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SIENNE

La ville de Sienne fut parmi les plus attachées au protestantisme^. Les prédications d'Ochino ne contribuèrent pas peu à y répandre les idées nouvelles, mais il semble bien qu'elles avaient pénétré avant lui dans toute cette région^. Le 17 décembre 1541, la Balie dut publier une ordonnance qui portait que « défense était faite à toute personne habitant la ville ou le territoire d'affirmer ou de soutenir une opinion réprouvée par l'Église comme hérétique » ; défense était faite également de conserver chez soi des ouvrages hérétiques sous peine de la vie, de la confiscation de tous les biens du coupable et d'autres châtiments.

1. Carlo Minutoli. Frammenli di Sloria lucchesCy Lucques, 1879 et Archiv. Stor. Ital., Florence, vol. X (1847). CantÙ, loc. cit,

2. Voir les travaux de Piccolomini cités à la Bibliographie. Ga^tiÙ , Eretici^yol. Il, p. ^iS.Rivista Coniemporanea^ Turin, 1860, vol. XXI, p. 409 et suiv, Ricotti, p. 310.

3. Benvoglienti raconta, en 1569, dans Tinterrogatoire qu'il' subit après quatre-vingts jours de détention, qu'en 1544, à Grossetto, chacun croyait pouvoir disserter librement sur la foi.

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PROCHES ET EXTIiNCTION DE LA REFORME.

Quatre ans après, Francesco Bandini, archevêque de Sienne, inquiet des dispositions de son troupeau, écrivait de Trente à la Balie, lui recommandant de promulger un édit contre tous ceux qui s'entretiendraient de choses hérétiques (12 juin 1545). Le 19 juin, la Seigneurie lui répondit qu'elle avait agi en conséquence. Ce fut, à ce qu'il semble, sans aucun succès car, le 26 juin 1546, la Seigneurie fut informée par le chef de la police qu'on proférait dans la ville d'horribles blasphèmes; quelqu'un avait dit qu'il lui plairait d'égorger le Christ pour se faire des escarpins avec sa peau; tel autre avait dit pis encore. En conséquence, des châtiments furent votés contre les blasphémateurs.

Le 2 avril 1548, un conseil qui était spécialement chargé d'empêcher la propagation de l'hérésie par les livres, ordonna qu'une perquisition serait faite chez tous les libraires et que les ouvrages défendus qu'on découvrirait seraient brûlés sur la place publique.

Cependant la Balie ne se faisait nul scrupule de recommander fréquemment à la clémence pontificale des suspects tels que fra Gregorio Primaticci, fra Francesco, fra Giovanni Buzio, fra Sisto et un servite, tous moines comme on voit.

A Sienne, comme ailleurs, les académies s'étaient engagées dans le mouvement réformiste; le grand duc de Toscane supprima celle des Rozzi et celle des Intronati,

Une liste des personnes soupçonnées de « mal

LA REFORMATION EN TOSCANE. — SIENNE

penser » fut établie; elle était longue et comprenait des « nobles et des ignobles », des gentilshommes, des artisans et des plébéiens. Ils ne cachaient guère leurs opinions; à l'église ils n'écoutaient même pas l'évangile, tournaient ostensiblement le dos à l'autel, critiquaient les cérémonies et soutenaient que le purgatoire était une invention saugrenue. Quand les preuves graves manquaient, les juges ecclésiastiques déclaraient que, puisque leurs mauvaises dispositions se traduisaient seulement par des signes cachés, la justice devait, de même, se décider sur des indices.

Le grand-duc était fort en peine; très jaloux de son autorité et craignant de pousser à la révolte une ville dont la fidélité était mal assurée, il n'osait permettre au clergé et à l'Inquisition d'user d'une rigueur qu'il savait ne devoir être que malaisément supportée; l'Eglise, d'autre part, prétendait sans cesse augmenter ses pouvoirs et voulait à tout prix écraser l'hérésie. Dès 1558, il y eut des conflits à propos de la recherche des livres défendus. En 155^, l'archevêque cardinal de Pise, Angelo Niccolini, envoyé par le grand-duo comme gouverneur, fut aux prises avec de grosses difficultés à propos de Lelio Sozzini ou Soccini, le fondateur du soccinisme, que l'inquisiteur voulait poursuivre. Le 18 juin 1566, l'autorité ecclésiastique publiait deux décisions, l'une relative aux juifs, l'autre visant l'immoralité du clergé et des laïques; or ce nouveau texte soumettait à la juri-

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diction de TÉglise des causes qui relevaient des tribunaux civils. Huit ans plus tard, en 1574, la lutte se poursuivait encore ; le gouverneur, qui était alors Federico Barbolari, de Montacuto, î^e lamentait des empiétements incessants de l'autorité ecclésiastique dans l'administration des hôpitaux et dans l'inspection des couvents a même gouvernés par des laïques », et il s'indigne de la facilité avec laquelle les juges inquisitoriaux acceptent les délations. Cette fois, le grand-duc résista. Défense fut faite aux inquisiteurs, en 1379, d'employer la torture sans autorisation du grand-duc. Cette môme année, plusieurs suspects obtinrent, grâce à son intervention, de se rendre librement à Rome pour se disculper devant le Saint-Office.

Le gouverneur s'opposa à la constitution d'une confrérie de Crocesignati (1579); il en existait pourtant à Bologne, à Ferrare. à Florence même, ainsi que dans plusieurs autres villes d'Italie; la présence d'une telle confrérie aurait apparemment causé de graves complications dans une ville aussi agitée de l'esprit réformiste que Sienne. Il suffisait, en effet, pour en faire partie, de s'engager par serment à dénoncer aux inquisiteui-s les hérétiques et à les « persécuter d de toute façon jusqu'à leur extermination complète; seul le pape pourait relever de leur serment ceux qui l'avaient prêté. En revanche, de grands avantages étaient assurés aux Crocesignati : indulgences plénières, quarante fois par an indulgence pour des péchés véniels, faculté d'entendre la messe et d'être ense-

LA RÉFOHMATION EN TOSCANE. — SIENNE. 409

veli religieusement en temps d'interdit; bref on disait qu'entrer dans cette confrérie, c'était « voler

au ciel* ».

Ce qui rendait à Sienne, on Ta dit, la situation particulièrement difficile, c'était la présence d'étrangers contre lesquels on n'osait agir; il y avait des marchands français huguenots et des étudiants allemands luthériens qui se croyaient tout permis^. En 1559, des étudiants brûlèrent la porte de l'église S. Agostino et tirèrent des coups d'arquebuse dans les fenêtres d'un couvent; cinq ou six des meneurs furent arrêtés mais le capitaine de la justice dut les relâcher presque aussitôt par ordre du grand-duc; quant aux étudiants allemands qui avaient pris part à la bagarre et qui l'avaient sans doute suscitée, il fut convenu qu'ils ne seraient pas poursuivis « ni même nommés » car tous les autres Allemands déclaraient qu'ils feraient cause commune et qu'ils voulaient être condamnés ensemble ou qu'ils quitteraient la ville. Toutefois, en 1564, les étudiants ayant voulu organiser une fête, le gouverneur s'y opposa parce qu'il les trouvait c< peu chrétiens et suspects ».

1. Florence, Mediceo, Filza, 1874, c. 267 et suiv. Dec. 1579. Avantages accordés à Florence aux Crocesignati :

i" Indulgence plénière le jour de la profession.

2" Indulgence plénière à l'article de la mort.

3* Autorisation aux inquisiteurs de les relever de Texcommunication et de tout engagement, même de vœux perpétuels.

4° Droit de délivrer neuf fois par an une âme du purgatoire.

5° Quarante fois par an indulgence plénière.

6° Plusieurs fois par an rémission du tiers des péchés.... (Florence, Mediceo, 731, c. 201).

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