L. FuMi, p
LA REFORMATION A MILAN
et il fut décidé que des députations seraient envoyées au roi d'Espagne, au pape et au concile. Reina devait faire partie de l'une d'elles. En même temps le sénat adressait à Cotta une lettre pour l'informer que l'introduction de la nouvelle Inquisition lui paraissait « l'extermination totale » de la cité et qu'aucun effort ne serait épargné pour l'empêcher car, si elle était établie, les habitants se verraient contraints à « abandonner leurs maisons et à se réfugier au delà des frontières ».
Mais les députés ne pouvaient partir qu'avec l'agrément du gouverneur espagnol, le duc de Sessa. Reina se rendit auprès de 1-ui, obtint son consentement et le trouva même disposé à le seconder par crainte apparemment de voir son autorité diminuée. Le désir de faciliter les négociations était si général que le conseil n'hésita pas à décider que les dépenses des trois ambassades seraient couvertes par une taxe spéciale. Le comte Gerolamo Crotti prépara la harangue qui devait être adressée au souverain pontife; on lui rappellerait que la cité de Milan avait été jadis une des premières à se convertir au christianisme et qu'elle y était demeurée toujours fidèlement attachée, que les hérétiques n'y avaient jamais été nombreux et qu'en conséquence il ne convenait pas « de donner médecine à un corps sain ni d'infliger une peine rigoureuse à qui n'avait point commis de crime ».
Les envoyés milanais s'en furent donc à Rome où ils s'abouchèrent avec le cardinal Rorromée, le
LA REFORMATION A MILAN
grand inquisiteur Alessandrino et les membres du sacré collège; ils en reçurent d'excellentes paroles.
A Trente, on travaillait activement; le représentant du sénat milanais qui y était arrivé le 22 août, avait gagné à sa cause, du moins il put le croire, les cardinaux Morone et Simonetta et révêque de Ventimiile, Carlo Visconti^ tous trois milanais; d'ailleurs les prélats italiens, qui faisaient partie du concile, surtout ceux des provinces soumises à l'Espagne, voyaient avec inquiétude l'installation de la nouvelle Inquisition; il fut même question d'introduire dans l'acte de Réforme que le concile élaborait alors un article destiné à parer au danger. Le cardinal Borromée s'alarma et écrivit, évidemment de bonne foi, une lettre dans laquelle il était dit que « si l'Inquisition était imposée à Milan, ce serait conformément au jus, c'est-à-dire au droit ordinaire, et non suivant les coutumes espagnoles ». Se prévalant de cet engagement qui semblait écarter toute menace d'innovation dangereuse, le cardinal Morone amena les Pères à renoncer à leur motion (août 1563)'^.
A Rome et à Milan, on crut la partie gagnée. Il fallut déchanter. Presque aussitôt le pape remit au grand inquisiteur une bulle qui instituait dans le duché de Milan le régime espagnol de l'Inquisition, Pie IV expliqua, il est vrai, aux ambassadeurs consternés que les nouveaux tribunaux
1. Auleur des : Lettres, Anrcdotes et Mémoires. Aymon, Amsterdam, 1719.