‹ La Réforme en Italie [microform]Chapitre 34 sur 470 · Discours sur Titt'Live, liv. III, chap. i · texte numérisé non relu

Discours sur Titt'Live, liv. III, chap. i

ATTAQUES CONTRE LE SAINT SIÈGE

c'est qu'elles aient été proférées, répandues et accueillies sans grandes protestations. Masuccio et Bandello dans leurs nouvelles, Platina et Valla dans leurs chroniques, Firenzuola dans ses sermons et dans ses œuvres badines, saint Bernard, sainte Catherine, le camaldule Traversari dans leurs imprécations, n'avaient point ménagé à l'Église les plus violentes censures. Dans ses lettres << Sans titre », Pétrarque qualifie la cour pontificale de la plus dure façon. « La vérité, dit-il, y passe pour folie; la continence pour rusticité ; le péché pour une marque d'indépendance... Je passe les adultères, les femmes violées, rendues mères et abandonnées, la simonie et tant d'autres crimes... » Avignon à ses yeux est la cité des larves et des démons, la sentine de tous les vices et le pape, Nemrod*.

Dans ses sonnets, emporté sans doute par l'œstre poétique, il éclate en invectives plus furieuses encore contre la cour pontificale ;

Fontaine de douleur, auberge de colère, École d'erreurs, temple d'hérésie,

1. Cf. Rerum Senil..., VII, I. De Sade, Mémoires pour la vie de Pétrarque..., Amsterdam, 1864, vol. I, p. 120. La plupart des « Lettres sans titre » sont d'ailleurs des diatribes d'une extrême amertume contre la Cour pontificale; il en est de même des églogues VI et VII; Fiamma dal Ciel et Avara Babilonia. Alvaro Pelayo, de l'ordre des frères mineurs, De Planctu Ecclesiœj cité par F. Rocquain, La Cour de Rome et V Esprit de la Réforme, Paris, 1897, vol. II, p. 433, disait vers le même temps : « Jamais je ne suis entré dans le palais du pape sans y trouver des clercs occupés à compter des pièces d'or qu'on voyait amassées en monceaux devant eux sur des tables. » « C'est l'Eglise de Rome, dit-il ailleurs, qui par son avidité et son orgueil, a corrompu toute l'Eglise; c'est elle la cause de cette haine (|ue les laïques montrent à l'endroit du clergé. »

Jadis Rome, aujourd'hui Babylone fausse et perverse, Cause de tant de plaintes et de soupirs».

Et il accuse de tout le mal les richesses que Constantin fut le premier à déi)artir à l'Eglise 2. Dante avait écrit de même.

Ohl Constantin, de combien de maux fut mère

Non ta conversion, mais cette dot

Que de toi reçut le premier pontife qui fut riche 3.

Dans un autre sonnet, Pétrarque quallHe en ces termes le Saint-Siège :

Nid de trahison dans lequel couve

Tout le mal qui aujourd'hui se répand sur le monde,

Esclave du vin, du lit, de la nourriture

Où la luxure atteint son comble^

« Les ministres de Dieu ont souillé d'immondices la face de l'Église, écrivait un peu plus tard Catherine de Sienne (13^7-1 380). Ils ont abandonné le soin des âmes, ils vendent les dons du Samt- Esprit. Tout leur désir est de bien vivre et ils n'ont pour Dieu que leur ventre. Ce que le doux Verbe, le Fils unique, a acquis au prix de tant de souffrances sur le bois de la croix, ils le dépensent avec des courtisanes, ils dévorent les âmes rachetées par le sang du Christ. Dieu vous a placés sur

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