Cf. Tacchi-Ventuki, p
3. Lettre à Ermolao Barbaro (1485), cité par Sïmonds, vol. 11, p. 241.
LA FOr.
profit, révoltaient les esprits sains. Des légendes vénérables s'en trouvaient en outre discréditées et l'on se prenait à douter du caractère sérieux de tout l'appareil de la religion.
Voici un exemple entre beaucoup.
Le dimanche 25 janvier 1534, un ermite de l'ordre de Saint-Augustin vint prêcher dans le dôme de Milan, écrit Burigozzo. Le dimanche suivant, il annonça qu'il avait des bulles lui conférant le droit d'accorder l'absolution entière, même pour des cas où elle avait toujours été refusée. Des feuilles imprimées furent répandues contenant le texte de ces bulles, et ce « pardon » fut, en outre, annoncé en public dans les églises le 2 février, jour de la Chandeleur. Le clergé fît une procession dans le dôme portant avec solennité les bulles qui finalement furent placées sur une table près de la chaire où prêchait le moine; à côté de la table était assis un commissaire amené par le moine qui se mit à vendre des indulgences; aidé du moine, il inscrivait sur des bulletins le nom des nombreuses personnes en faveur de qui on achetait une absolution. Cette vente dura huit jours, non sans provoquer beaucoup de protestations, car on trouvait ce trafic excessif. Une enquête provoquée par ces murmures, fit découvrir que le moine et le commissaire avaient forgé les brefs. Ils furent emprisonnés, mis à la torture et ils avouèrent. Le Saint-Siège informé ordonna qu'on les envoyât aux galères (avril 1534)i.
1. Giovanni Maria Burigozzo, Cronaca di Milano, dan^r Ar^ chiv. Slor, Jtal.y vol. III, Florence, 1842, p. 516.
Des moines napolitains donnèrent aux Florentins un bras de sainte Répamde qui accomplit des miracles; plus tard on s'aperçut qu'il était en
bois ^ .
Combien de pareilles aventures devaient compromettre la confiance qu'on avait dans les représentants de TÉglise et dans les pratiques qu'ils recommandaient !
Un honnête citoyen comme Vettori, qui avait occupé de hautes situations dans la République Florentine, met au premier rang des trompeurs les ecclésiastiques ; les astrologues ne viennent que bien après^. Bien des gens se demandaient même si le christiauisme était réellement supérieur aux autres religions. La fable fameuse des trois anneaux que Boccace présentait déjà au xiv* siècle comme le symbole d'une profonde sagesse, et dont on tira celle des Trois Imposteurs, montre par sa popularité combien elle répondait à un sentiment général^. Quelle que fut la prévention contre le judaïsme et sans doute par suite des études hébraïques, on n'hésitait pas à mettre en balance les trois religions chrétienne, juive et musulmane*. La fréquentation de l'Orient ne fut pas étrangère à cet éclectisme ; les Italiens avaient appris à connaî-
1. Voir dans lo chapitre consacré au Piémont, la supercherie imaginée par certains moines pour se proeurer de 1 argent.