaient absents depuis longtemps, même quand c'étaient des enfants, même quand ils revenaient volontairement.

Guardia subit le même sort. Pour s'en emparer, Ascanio Colonna et le gouverneur de la province, le marquis Bucchianico, usèrent d'un stratagème; ils envoyèrent, dit-on, dans la ville, des 'gardes conduisant une cinquantaine de faux prisonniers qui étaient réellement des soldats portant des armes cachées; le moment venu, les uns et les autres se jetèrent sur la population, s'emparèrent des portes et livrèrent la ville aux assaillants. Le» rigueurs y furent plus cruelles encore qu'à S. Sisto; ceux qui refusèrent d'abjurer furent précipités du haut des clochers, écorchés vifs, brûlés; on jeta en prison, on fit périr dans les tourments, on vendit

comme esclaves quantité de femmes « qui ne voulaient pas voir le crucifix ». Un grand nombre de prisonniers avaient été entassés dans une salle; le bourreau vint les y prendre un à un; il leur bandait les yeux, les menait sur une place voisine, les faisait s'agenouiller puis leur tranchait la gorge avec un couteau; il en massacra ainsi quatre-vingthuit et ne s'arrêta, dit-on, que lorsque la lassitude l'y obligea. Deux mille personnes perdirent la vie, seize cents furent condamnées à la prison. Les corps de quatre-vingt-six victimes, coupés en deux, furent exposés le long des routes ^

L'exécution achevée, l'inquisiteur ordonna aux

survivants :

de ne jamais se réunir dans la rue en groupes;

de ne pas parler leur patois piémontais;

d'entendre la messe chaque jour avant de se rendre aux travaux des champs, sous peine d'une amende qui allait croissant;

de porter un vêtement jaune avec une croix rouge ;

d'envoyer leurs enfants à l'école à partir de

l'âge de cinq ans;

de se confesser aux époques prescrites;

de ne jamais aller à Genève ni même en Piémont;

de ne pas contracter de mariage, pendant une période de vingt-cinq années, avec des habitants des pays ultramontains.

1 Pandolfo CoLLKNUCcio, Dt'l Compendio deW istoria del Regno di Napoli.., seco7ida parte... col settimo libro del Pacca.... Venise, 1591.

l'obligation de la résidence.

Les deux communes devaient chaque année faire venir à leurs frais un prédicateur durant le carême.

La Couronne fît vendre à son profit les biens des condamnés et des suspects.

L'inquisiteur Malvicino poursuivit également dans la province de Reggio, en 1562, les disciples de Valdès; quatre habitants de Reggio furent brûlés ainsi que onze habitants de S. Lorenzo dont sept étaient des capucins ^

Il n'y a pas d'autre exemple en Italie d'une extermination aussi impitoyable; il est vrai qu'elle eut lieu en un pays soumis à la domination espagnole et qu'on opérait ainsi dans le royaume de Philippe II.

l'obligation de la résidence^.

Si la question de la Justification avait pu être résolue assez rapidement par le concile bien qu'elle fût ardue, il n'en alla pas de même pour celle de la résidence, car elle se compliquait d'intérêts personnels; la vie matérielle de tout l'épiscopat et d'une partie du clergé dépendait de sa solution. C'est pourquoi, soumise au concile presque dans le même temps où étaient engagés les débats concernant la Justification, le Péché

1. Spanô Bolani, Storia di Reggio di Calabria, Naples, 1857, voL I, p. 277, cité par Amabile, p. 259.

2. Ehses, vol. V, p. 155. Pallavicini, vol. I, p. 619. Le Plat, vol. 11, p. 522, 584, 601. Sarpi, p. 174.

originel et la Prédication, elle ne put être résolue que vingt ans plus tard, sous le pontificat de Pie IV.

La discussion s'engagea au cours du débat sur la prédication des moines comme conséquence de l'obligation qu'on voulait imposer aux évêques de faire de la prédication eux-mêmes; un texte fut présenté en mai 1546 ^ par les présidents du concile. Le cardinal Pacecco, de même que le cardinal Del Monte, le futur Jules III, qui présidait alors les séances, représentèrent que l'absence des évêques était la cause première des maux de l'Église et que la perversion des fidèles, leur ignorance des choses de la religion, les erreurs auxquelles ils se laissaient entraîner, ainsi que la dépravation des membres du clergé venaient du fait que les pasteurs, éloignés de leurs troupeaux, manquaient à enseigner les uns et à contenir les autres dans le respect de la discipline. Ces sentiments avaient au reste été déjà exprimés lors de la discussion des conditions dans lesquelles devait s'exercer la prédication; quelques orateurs avaient fait observer que, si les évêques restaient dans leurs diocèses et s'occupaient de prêcher leurs ouailles, les mauvais prédicateurs n'auraient pas le champ libre pour répandre leurs détestables doctrines.

Pacecco et Del Monte rappelaient aussi que des personnes indignes de porter la crosse se l'étaient

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