‹ La Réforme en Italie [microform]Chapitre 38 sur 470 · Ce pamphlet fut réimprimé en 1560 également à Venise · texte numérisé non relu

Ce pamphlet fut réimprimé en 1560 également à Venise

sont mauvais et ignorants ; ils ne s'occupent pas de rÉcriture Sainte; la charité a disparu de Rome, on n'y trouve plus que le diable. Omnia vénal iasunt, La messe est devenue la boutique du clergé parce qu'il ne croit pas à ce sacrement; tout se fait en vue du gain ; ce ne sont plus les prêtres qui paissent les pauvres mais les laïcs ; ils gardent pour eux les bénéfices qu'ils ont indûment acquis ; ils possèdent tout et les fidèles les entretiennent. Au moins s'ils faisaient quelque chose de bien ! Mais ils ne s'occupent pas même de prédication, car ils ne connaissent rien aux choses saintes ni à la grammaire, ou s'ils prêchent, ils se font un mérite d'embrouiller l'esprit de leurs auditeurs en leur parlant de disputes et de questions oiseuses.

« On ne les entend citer en chaire cjue Platon et Aristote. Ils ne s'y connaissent qu'en débauches, en femmes et en gourmandise. Ils ne peuvent même pas lire la Bible. Les évêques se refusent à résider dans leurs diocèses parce qu'ils veulent être à Rome pour y solliciter le chapeau ou toute autre faveur. Ils y dépensent leur bien en chiens, en éperviers, en mules, en vêtements... Chacun veut surpasser les autres. Ils ne se cachent pas dans leurs déportements et ne songent qu'au faste et aux jouissances terrestres; il n'est pas de prêtre qui n'ait sa concubine. Et ce venin s'est répandu de Rome dans toute l'Italie et dans le reste du monde. Jadis on disait : « Sinon chastement, du moins discrètement. » Personne ne s'embarrasse de ce scrupule maintenant. Dans quel état lamen-

ATTAQUES CONTRE LE SAINT-SIEGE

table se trouvent les autels, les ornements du culte î Mais les murs des prélats sont couverts de tapisseries; les planchers de tapis. Il pleut dans les églises ^ Le peuple vaut mieux que le clergé. Si au moins les moines faisaient leur devoir! Jadis ils demeuraient toujours en oraison, n'ayant pas à s'occuper de leurs biens ; le contraire a lieu aujourd'hui ; ils ne songent qu'à bâtir des palais et un grand nombre possèdent en propre des sommes d'argent ; ils vendent la messe, ne s'occupent que de cérémonies pompeuses et de chants, mais ils n'ont aucun esprit religieux ; ceux qui étudient le droit canon pensent surtout à tirer profit de leur science judiciaire ; ils négligent la théologie qui serait improductive. Pourvus de tout, ils recommandent la pauvreté. De cette abondance est née leur dépravation, car la luxure est fille de la gourmandise. C'est pourquoi on voit les moines aller tout le jour de maison en maison, bavardant avec les commères. Il arrive qu'un couvent ou un monastère entre en guerre contre un autre, quand ce n'est pas un ordre contre un ordre en sorte qu'on ne peut aider l'un sans offenser l'autre ; ils se dénigrent et se nuisent réciproquement. Les religieux ont divisé le monde. »

(( Nous autres frères, dit encore Bettini, nous devrions ne nous souvenir que des vertus de nos fondateurs, saint François, saint Dominique, saint Augustin, et ne point nous jalouser. C'est tout le

1. Cela était vrai à Rome au temps de Martin V et d'Eugène IV en Piémont, à Naples.

contraire qui a lieu. Les moines disent aux pères, aux mères : « Laissez qulque chose à notre couvent, à notre église pour y construire une chapelle » et dérobent ainsi l'argent aux veuves et aux enfants. Je ne parle que des mauvais religieux. Les autres agissent tout autrement. Les mauvais honorent Dieu en paroles et leur cœur n'est que luxure ; alors qu'ils passent leurs jours à chanter dans le chœur, leur cœur est toujours prêt à détourner le bien des veuves et des orphelins. Les nonnes qui devraient être l'honneur du Christ en sont la honte; elles ne s'occupent que de leur bien-être ; il leur faut un vêtement d'hiver et un vêtement d'été et autres choses superflues. Elles font aux moines des mets délicats et aussi des enfants. Dieu est courroucé contre les moines et contre Rome.

« Rome est le principe des péchés, la reine des iniquités, de la superbe, de la luxure et de tous les vices; elle est la cause des erreurs des prêtres, des nonnes, des chrétiens; en elle se trouve toute scélératesse. Dieu punira d'abord le clergé. On dit aujourd'hui : « Heureuse la maison qui a la tonsure; il viendra un temps où Ton cachera la tonsure... »

Le barnabite Lorenzo Davidico, qui vivait au milieu du siècle (1513-1574^) et qui parlait en connaissance de cause 1, fait un tableau certainement

1. n attaqua vivement dans ses écrits et par la parole les hérétiques, bien que sa vie ne fût pas exemplaire et donnât prise à leurs plus amèies critiques. Son livre, Anatomia delli vitii, contient au chapitre LXXXVIII, une philippique des plus virulentes contre le clergé. Davidico fut un des témoins à charge dans le procès du

ATTAQUES CONIRE LE SAINT-SIÈGE

trop chargé, mais vrai quant au fond, du clergé italien de cette époque : « Combien de prêtres sont simoniaques, ambitieux et débauchés ! dit-il. Combien portent des armes comme des soldats ! Combien disent deux messes par jour alors qu'ils n'en devraient dire qu'une par an! On vend le sang du Christ. »

L'aveu de l'historien Guicciardini montre que, même parmi ceux qui profitaient des abus, il y avait un sentiment de révolte ; s'il n'éclatait pas, c'est que le souci du bien-être s'y opposait : « Auri sacra famés quid non mortalia pectora cogis? »

« Je ne sais, écrivait Guicciardini, ce qui me déplaît le plus de l'ambition, de l'avarice ou de la mollesse des prêtres... Cependant les situations que j'ai occupées sous plusieurs pontifes m'ont obligé à m'attacher, dans mon propre intérêt, à leur grandeur. N'avait été cette nécessité, j'aurais aimé Martin Luther comme moi-même, non pour me délivrer des lois qu'impose la religion chrétienne selon qu'on l'interprète et qu'on la comprend, mais pour voir réduire dans ses justes limites cette troupe scélérate, c'est-à-dire pour la voir ou bien sans vices ou bien sans autorité ^ »

cardinal Morone; Morone lui répondit victorieusement et le convainquit d'avoir parlé uniquement par passion. Voir Taccui Ven- TORi, p. 35, donnant la bibliographie de Davidico elle chapitre consacré à Paul IV dans la seconde partie de cet ouvrage.

1. Ricordi politici e civili, XXVUl, Florence, 1857, vol. 1, p. 96. Dans un autre passage il répète la même pensée presque dans les mêmes termes (CCCXLVI, p. 203) : « J'ai toujours souhaité la ruine du Saint-Siège et mon sort a voulu que deux pon-

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Certes il faut faire la part de la violence habitueUe du langage à cette époque et de Fexagératiou propre aux discussions de ce genre. Il n'en demeure pas moins que les attaques des prédicateurs protestants durent paraître, auprès de ces diatribes, fort anodines et de peu de conséquence. Et ceci en explique la longue impunité. En outre, elles conduisaient les esprits à admettre qu'il y avait lieu de critiquer TÉglise et qu'elle avait grand besoin d'être épurée et amendée.

Au surplus, la conduite d'une partie du clergé tant séculier que régulier justifiait pleinement, comme on va voir, les plus vives critiques.

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