Florence, Mediceo, 550, c
En 1S66, (14 avril) on se décida à appliquer une décision de Pie IV imposant une profession de foi catholique aux étudiants qui voulaient obtenir le grade de docteur. Le gouverneur se fit auprès du gouvernement florentin le champion de cette mesure tout en reconnaissant qu'elle éloignerait les étudiants allemands et que « l'auditeur » et jurisconsulte Lelio Forelli y était opposé.
Un peu plus tard un étudiant allemand âgé de vingt-cinq ans étant entré dans une auberge envoya le patron chercher du vin à la cave et profita de son absence pour brûler un crucifix et une madonne pendus au mur; le patron cria au sacrilège quand il revint, mais l'étudiant, tirant sa rapière, le fit sauter par la fenêtre. On ne sait quelle suite eut cette affaire.
Un curieux incident survint en 1375. Les étudiants allemands se plaignaient d'être mal nourris • le vin qu'on leur donnait ne leur plaisait pas- ils décidèrent donc de s'en aller tous ensemble. Le gouverneur alors en exercice ne les aimait pas; il les accusait de mener une vie déshonnéte, « d'être ombrageux et superbes » et de semer l'hérésie mais, en même temps, il tenait beaucoup à les garder en sorte que son alarme fut grande quand Il sut qu'ils allaient exécuter leur menace et s'apprêtaient à passer à Pérouse avec une partie des étudiants italiens; qu'ils préparaient leurs bagages et avaient loué chevaux et voitures Des pourparlers furent engagés. Les étudiants italiens en furent quittes pour « un petit coup d'estra-
LA RÉFORMATION EN TOSCANE. — SIENNE. 4ll
pade » ; quant aux Allemands, on ne leur infligea aucune punition « pour ne pas indisposer la nation allemande de Sienne ». On pourrait croire que ces étudiants étaient très nombreux puisque leur départ inquiétait à ce point le gouverneur et la population; or, ils n'étaient qu'une cinquantaine!
PONTIFICAT DE SIXTE V (24 avril 1585. - 27 août 1590)
CONDAMNATIONS
LA RÉFORMATfON DANS LE ROYAUME DE NAPLES.
Le conclave qui élut pape le cardinal de Montalto, Felice Pefetti, ne dura que trois jours. On a raconté longtemps que Peretti s'y était présenté en se soutenant sur des béquilles et que, quand il sut sa nomination assurée, il les rejeta loin de lui. Il faut voir dans ce conte un symbole. L'expérience de la vie avait appris à Peretti que, si on loue volontiers les hommes énergiques, on les écarte soigneusement des hautes situations, surtout quand leur avancement dépend du vote d'un nombre restreint d'électeurs.
Peretti était entré de bonne heure dans Tordre des frères mineurs conventuels^; à douze ans il était novice; tout de suite, sa vocation se révéla;
1. Comte Ugo Balzani, Sisto Quinto, Gênes, 49i3. Baron de HiiBNER, SzXe-Çwin/. Paris, 1870. E. Alberi, Le /îe/azioni..., vol. X, Florence, 1857, p. 289 et 340 (Relations de Lorenzo Priuli et de Giovanni Griti). Greoorio Leti, Vita di Sisto V, Amsterdam, 1722.
il devint très jeune encore un orateur sacré de premier ordre; on le demandait dans tous les monastères d'alentour; il alla prêcher dans les cités voisines; sa parole était facile et abondante; son érudition, sûre et vaste; il possédait ce feu que donnent les sentiments profonds. A Rome, où il prêcha dans Téglise SS. Apostoli, en l'année 1552 alors qu'il avait trente ans, l'ardeur de la jeunesse et l'assurance que lui donnaient ses succès passés, lui valurent un triomphe. Les cardinaux les plus en vue, Carafa et Ghislieri qui allaient devenir papes, le cardinal Garpi, Ignace de Loyola, Filippo Neri, se lièrent avec lui. Sa fortune était faite. L'année suivante, il était désigné par le souverain pontife pour devenir régent du couvent de S. Lorenzo de Naples. On le chargeait des entreprises difficiles. Le pape Paul IV l'envoya comme inquisiteur à Venise où il fallait lutter contre un puissant courant protestant tout en ménageant les susceptibilités de la République en tout ce qui touchait à l'intégrité de sa souveraineté. Il échoua dans cette tâche. Son trop de rigueur inquiéta le gouvernement vénitien, une cabale se forma et Peretti dut revenir à Rome pour s'y défendre. Ayant eu gain de cause, il regagna Venise avec le titre de consulteur de l'Inquisition mais ses difficultés ne l'avaient pas éclairé, il continua à montrer dans la poursuite des hérétiques et des suspects un zèle que la Sérénissime République trouva exagéré; il fut rappelé. A Rome, on le comptait parmi les chefs de la réaction religieuse.
Toutefois le mécompte qu'il venait de subir avait appris à Peretti qu'il convient couvent à ceux qui veulent se pousser d'user de certains ménagements ; il se fit conciliant, avenant, prévenant. Son rôle changea; Pie IV l'envoya comme théologien au concile de Trente puis, en cette même qualité, il le donna comme compagnon au cardinal Buon- Gompagni, le futur Grégoire XIII, quand il se rendit en Espagne à propos de l'affaire de l'évêque Carranza accusé et plus tard condamné du chef d'hérésie (1576). Malheureusement Peretti et Buonconipagni se querellèrent violemment et conçurent une grande haine l'un contre l'autre en sorte que Peretti se trouva mis à l'écart et éloigné de toute charge quand Buoncompagni devint pape; or le pontificat de Grégoire XIII, dura près de treize ans ^
Peretti avait soixante-quatre ans quand il ceignit la tiare mais paraissait sensiblement moins âgé. N'avaient été ses accès de colère qui étaient si violents que ses mains en tremblaient, il aurait, dit l'envoyé vénitien Lorenzo Priuli, vécu de plus nombreuses années que Grégoire XIII. Sa tête, assez forte, était enfoncée dans ses épaules; sa taille ne dépassait pas la moyenne; d'épais sourcils ombrageaient ses yeux qui étaient bruns et perçants; il avait le teint basané, les joues colorées, les pommettes saillantes; d'aucuns ont vu dans ces traits une marque de son origine slave;