‹ La Réforme en Italie [microform]Chapitre 308 sur 470 · Ettore Rota, Per la Storia delV Inquisizione a Pavia · texte numérisé non relu

Ettore Rota, Per la Storia delV Inquisizione a Pavia

L'épiscopat de saint Charles Borromée est un des exemples les plus instructifs de l'état d'esprit d'une partie du haut clergé après le concile de Trente et de la façon dont il entendait administrer l'Église et imposer sss volontés à la société séculière, de l'opposition que ces nouveaux procédés firent naître de la part non seulement des municipalités mais aussi des plus hautes autorités, et des compétitions sans nombre qui entravèrent les efforts de ceux qui voulaient faire aboutir les réformes et créer une ère nouvelle dans la chrétienté. Il y eut une lutte ardente et presque constante entre l'Inquisition, l'administration locale, les représentants du gouvernement espagnol, les ordres monastiques et le peuple. Les moines n'entendaient pas se soumettre aux réformes qu'on voulait leur imposer, l'Inquisition cherchait à étendre son autorité aux dépens de la puissance épiscopale et de la juridiction des juges civils et le gouvernement espagnol lui prêta parfois son appui, la commune s'efforçait de défendre dans la

l. E. Rota, La Reazione caltolica a Milano dans Bull. Soc. Pavese..., an VI. Pavie, 1906, p. 34. Léonce Cellier, Saint Charles Borromée, Paris, 1912. Cesare Orsenigo, Vita di S. Carlo Borromeo, Milan, 1911. Abbé Sylvain, Saint Charles Borromée, vol. I, p. 267. Bart. Rubens, De Vita et Rébus gestis a S. Cario Borrowgo, Bibl. Ambrosiana, Milan. Bascapè ou Bescapè (Carolo a Basilicapetri), De Vita et Rébus gestis Caroli... . Ingolstadt, t592. Contenant des documents, lettres, etc.

mesure du possible, c'est-à-dire dans de très étroites limites, la liberté des habitants.

Le cardinal Borromée revint résider à Rome auprès de son oncle le pape Pie IV après la fin du concile aux travaux duquel il avait si activement collaboré (1564) ; il administrait de loin son diocèse, néammoins il voulut y appliquer quelques-unes des réformes qui venaient d'être votées. Deux jésuites, bientôt suivis d'une trentaines d'autres, furent envoyés par lui à Milan pour préparer les esprits^; il fit également partir Niccolô Ormaneto de Vérone^, avec mission de s'occuper de réprimer la licence du clergé et d'assurer la clôture des couvents. Un synode diocésain fut assemblé pour donner plus de poids aux décisions de l'archevêque^. Mais l'entreprise était plus épineuse encore que ne le pensait Borromée, surtout en ce qui concernait les nonnes. Ainsi dans un couvent de dominicaines se trouvaient deux sœurs du pape qui se refusèrent absolument à laisser murer les entrées secondaires et griller les fenêtres; comme on allait passer outre, elles réclamèrent l'intervention du pape et Borromée dut entrer en négociation

1. Le P. Benedetto Palrais et le P. Jacobo. Borromée fit don aux Jésuites de l'abbaye d*Arona qui lui appartenait. Grâce à cette largesse, ils fondèrent le collège Brera.

2. Vicaire général de Milan, dataire, évêque de Padoue (1570- 1577).

3. Acfa Ecoles. Mediolanensis, Lyon, 1683, vol. I, p. 264. Cf. JoH. DoM. Mansi, Sacro. Concil. Nova Coll., Paris, 1902, ▼ol. XXXIIl, col. 181. Décision du Concile de Trente, XXIV session (1551), cap. 11.

avec elles; il leur prodigua les bonnes paroles, leur remontrant les conséquences désastreuses de leur résistance. « Plaise à Dieu, leur écrivait-il, que ces lignes puissent exprimer à vos Seigneurie? tous mes sentiments et leur ouvrir le fond de mon cœur. Vous verriez quelle douleur j'ai ressentie de votre douleur. Il m'est impossible de ne pas prendre part à votre déplaisir et, de plus, je sens naître en moi une vive affliction en vous voyant affligées d'une détermination dont je voudrais que vous vous réjouissiez. » (28 avril 1565.) Mais les deux nonnes ne se laissèrent nullement convaincre; le pape leur envoya des reliques et des indulgences avec une lettre dans laquelle il leur disait qu'à cause de leur lien de famille, il espérait qu'elles dépouilleraient leur irritation et se montreraient plus empressées que nulle autre à donner le bon exemple (25 mai 1565). Rien ne put les ébranler.

Il n'en alla pas autrement dans les divers couvents où Ormaneto voulut rétablir la discipline; aussi, dès le mois d'août, découragé et sentant grandir les haines autour de lui, il demanda à être rappelé.

Cependant le cardinal Borromée ne renonça pas à « fortifier les bonnes intentions des nonnes » mais, craignant que sa seule autorité fût insuffisante pour y réussir, il demanda au souverain pontife de lui adresser un bref l'exhortant et lui ordonnant au besoin de mener à bien le redressement moral de son diocèse dans un bref délai. Borromée exposait dans sa lettre tous les obstacles

qu'il avait à surmonter. Ainsi lorqu'il voulait sévir contre une religieuse, elle se réclamait aussitôt de hautes protections et il lui était difficile de passer outre. S'il faisait poser des grilles dans un couvent et défendait aux laïques d'y entrer, il se trouvait que ceux que cette mesure atteignait, étaient précisément les bienfaiteurs de la maison, sans les subsides desquels il faudrait renoncer à l'entretenir.

Le cardinal Borromée comprit bien vite qu'il n'aboutirait pas s'il ne se rendait lui-même sur les lieux; après s'être fait délivrer un bref qui lui attribuait des pouvoirs spéciaux auprès des synodes régionaux et avoir obtenu le titre de légat a latere dans toute l'Italie, titre qui accroissait singulièrement son autorité, il partit pour Milan; aucun évêque n'y avait résidé depuis des temps immémoriaux. Son entrée eut lieu le 23 septembre 1565; il prit soin de l'entourer de toute la pompe possible afin de hausser son prestige. Un synode fut immédiatement convoqué; la province comptait quinze évêchés suffragants; dix furent représentés par leurs évêques, les autres par leurs procurateurs ^ Le cardinal Borromée pensait tirer grand avantage de cette innovation. Mais que durent penser les prélats assemblés par ses soins quand il leur proposa, pour première mesure, d'inviter les prêtres de leurs diocèses à renoncer à leurs biens temporels ! Lui-même d'ailleurs, donnant l'exemple,

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