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nagea les protestants et l'Inquisition y fut plus contenue par les autorités civiles qu'elle ne l'était même à Venise. Les condamnations n'avaient pomt la sévérité qu'on rencontre ailleurs; c'est ainsi que certains hérétiques notoires sont condamnés à la prison dans leur propre maison, ou bien dans leur cellule, quand ils étaient moines. Un relaps deux fois poursuivi s'en tire la troisième fois avec une condamnation à la prison perpétuelle (18 janvier 1583). Ailleurs il aurait été brûlé dès sa seconde faute. Fréquemment les relaps sont simplement bannis. Après quatre ans de détention, un condamné à vie obtient la liberté moyennant le don d'une chasuble de 6 ducats. Comme en tant d'autres lieux, les prisons étaient mal sûres ou mal gardées ; un prêtre, arrêté à Go*itz comme propagateur d'hérésie est condamné à la prison perpétuelle (2 août 1587); deux ans après il s'échappe avec neuf de ses codétenus.
L'Église cependant avait à se défendre ; les procès d'Inquisition montrent lelnombre considérable des hérétiques ;"'chanoines, prêtres, moines, docteurs en droit, médecins, artisans et gentilshommes se trouvent parmi les suspects et figurent dans les jugements. Dès 1550 (31 mars), le conseil communal d'Udine prenait une délibération relative « auchâtiment eti à l'écrasement » des hérétiques, et depuis les décisions de ce genre abondent dans les fastes municipaux de la région.
suiv. GuN GiusEPPE LiBBTi, Notizie délie cose del Friuli, Udine, mi, vol. V, I, P- 203.
LA REFORMATION DANS LE FHlOUb.
On rencontre des jugements singuliers; pour avoir proféré des paroles sacrilèges étant un peu pris de vin, un homme est condamné à ne boire pendant deux semaines que de l'eau rougie « vinum mixtum aqua ad medietatem ».
, Un habitant de Lavariano qui avait nié la vertu de l'eau bénite fut obligé de se rendre chaque jour pieds nus dans une église pour y chercher de l'eau bénite dont il devait s'asperge rj matin et soir. Il dut, en outre, remplacer gratuitement le familier de l'Inquisition chaque fois qu'il serait malade ou absent.
La confiscation était, comme à Venise, chose rare; l'ordonnance du Conseil des Dix (5 novembre 1568) qui ordonnait de remettre à leurs héritiers les biens des condamnés à condition qu'ils ne s*en servissent pas en faveur de ceux-ci, fut généralement observée.
En 1572, une curieuse légende se répandit. Un certain Heboini avait été enfermé comme « hérétique pestiféré » ; il mourut en prison ; un charretier fut chargé d'aller jeter son cerceuil dans la rivière voisine ; pendant qu'il l'y conduisait un vent violent s'éleva qui prit bientôt une telle force que la charrette en fut renversée ; le cercueil s'ouvrit et le conducteur vit avec effroi que le visage du mort était labouré de coups de griffes. Il referma tant bien que mal le cercueil et reprit sa route, mais une nouvelle bourrasque survint accompagnée de grêle et de neige ; le ciel s'obscurcit et devint opaque; de nouveau le cercueil fut jeté bas; il s'ouvrit;
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le cadavre avait disparu; le diable impatient l'avait
déjà emporté.
De telles histoires habilement propagées devaient faire plus que les rigueurs inquisitoriales pour écarter de la Réforme les esprits simples.
Les représentants des cités du Frioul résistèrent constamment aux empiétements des tribunaux ecclésiastiques ; plus d'une fois ils adressèrent à ce sujet des suppliques au patriarche ou aux autorités vénitiennes.
En 1579, le « lieutenant » Daniele Foscarini annula un procès de l'Inquisition parce que les deux magistrats laïcs et le représentant du gouvernement n'avaient pas été convoqués. L'année suivante, son successeur prit une décision semblable.
En 1575, la ville de Villach était a infestée d'hérésie » par la faute du patriarche d'Aquilée •qui avait accordé aux autorités locales le choix de désigneras curés des paroisses; or ceux qui étaient ainsi choisis avaient, paraît-il, des sentiments hérétiques. Le nonce fut même chargé de le réprimander et de lui rappeler qu'il avait charge d'âmes^
On trouve des réformés à Trévise, àConegliano, à Bellune où Giulio Maresio professait ouvertement les doctrines luthériennes; il fut condamné à cinq ans d'exil, revint, fut de nouveau arrêté et, cette fois, condamné à la peine de mort qu'il subit,
LA REFORMATION DANS LE FRIÔUL
ce semble, à Rome, le 1" octobre 1567, en même temps que Garnesecchi*.
Un inquisiteur envoyé à Bellune, ne put exercer ses fonctions malgré l'intervention du nonce, parce qu'il n'était pas natif de la ville^.
A Dignagno et à Pola, la majorité des habitants s'étaient détachés du catholicisme; on ne disait plus qu'une courte messe chaque jour; les reliques de sainte Lucie avaient été envoyées ailleurs; il n'était partout question que de controverses religieuses (1549). Dans le cloître de S. Clara àUdine, il y avait, en 1550, cinq nonnes luthériennes^.