‹ La Réforme en Italie [microform]Chapitre 307 sur 470 · Sarpi, p · texte numérisé non relu

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fonctionneraient de la même façon que les anciens mais les représentants du roi d'Espagne tenaient un tout autre langage.

L'inquisiteur, disaient-ils, serait nommé par le roi, les cardinaux n'auraient plus le droit de s'immiscer dans les procès inquisitoriaux, de nouveaux cas, tant en ce qui concernait les lois divines que les lois humaines, deviendraient justifiables du Saint-Office.

En fait, la teneur exacte de la bulle n'avait pas été publiée et, pendant plusieurs jours, les envoyés milanais s'efforcèrent en vain de s'en procurer une copie. Enfin Cotta y parvint et il demeura atterré. Cette bulle, écrivit-il « est pleine d'embûches et de lacs ».

Pie IV accordait au roi d'Espagne, à sa requête, le droit de désigner l'inquisiteur général entre les mains duquel étaient concentrés tous les pouvoirs accordés successivement aux inquisiteurs par Jules II, Clément VII, Jules III et Paul III lors de la création du Saint-Office. L'inquisiteur général pourrait informer et procéder contre qui lui plairait, laïque ou ecclésiastique, en employant au besoin la torture et la « question rigoureuse » ; il choisirait tous les juges, inquisiteurs et autres auxiliaires dont il aurait besoin et aurait sur eux un pouvoir absolu. Il n'était même pas stipulé que les crimes autres que ceux d'hérésie ne relèveraient point de son tribunal.

Dès que la vérité fut connue à Milan, l'agitation y devint extrême; le gouverneur, prenant résolu

ment parti pour ses subordonnés, déclara au sénat et au conseil communal qu'il allait s'employer pour empêcher la publication de la bulle et recommanda de ne faire en attendant aucune démarche ni à Rome ni à Madrid. De fait, grâce à son intervention et à celle du cardinal Borromée, la bulle fut annulée; le pape reconnut même « qu'un bon inquisiteur italien suffirait » sans qu'on eût recours aux pratiques espagnoles. Le roi d'Espagne n'était pas non plus très désireux de profiter des droits qui lui étaient conférés car il informa le gouverneur que, pour le moment, les choses ne seraient nullement modifiées et qu'il n'avait jamais songé à transformer l'Inquisition milanaise, sa seule pensée ayant été de lui donner pour chef une personne capable de défendre efficacement la foi « en des temps infestés d'hérésie ». Et, pour le présent les choses en restèrent là*.

Les livres interdits continuèrent sans doute à pénétrer en abondance dans toute la région car le Saint-Office dut charger son chancelier de visiter à Crémone en 1567 toutes les maisons où l'on soupçonnait qu'il y en eût; on dut même l'autoriser à faire ses perquisitions en armes (18 août 1567); des officiers furent spécialement désignés plus tard pour cet office (12 décem-

t. L'Inquisition milanaise entretenait à Genève des espions chargés d'y surveiller les Italiens qui allaient y traflquef. Plusieurs d'entre eux furent ainsi convaincus à leur retour d*avolr fréquenté des réunions hérétiques (1585). Fumi, p. 38.

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LA RÉFORMATION A MILAN

bre 1569); il en fut de même à Pavie le 22 août 1582^

Pavie compta peu d'hérétiques mais beaucoup d'astrologues et de devins, cependant l'inquisiteur Pietro Quingano qu'on y envoya en 1568 traita les habitants avec une extrême dureté; les condamnations se succédèrent; il affectait de ne sortir qu'armé de poignards et de pistolets sous prétexte que sa vie était menacée; deux personnages de marque rédigèrent une protestation qui fut appuyée par le clergé. Néanmoins l'inquisiteur continuait ses rigueurs. Il fit savoir à un riche marchand d'avoir à se constituer prisonnier sous peine d'excommunication et de 1 000 écus d'amende. Le crime de ce marchand était de lui avoir réclamé le prix d'une pièce d'étoffe. Son fils voulut intervenir; il fut jeté en prison et y mourut. De Rome l'ordre vint à Tévêque de suivre le procès mais Quingano n'en tint nul compte. Finalement il fut transféré ailleurs et le marchand, reconnu innocent, sortit de prison au bout de deux ans (1568)^.

1. Fumi, p. 215. Er^ 1600, il fut décidé par le Saint-Office romain que le fiscal aurait, à Milan, le dixième des amendes et que les abjurations se feraient dans le palais archi-épiscopal. En 1604, une nouvelle décision attribua également une part des amendes au médecin, au pharmacien, au gardien de la prison. Cod. Cas., 2653, fol. 194.

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