BUSCHBELL, p
LA RÉFORMATION A BOLOGNE
Giovanni Scotto put recueillir de l'argent et le distribuer à ses coreligionnaires.
Il y avait bien des raisons pour que l'hérésie progressât ainsi à Bologne; les soldats allemands y passaient fréquemment, les marchands qui allaient outre-Rhin en rapportaient les doctrines luthériennes. L'attitude du clergé ne pouvait que nuire à la cause catholique. Quand le cardinal d'Aragon passa par Bologne à son retour de Ferrare, en 1518, il fit bonne chère bien qu'on fut en carême et mangea, racontent les annalistes, force chapons, faisans et viandes diverses ^ Un moine venait précisément de prêcher contre de telles pratiques avec tant de talent qu'on voyait son portrait peint ou imprimé dans toutes les maisons et dans toutes les boutiques; il eut d'autant plus de succès qu'il ne demandait pas d'argent. Le clergé s'alarma, car on prétendit qu'il voulait fonder une nouvelle religion et le gouverneur le fit expulser avec menace de la potence s'il revenait. En 1526. l'évêque Lorenzo Campeggi dut réformer le couvent S. Maria délie Pugliole dans lequel les nonnes n'observaient plus la discipline et menaient une vie désordonnée^. On a vu qu'en général les religieuses bolonaises avaient fort médiocre réputation.
Les livres hérétiques étaient lus avidement; le dimanche 31 mars 1538, après vêpres, il fut
1. La relation de son célèbre voyage à travers l'Europe s'arrête à Ferrare.
2. C. Falconi, Mem.Hist. délia Chiesa Bolognese, Bologne, 1649. p. 569.
solennellement brûlée sur la place publique une grande quantité d'exemplaires de la SommaK Plus tard, on détruisit également beaucoup d'exemplaires du Beneficio, Les luthériens devenaient de plus en plus nombreux; ils étaient plus démonstratifs, plus exaltés que ceux du reste de l'Italie; à partir de 1537, les condamnations pour blasphèmes et sacrilèges sont assez fréquentes; en 1556, un homme jette des pierres contre un crucifix, il est pendu; en 1587, une jeune fille crache
une hostie
En 1549, plusieurs habitants parmi le& plus estimés furent envoyés à Home et emprisonnés ; ils demeurèrent captifs plus de dix mois jusqu'au jour où le peuple ayant, selon sa coutume, envahi les prisons après la mort de Paul III, ils recouvrèrent leur liberté; après l'élection de Jules III, ils demandèrent à être jugés et obtinrent d'être déclarés innocents^. La même année, un charretier, Bernardo Brascaglia, fut condamné à une pénitence et à faire une abjuration publique. Il revint d'ailleurs par la suite à ses idées premières, fut poursuivi et condamné comme relaps (1562)^. En 1550, un noble, Bartolommeo Ribaldi, eut le même sort. Ainsi là comme presque partout, le mouvement avait gagné toutes les couches de la population. Toutefois, il est à remarquer qu'il y