‹ La Réforme en Italie [microform]Chapitre 267 sur 470 · G. DE NovAEs, Elementi,.., vol. II, p · texte numérisé non relu

G. DE NovAEs, Elementi,.., vol. II, p

le fils d'une de ses sœurs, Michèle Bonelli, qui avait été apprenti tailleur à Rome, et il le nomma seul et non dans une promotion. Il avait vingtcinq ans ^

Autant Pie IV tenait peu de compte de la parole donnée, autant Pie V y était fidèle. Pie IV se montrait conciliant et accordait sans trop de difficulté les grâces qu'on sollicitait, Pie V les refusait presque toujours; il voulait que la justice fût exactement rendue et, dès les premiers jours de son pontificat, il réunit les magistrats de Rome pour leur imposer d'appliquer les lois avec équité et rigueur ; les sentences lui paraissaient toujours trop indulgentes ; il donnait la moitié de son temps aux séances de l'Inquisition. Sa rigidité ne connaissait pas d'adoucissement; en vain lui disaiton qu'il avait affaire à des hommes et non à des anges, il ne consentait pas à se départir de son inflexible sévérité.

Il voulait être écouté de tous et n'écoutait personne, semblable en ceJa à Pie IV; on pouvait triompher de ses arguments, non de son obstination; sa ténacité inflexible était celle des hommes à idées un peu courtes qui pensent posséder la vérité absolue.

Il était entré volontairement à l'âge de quatorze ans dans l'ordre des dominicains (1518); très tôt le duc Alfonso d'Avalos, marquis del Vasto,

1. Il était né près d'Alexandrie en Piémont et fut surnommé Ift cardinal Alessandrino; il y eut, pendant le xvi- sièce, quatre cardinaux portant ce nom, entre autres le pape Pie V.

l'avait choisi comme confesseur à cause de son zèle contre les hérétiques. Pour symboliser son désintéressement, on racontait qu'il n'avait jamais voulu dépenser l'argent que lui donnait le marquis pour s'acheter un manteau, bien qu'il en eût fort grand besoin pour se rendre chaque jour à Milan où résidait d'Avalos. Pendant seize ans il professa la théologie à Pavie. En 1543, il fut envoyé à Parme, au chapitre de sa province; on le nomma supérieur de plusieurs couvents. Sa véritable carrière commença toutefois quand il devint inquisiteur à Côme (1549?); c'était un poste de combat. Placé aux confins des pays où la Réforme triomphait, Côme était une des portes d'entrée de l'hérésie en Italie; de nombreux fugitifs s'étaient retirés sur les bords non italiens du lac et y avaient constitué de petites églises; sans cesse ils tentaient d'entrer en relations avec leurs coreligionnaires du Milanais et de gagner des adeptes en Italie.

Non seulement Ghislieri eut à lutter contre les hérétiques, mais aussi contre le clergé catholique. A Bergame, le chapitre et le vicaire avaient profité d'une vacance du siège épiscopal que l'évêque Pietro Lippomano n'était pas en état de gérer, pour s'emparer de biens confisqués à des hérétiques et refusaient de les restituer au Saint-Siège ou plutôt à la Chambre apostolique; Ghislieri réussit à vaincre leur résistance. A Côme même, il se passa un fait qui montre que les hérétiques avaient conservé encore alors bien des facilités

imprévues pour répandre leurs idées K Un négociant reçut une certaine quantité d'exemplaires d'un ouvrage protestant, imprimé à Poschiavo dans les Grisons et il se disposait à les faire passer à Modène et à Vicence lorsque Ghislieri, informé du fait, intervint et voulut arrêter cet envoi; mais le siège épiscopal de Côme était alors vacant et c'était le chapitre qui exerçait ses pouvoirs ; or le libraire avait des amitiés actives parmi les chanoines en sorte qu'il obtint du vicaire général l'autorisation d'expédier quand même sa marchandise; Ghislieri répondit en excommuniant, comme ses prérogatives lui en donnaient pouvoir, tous les chanoines ainsi que le vicaire ; le Saint-Office auquel il fit connaître la conduite du chapitre, lui donna son approbation; le chapitre de son côté provoqua un mouvement populaire contre l'inquisiteur qui, assailli à coups de pierres, dut chercher refuge dans le palais Odescalchi ; bien plus, les seigneurs du voisinage prirent parti avec violence contre lui, vinrent l'insulter et le taxer d'intransigeance, et l'un d'eux, le comte Délia Trinità, alla jusqu'à lui demander ce qui arriverait s'il le faisait jeter dans un puits; à quoi Ghislieri répondit qu'il en serait ce qui plairait à Dieu. La lutte continua. Le gouverneur de Milan, Ferdinando Gonzaga, cita l'inquisiteur pour qu'il lui rendît raison d'un zèle qu'il trouvait exagéré. Ghislieri se rendit à Milan à pied et par des voies

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