De propria vita Liber, Paris
Dégagés de ces craintes, les Italiens donnaient libre cours à leur scepticisme, voire à leur hostilité.
Érasme entendit à Rome bien des gens proférer en public « d'abominables blasphèmes contre le Christ et ses apôtres » et cela impunément ^ Le chanoine Angelo PoUziano (1454-1494), philosophe, poète et historien, fut accusé par Mélanchton d'avoir dit qu'il n'avait jamais tellement perdu son temps qu'un jour où il s'était mis à lire la Bible 2. <c J'ai gaspillé les meilleures années de ma vie, dit Pic de La Mirandole, en étudiant Thomas d'Aquin, Jean Scott, Albert le Grand et Averroès; que de veillées laborieuses durant lesquelles j'aurais pu m'initier aux humanités. Cette pensée m'est venue, toutefois, en guise de consolation, que si quelqu'un d'entre eux revenait parmi nous, il trouverait apparemment d'excellentes raisons pour défendre sa cause et montrer que le Dieu de l'éloquence était dans leur cœur et non sur leurs lèvres, que si le talent de parler d'un style fleuri leur manquait, la sagesse ne leur faisait pas défaut, que la sagesse toute nue vaut mieux que la sagesse déguisée sous de faux ornements ^. »
Les mômeries de certains ordres monastiques n'étaient pas étrangères à ce scepticisme; leur exploitation des légendes, leurs miracles fictifs, leurs supercheries souvent éventées, les cérémonies tapageuses qu'ils imaginaient pour en tirer