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Tacchi-Vknturi, p

LA DÉFORMATION A VENISE

ment célébré ses œuvres, il l'exhorte à poursuivre, sans aucune relâche, la défense du Christ dont il s'était fait jusqu'alors le champion et il lui rappelle que ses coreligionnaires vénitiens comptent fermement sur lui et le seconderont. c< Plus grande est la méchanceté de nos ennemis que vous connaissez bien, dit Rosselli, plus âprement il vous faut les combattre ^ »

Dans un rapport qu'il adressa au souverain pontife en 1532, Carafa insistait sur le danger de la situation, a La majeure partie des Vénitiens dans les classes éclairées, écrivait-il, ne vont plus se confesser même le jour de Pâques » et il énumère les causes de cet éloignement qui lui paraissent être la décadence de l'épiscopat, la nonrésidence des évêques^, la tolérance accordée à la vente des livres hérétiques, enfin l'influence prépondérante qu'avaient prise les franciscains auprès du tribunal inquisitorial. Carafa, il ne faut pas l'oublier, était dominicain. Plusieurs moines franciscains, disait-il encore, avaient abandonné leur cloître pour répandre dans la population les plus funestes doctrines ; deux d'entre eux, Galateo et Alessandro, venaient d'être mis en prison mais un autre nommé Bartolo et plusieurs de ses compagnons poursuivaient leur campagne. Carafa proposait comme remède, la constitution d'une

1. G. CoELESTiNUS, Histo?ùa Comitiorum anno 1530 Augustae Celebraiorum.... Leipzig, 1597, vol. II. foi. 274, vol. III, fôl. 18.

2. On verra plus loin que le Conseil des Dix partageait cet avis. Cf. Pastor, trad. fr., vol. X, p. 317,

commission chargée de mettre fin d une part aux abus et d'autre part au mouvement réformiste, et comme il avait pratiqué étant à Rome les commissions et qu'il savait comment elles fonctionnent, il suggérait de composer celle-ci d'un petit nombre de membres, a Mieux vaut peu de bons que beaucoup de mauvais », disait-il. Cette commission aurait été formée du patriarche, des évêques, des généraux d'ordre et de personnes « d'une piété

éprouvée ».

Pour le moment, le Saint-Siège se borna à recommander au nonce de surveiller attentivement l'introduction des livres défendus (16 février 1532^), mais Garafa quitta Venise et ce fut son successeur, le célèbre Aleandro, évêque de Brindisi, qui l'année suivante, le 12 avril 1533, prit en mains cette affaire. Sentant bien à quel point la situation était délicate et qu'il fallait user de ménagements, ce grand adversaire du protestantisme se garda d'agir avec rigueur et tout au contraire, demanda au pape de lui envoyer un bref l'autorisant à absoudre les luthériens repentants de même que ceux qui auraient fait des lectures dangereuses car, écrit-il, « beaucoup acquièrent des ouvrages défendus sans en demander la permission et s'endurciraient dans leur faute si on les persécutait ». Il lui paraissait même profitable que certaines personnes puissent consulter ces livres librement pour les réfuter, ad confutendum.

i. FoNTANA, Doc. Vat., p. 128.

LA REFORMATION A VENISE

Les ouvrages de ce genre se répandaient, au reste, de plus en plus. Aleandro écrit au pape, en mai 1533, qu'un pamphlet « rempli de poison » a été introduit à Venise par 5uite de l'incurie d'un inquisiteur spécialement chargé par le conseil des Dix de censurer les livres qui étaient importés d'Allemagne. Ordre fut donné de le détruire. Le nonce demandait, à cette occasion, que défense fût faite à Venise d'imprimer aucun livre sans son approbation ^ Mais c'était là un pouvoir que la République ne pouvait guère lui reconnaître.

Un peu plus tard, il y eut pis; un livre « épouvantable » fut apporté d'Allemagne et il eut tant de succès qu'aussitôt un imprimeur vénitien en fit une édition; le titre en était Unio dissidentium^ . Aleandro le trouvait d'autant plus dangereux que, sous couleur de rechercher le bien de la religion et en se couvrant de l'autorité des Pères de l'Eglise, l'auteur ne tendait à rien moins qu'à préconiser les plus pernicieuses erreurs. Aleandro imagina donc de demander au pape, dans une lettre datée du 14 mars 1534, de « le chapitrer sérieusement » à propos de ce livre afin qu'il pût se prévaloir de ces remontrances auprès du Conseil des Dix pour réclamer des mesures de rigueur^.

Ce n'était pas seulement dans la classe éclairée que les doctrines allemandes avaient conquis des

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