CHAPITRE IV
Seconde guerre de religion. — Rappel de Puygaillard. — L'échevinage lutte contre le nouveau gouverneur, M. de Vassé : importance croissante de la mairie. — Pierre Ayrault. — Retour de Puygaillard. — Troisième guerre religieuse. — Combats de la Levée. — Les Torcheurs de rottes. — Exactions du gouverneur et du roi. — Angers, place d'armes des catholiques. — Second voyage de Charles IX en Anjou. — Paix de Saint- Germain.
Les grands incidents militaires qui appartiennent a la seconde guerre religieuse se passèrent hors de l'Anjou. Louvet ne dit qu'un mot de la bataille de Saint-Denys et, de la mort du connétable. Cependant Angers et surtout les campagnes environnantes se ressentirent cruellement de ces sanglantes perturbations.
Les communications avec la cour étant interceptées, le maire prit d'urgence les mesures nécessaires à la sûreté
de la ville; il mit sur pied les milices bourgeoises, leva des compagnies soldées, et fit fondre des canons (1). Un nouveau courrier, parli le 7 octobre, réussit à échapper aux huguenots, rejoignit le roi à Paris et lui remit le message, des magistrats d'Angers. Charles IX envoya aussitôt un de ses gentilshommes, nommé de Vassé, pour remplacer en Anjou le sieur de Puygaillard, rappelé à la tête de sa compagnie. Le nouveau gouverneur présenta dans rassemblée du 18 octobre des lettres du roi. Le souverain louait la diligence des magistrats municipaux , et , pour compléter leurs moyens de défense, leur adressait trois commissions : « l°Au lieutenant du comte de Brissac, capitaine du château, pour lever quarante hommes, lui compris, pour renforcer la garnison ordinaire ; 2° pour lever trois cents hommes sous deux bons que vous eslirez des bourgeois de vostre ville, le nom desquels est laissé en blanc; 3° de même en blanc, pour lever quarante arquebuziers à cheval sous quelque gentilhomme ou aullres que vouldrez (2). » Il paraît que les échevins s'étaient remis de leur première émotion. Ils refusèrent d'employer les commissions, que la cour leur accordait si gracieusement: Ils prièrent même le roi de ne pas envoyer de troupes étrangères dans la ville, l'assurant que les compagnies de bourgeois suffisaient à la défense (3).
On voit aussi renaître dans le corps municipal les sentiments de modération qui avaient semblé s'éteindre pendant la dictature de Puygaillard. De Vassé proposait
(1) Registres, an 1567, f° 57 r°.
(3) Jd., f° 130 r«\
d'expulser les protestants en masse (1). Les échevins se refusèrent à ces nouvelles proscriptions, et modifièrent l'arrêté qui leur était soumis par le nouveau gouverneur. « A esté advisé que les conclusions d'aultrefois tiendront, et icelles amplifiant, a esté délibéré que ceulx de ladilte oppinion qui seront tolérés en ville seront tenuz, dedans trois jours, se consigner et présenter en la maison d;j rhoslel de ville, par davant Mer le Gouverneur, dire et déclarer, jurer et affirmer solempnellement de cueur et de bouche, sur les saincts et sacrés évangilles, qu'ils se contiendront dans l'obéissance dudii gouverneur et de l'hoslel et maison de ville, sans s'esmouvoir ne eslever, avoir ne retenir armes quelle quel soit et demeureront ildelles au Roy et aux habitants catholiques et de l'ancienne relligion, n'auront faction, participation, ne inleligence avecq ceulx qui se sont ellevez et piïns les armes contre l'auclorité et magcslé du Roy, ne les favoriseront et ne les sousmèneront de conseil, de biens, ne d'aullre ayde, faveur ne subvention quelconque, mais au contraire où ils se présenteront contre la ville qui leur y résisteront à leur pouvoir, et ayderont à les repoulser
(1) « Fault i'airc commandement à tous ceulx de la nouvelle relligion de ceste ville, qu'ils aient à sortir hors ceste ville dedans vingt-quatre heures après la publication qui sera faicte, sur peine de confiscation de corps et de biens , sans louttefois y pouvoir rentrer jusqu'à ce qu'il en ait été autrement ordonné, excepté ceulx qui sont à présent niallades et personnes vieux, ne pouvant porter les armes, lesquels toultel'ois seront mis en ung rôle qui me sera apporté pour savoir le nombre qui en restera en ceste ville ; et ceulx qui en sortiront n'emporteront et ne pourront sortir aulcuncs armes, syuon que l'espée et la daigne. » Registres, f° 89 r.
comme les aultres habitants, s'ils en sont requis, sans se y espargner, jusqu'à l'extrémité de leur vie, et où ils ne vouldront faire ledict serment, seront tenuz vuidcr comme les aultres ; le tout par provision et jusqu'à ce que aullrement en soit ordonné par sa Mageslé, à la charge qu'ils se contiennent en leurs maisons et n'en sortiront depuis six heures du soir jusques à sept heures du matin, le tout sur peine de confiscation de corps et de biens (1). »
Assurément cela n'était pas encore de la tolérance ; on ne pouvait guère y songer en pleine guerre religieuse. Mais le conseil était déjà bien loin du système mis en pratique par Montpensier et Puygaillard. Le serment qu'il exigeait était-il autre chose qu'une simple formalité? Les protestants n'avaient pas sérieusement à craindre que les catholiques les missent jamais, en leur rendant leurs armes, dans l'alternative de se parjurer ou de combattre leurs coreligionnaires. Quant à l'espèce de claustration qui leur était imposée, n'étail-elle pas préférable aux misères et aux angoisses de l'exil? Tout porte d'ailleurs à croire que les rigueurs de l'ordonnance s'adoucissaient dans l'usage. Les magistrats fermaient les yeux sur les contraventions qui ne troublaient point le repos public, et les honnêtes gens de mœurs paisibles, qui voulaient rester étrangers aux factions, pouvaient vivre sans crainte dans leurs familles et vaquer sans entraves à leurs affaires privées.
Cette conduite si remarquable du corps de ville ne témoigne pas seulement de la politique réservée de la bour-
(1) Registres, f° 91 v°.
geoisie- elle s'explique aussi par les idées nouvelles d'indépendance qui commençaient à prévaloir dans les villes. On a souvent remarqué que les grands seigneurs profitèrent des troubles pour tenter la reconstitution de la féodalité. Le réveil de l'esprit communal, qui a moins frappé l'attention des historiens, mérite à coup sûr autant d'intérêt. A mesure que le pouvoir royal, battu en brèche par les factions, devient plus inhabile à maintenir la centralisation politique et administrative, les bourgeoisies de provinces s'émancipent, et leurs magistrats essaient de faire revivre les traditions oubliées des consuls et des jurais du xne siècle.
Cette tendance se manifeste fréquemment dans les registres des conclusions de l'hôtel-dc-ville d'Angers. Les bourgeois ne songeaient pas à rompre les liens qui les rattachaient à la couronne'; ils affectaient, au contraire , un dévouement sans bornes à la royauté. Mais, tandis qu'ils prodiguaient des hommages sans conséquence à un pouvoir affaibli par l'anarchie et placé si loin qu'il ne pouvait exercer aucune action directe , ils contestaient l'autorité de ses principaux agents , et s'efforçaient d'affranchir leurs actes de toute surveillance. Le maire, gardien jaloux de la charte, était chaque jour en conflit avec le gouverneur de la ville ou le capitaine du château. Il éloignait les garnisons qui auraient assuré la prépondérance des officiers du roi , et ne souffrait dans la ville que les milices bourgeoises dont il était le premier capitaine. Il se donnait même au besoin l'importance d'un chef militaire en s'entourant d'une sorte de garde qui rappelait sans doute à l'imagination flattée de ce
conseil municipal les licteurs des magistrats romains (1).
M. de Vassé, gouverneur de la ville, s'opposait vivement aux empiétements de l'échevinage. Ce gentilhomme était, suivant Brantôme (2), « un très bon et vaillant capitaine; » il avait fait sa réputation dans les guerres du Piémont , et devait son avancement autant à ses mérites qu'à la protection du connétable de Montmorency. Mais il était aussi d'humeur peu accommodante « haut à la main, collère et bizarre. » Il ne tarda pas à se choquer violemment au conseil de ville, au point que plus d'une fois des collisions sanglantes éclatèrent entre les soldats des compagnies bourgeoises et les gentilshommes du gouverneur (3). Le danger commun rapprochait seul de temps en temps les deux pouvoirs rivaux : l'ennemi était aux portes.
Bien que la guerre proprement dite n'eût pas son théâtre en Anjou, la province n'en souffrait pas moins tous les
(1) Registres, novembre 1567, f° 131. « Le maire a remonstré à la compaignée qu'il a eu cest honneur d'eslre choisi pour chef d'icelle et cappitaine de la ville; que faisant sa charge à faulte de forces luy ont esté faictes plusieurs braveries et injures , la continuation desquelles tournera au deshonneur de luy et de ses successeurs et de la compaignée que les roys de France ont honoré de grands et beaux privilléges. Demande que pour la seureté de sa personne il plaise à la compaignée lui accorder telle garde qu'il luy plaira adviser pour évitter à telle contumélie et ad ce que sans craincte il puisse faire sa charge. Sur ce, a esté ordonné que ledict maire aura pour la seuretté de sa personne par chascun jour pour sa garde et conduitte six soldartz aux despens de cestc maison à raison de dix livres tournois pour chascun soldart, jusqu'à ce que aultrement en soit ordonné, et lesquels seront révocables toutefois et quant bon semblera convenable à la compaignée. »
(2) Capitaines francois,p. 386.
(3) Registres, an 1567, fos 117 r°, 160 v°.
maux qu'elle entraînait à sa suite. Les partisans infestaient la campagne, les gentilshommes ruinés organisaient le brigandage, la société tombée dans l'anarchie semblait livrée sans défense à des malfaiteurs de toutes conditions. C'est dans ces circonstances difficiles que le glaive de la justice fut remis dans la main vigoureuse d'un des hommes les plus remarquables de l'histoire d'Anjou. Louvet, qui admire rarement, et qui n'adresse jamais aux gens du roi que d'amères récriminations ou de lourdes épigrammes , parle avec une sorte de vénération de Pierre Ayrault, installé le 12 janvier 1568, dans la charge de lieutenant-général criminel (1).
Pierre Ayrault appartenait à une de ces grandes familles de bourgeoisie qui formèrent la noblesse de robe. La science du droit, l'amour des lettres, le goût des anciens et surtout ces fortes vertus qu'on a nommées les vertus romaines, se perpétuaient dans sa maison comme un pieux héritage. Son père, René Ayrault, avait rempli les fonctions d'échevin et de maire, et son nom est resté attaché à l'un des ports d'Angers. Jeune encore , Pierre avait débuté dans le barreau de Paris, et, plus heureux que son compatriote, Jean Bodin , il s'y était acquis une grande réputation. Le parlement n'avait oublié ni son talent ni la gravité de son caractère : aussi lui fit-il l'honneur de le confirmer dans sa charge de lieutenant-criminel sans le soumettre à l'examen ordinaire. Pierre Ayrault éleva son office, comme le voulait l'orateur de 1560, à la dignité d'un sacerdoce. Dans ce siècle agité par tant de tempêtes, alors que la conscience publique se troublait quelquefois,
(1) Louvet, i. Ier, !'u 66 r°.
et que les âmes les plus ënergiquement trempées avaient leurs jours d'incertitude et de défaillance, le vertueux magistrat suivit d'un pas toujours ferme et mesuré la voie droite du devoir. Le peuple tremblait devant Pierre qui ne rit point (1) et admirait d'instinct l'austère justicier, impassible comme la loi, et frappant le crime sans hésitation, sans ménagement et sans crainte (2). Louvet peint tout son ministère en quelques mots : « lequel sieur Ayrault, a bien dignement exercé ledict estât pour avoir bien et sainctement rendu la justice à l'endroict des méchants qu'il a faicl pugnir suyvant leurs démérilles, et particulièrement il a bien faict coupper des testes à ung grand nombre de gentilshommes de ce pais d'Anjou qui estoient mauvais et qui l'avoient bien mérité, et faicl mourir grand nombre d'aullres méchants durant qu'il a vescu (3). »
Pierre Ayrault s'était mis en relations, pendant son séjour à Paris, avec tout ce qu'il y avait en France d'hommes distingués dans la science et dans les lettres. Cujas, Bodin, Loisel, Pierre Pithou, Eslienne Pasquier, Turnèbe, de Thou étaient ses amis (4). Le magistrat angevin était digne de cet illustre commerce, non seulement par ses doctes travaux (5), mais aussi par ses idées
(1) Louvet. Cathalogue des autlieurs angevins les plus renommés, à la suite du journal, f° "21 1 r°. Voir Vita Pétri Œrodii quœsitoris Andecavensis, scriptore Œgidio Menagio.
(2) Ménage. Vita Pétri Œrodii, p. 17, « scoputum reorum Andes mm appellitabant . »
(3) Louvet, t. Ie'-, f° 66 r°.
(4) Ménage, Vita Pétri Œrodii, p. 29.
(5) On a de lui des plaidoyers et plusieurs traités. Le plus célèbre est intitulé De jure patrio. Pierre Ayrault l'écrivit à l'occasion de son fils René, qui, étant entré chez les Jésuites contre son gré, se cacha
libérales. Étranger aux passions et aux préjugés du vulgaire, il réglait sa conduite, non sur des maximes douteuses qu'un siècle met en honneur et qu'un autre réprouve, mais sur ces principes éternels qui restent à l'usage de tous les temps. Bien qu'il fût catholique sincère et qu'il envoyât ses fils au collège de Clermont , il pratiquait la tolérance religieuse et ne regardait pas comme un devoir de défendre sa foi en versant le sang des hérétiques. L'office de lieutenant-criminel lui ayant donné entrée aux corps de ville, Pierre Ayrault y fortifia le parti des modérés de tout l'ascendant que lui assuraient son éloquence, ses talents et ses vertus.
Au mois de février 1568 , la guerre se rapprocha d'Angers. Condé, renforcé par les lansquenets et les reîtres du comte Palatin, se porta sur la Loire, dégagea Orléans qu'assiégeait l'armée royale, et s'empara de Bcaugency et de Blois. Les populations catholiques fuyaient à son approche (1). On craignit une tentative des protestants sur Angers. Le Prince-Dauphin et Puygaillard y amenèrent des troupes (2). Mais quelques jours après, l'annonce d'un nouvel édit de pacification, signé à Longjumeau, dissipa les alarmes.
sous un nom d'emprunt et se déroba à toutes les recherches. Cette affaire fit grand bruit. Le malheureux père accusa la Compagnie de rapt, fit intervenir sans succès le roi Henri III, le pape lui-même, et remplit vainement la chrétienté entière de sa douleur et de ses plaintes éloquentes. Voir id., ibid., p. 35.
(1) De nombreux fuyards cherchèrent un asile à Angers : ils arrivaient avec leurs femmes, leurs enfants, leurs serviteurs, « tant par batteaulx que par charrettes, et estoit chose pitoiable de voir tous ces pauvres habitants réfugiez. » Louvet, t. i, f° GG v°.
(2) Id., !'" 67 r°.
Cette paix ne réconcilia point les deux partis ; ce ne fut qu'une suspension d'armes de quelques mois. Elle n'avait pas d'autre caractère dans la pensée de Catherine, qui, effrayée de l'esprit révolutionnaire de la secte, se laissait enfin entraîner par l'opinion publique vers les résolutions violentes. Désabusée delà modération par une expérience de huit années, elle se déterminait à ne plus chercher que dans la force le salut de la couronne. La disgrâce de Michel l'Hôpital ne laissa aucun doute sur la phase nouvelle dans laquelle entrait la politique changeante de la reine-mère.
La cour avait désormais besoin d'hommes énergiques à la tête des provinces. De Vassé, affaibli par l'âge et la maladie, fut remplacé dans le gouvernement d'Angers. Son successeur fut Puygaillard, qui, on s'en souvient, avait déjà donné des gages éclatants de sa vigueur et de son zèle catholique (1). Le premier acte de l'ancien lieutenant de Montpensier, en remontant au pouvoir, fut une sorte de mise en demeure adressée aux sectaires. Ils furent sommés de prendre l'engagement formel de ne rien tenter contre le trône ; le gouverneur promettait à ce prix de les proléger dans leurs biens et leurs personnes ; il ferait justice de tout perturbateur, à quelque religion qu'il appartînt (2). Huit prolestants se présentèrent à l'hôlel-de-ville, firent serment de fidélité et déclarèrent, au nom de leurs coreligionnaires, qu'ils
(1) Puygaillard prit possession du gouvernement au mois de juillet. Sa commission remontait au mois de mars; mais de Vassé avait refusé de se retirer à cette époque, et en avait référé au roi qui dut lui réitérer Tordre de résigner ses pouvoirs Registres, an 1568, f° 229 r°.
ne troubleraient en rien la tranquillité publique (1). L'arrivée de Puygaillard avait réveillé les sanglants souvenirs de 1562. Mais si son nom seul était une menace pour les protestants, la population catholique se défiait aussi de son caractère despotique et de sa turbulente activité. Ses habitudes méridionales, sa familiarité gasconne, choquaient la morgue des nobles angevins, blessés d'être traités comme compagnons par cet officier de fortune. Il s'agilait sans cesse, et, par une intempérance de zèle commune aux parvenus, il compromettait les intérêts de son parti et de son maître. Nous avons vu son nom à la tête de la liste des nobles qui signèrent le projet de ligue de l'évêque Gabriel Bouvery. Il reprit en sous-œuvre cette tentative avortée. Le 15 août, il convoqua les gentilshommes au Palais-Royal et les somma brusquement de déclarer « quel party ils voulloient tenir, du costé du Roy ou des Huguenots. » Les chefs des plus grandes maisons du pays, les La Trémoille , les Du Bellay, les Plessis- Chivré, les Plcssis-Baudouyn, assistaient à l'interpellation. Quelques-uns furent peut-être embarrassés; la plupart manifestèrent leur dédain pour ce capitaine de petite maison qui osait parler si haut. Puygaillard n'obtint aucune réponse. « Rien, dit Louvet, ne fust terminé ni conclu, à raison de la malladie du sieur de Puygaillard, joinet que la noblesse d'Anjou ne lui voulloit obéir, parce qu'il n'estoit du pais et qu'il esloit de bas lieu, comme le bruict en estoit (2). »
Cependant la paix de Longjumeau était déjà rompue. L'astucieuse Catherine, s'essayant à ce guet-à-pens dont
(1) Registres, an 156S, f» 275 r°.
(2) Louvet, t. i, f° 70 r».
la pensée la suivait depuis Bayonne, avait failli enlever au château de Noyers, en Auxerrois, le prince de Condé et l'amiral Coligny. Les chefs huguenots se sauvèrent à grand peine vers la Loire , et expédièrent dans toutes les directions des courriers chargés d'avertir leurs amis. Pour la troisième fois, la cause relevait son drapeau de guerre (25 août 1568).
L'Anjou fut bientôt en feu. Les prolestants, après avoir saccagé Châteaugontier, s'assemblèrent de. tous côtés el se préparèrent à passer la Loire pour gagner La Rochelle, rendez-vous indiqué par Condé. Angers vit arriver dans ses murs une grande partie de la population de la province : les gentilshommes qui accouraient à leur point de ralliement naturel ; les bourgeois des villes ouvertes, qui redoutaient les excès de la soldatesque ; les paysans qui emportaient à la hàle ce qu'ils pouvaient soustraire aux coureurs de l'ennemi. « Comme aussy les religieux de Saint-Sierge, Saint-Nicollas , et aultres gens d'église se vindrent resfugier en laditle ville où ils apportèrent tous leurs joyaux de leurs églises et aultres biens pour leur sûreté. » Puygaillard dressa des compagnies el les envoya couvrir la campagne. Mais Louvet confesse que les soldats catholiques n'étaient ni moins brutaux ni moins avides que leurs adversaires, et qu'ils firent beaucoup de mal sur le pays (1).
Jusqu'alors Condé , se berçant de l'espoir d'enlever la cour de vive force ou par un coup de main , et de régner ensuite au nom du roi, avait toujours concentré ses troupes dans les provinces du nord et dirigé ses coups au-
(1) Louvet, t i, f° 71 r».
lour de Paris. Obligé de renoncer à son rêve et regrettant peut-être d'avoir sacrifié les intérêts de son parti à son ambition personnelle, il porta son quartier-général dans le midi au milieu de populations en grande partie favorables à la Réforme. Il ne combattait plus pour l'empire, mais pour la liberté et pour la vengeance. Les provinces du midi, soulevées à sa voix, formèrent bientôt une sorte de royaume protestant , dont La Rochelle fut la capitale. Dandelot avait été chargé de conduire dans le Poitou les calvinistes de la Rretagne, de la Normandie, de l'Anjou et du Maine. Sept à huit mille hommes se rassemblèrent dans la vallée de Reaufort en Anjou , commandés par Dandelot, La Noue, Lavardin , Monlgommery. De là ils se portèrent sur la levée qui borde la Loire. Puygaillard avait fait retirer tous les bateaux. Les prolestants embarrassés cherchèrent vainement un gué, et craignant de s'engager dans un fleuve encombré de sables mouvants , et semé d'îles touffues où se cachaient peut-être des embuscades, ils songèrent à s'emparer de Saumur, afin d'avoir désormais une porte toujours ouverte entre le midi et le nord. Monlpensier, pressentant leur dessein , amassa des troupes sur le point menacé, et demanda des secours au gouverneur d'Angers et à celui de Rrelagne. Martigues et Puygaillard, ayant réuni à la hâte les gentilshommes catholiques, se dirigèrent sur Saumur, livrèrent trois combats sur la levée, percèrent d'un élan irrésistible à travers l'armée protestante et rejoignirent Montpensier (1). Les combats de la levée firent le plus
(1) Les détails sont connus; Louvet n'en fournit pas de nouveaux. Voir d'Aubigné, Hist. unir., t. i, p. 26i. De Thou, liv. xliv, p. 549. Roeer, p. VM. Rangeant, p. fil. Rodin, Rerh. sur Ir Hou! -Anjou, t. II.
grand honneur à ces « hazardeux.» Les calvinistes étaient en plein désarroi, et les chefs, redoutant une catastrophe, agitaient tour-à-tour, dans leur perplexité, les expédients conseillés par l'audace ou dictés par la prudence. Vers le milieu de la nuit, Monlgommery mit fin à l'anxiété générale en annonçant qu'on avait trouvé un gué au village des Rosiers. « Et lors toutes ces troupes , avec une grande allégresse , se misrent à l'eau, la cavalerie à gauche, pour rompre le fil, les plus petits dans le milieu des rangs; mais il s'en fust perdu la pluspart sans un heur non pareil, ce fut que la rivière s'eslant diminuée d'un pied et demi durant le passage de quatre heures, se renfla vers la fin. Nous dirions avec crainte ces courtoisies de Loire, si nous n'avions tous ceux qui ont escrit pour garimant (1). »
Puygaillard et Montpensier eurent un instant l'idée de poursuivre Dandelot au-delà de la Loire. Ils consultèrent la cour, qui leur envoya l'ordre do rester sur la rive droite. La partie méridionale de l'Anjou fut ainsi exposée aux entreprises des huguenots. Ils brûlèrent l'église et le château de Montreuil-Bellay, pillèrent l'abbaye de Saint- Florent, et, descendant ensuite sur les Mauges, ils occupèrent Chalonnes, incendièrent l'église, tuèrent les prêtres et emmenèrent grand nombre de prisonniers, qui furent mis à rançon (2).
Le nord de la province ne souffrait guère moins des troubles, quoique les troupes régulières s'en fussent éloignées. Des compagnies d'aventuriers, formées sans com-
(!) D'Aubigné, Hist. univ., 1. 1, p. 269. (2) Roger, p. 435.
mission et vivant de brigandages « volloienl et pilloient le peuple et les marchands , qui csloient plus méchants que barbares, que personne n'osoit aller ni venir en seurelé. » Louvet les nomme Torcheurs de rottes; ils rappellent les routiers et les grandes compagnies du xive siècle. Puygaillard ajoutait par de cruelles exactions aux malheurs de la guerre. Il exigeait sans cesse de nouvelles taxes, sous prétexte de défendre la ville, que les protestants ne menaçaient point , et de poursuivre les malfaiteurs, dont il ne parvenait point à purger le pays. Si quelque ville de la province osait résister à ses injustes prétentions , il y envoyait ses compagnies en logement (1). C'est à Angers surtout que s'exerçaient les concussions de l'avide capitaine Les paroisses se plaignirent enfin au roi et en obtinrent, suivant Louvet (2), des lettres patentes « contenant deffense audicl sieur de Puygaillard, à M. de Beaumont, maire, et au procureur du Roy, de non à l'advenir lever aulcuns deniers sur les habilants. »
Au milieu de ces souffrances et de cette anarchie sociale, les mœurs publiques prenaient de jour en jour un caractère plus violent. Les meurtres se multipliaient. On ne sortait plus sans armes, et les citoyens les plus paisibles, vaquant à leurs affaires, étaient sans cesse exposés à jouer leur vie dans ces mille rixes qui éclataient à chaque instant dans les chemins, dans les rues, sur les places publiques. La justice elle-même reconnaissait son im-
(1) Louvet, t. i, f° 72 r°.
(2) là., f° 72 v°. On ne les trouve point aux registres de l'hôtel-dcrille.
puissance devant cet effroyable désordre. « Il n'estoit lors Angers faict aulcun exercice en règle de la juridiction pour rendre la justice, et esloit loisible à ung chascun estant sur les champs d'opprimer et vexer ses voisins et disposer de leurs biens et vye, sans qu'il y eut moien en avoir la justice, à raison du mauvais règne qui estoit lors à raison desdicts huguenots qui n'ont jamais faict que du mal et ne feront au royaulme de France (1). »
La situation s'aggrave encore dans le cours de l'année 1569. Le peuple, dont Louvct est toujours l'interprète, s'en prenait à ses magistrats, « tous gens de bien pour le faict et administration de leurs biens seullement ; mais pour le gouvernement et administration de leurs charges et administration des affaires publiques, ils estoient en mauvaise réputation des habitants et du publicq (2). » Ces reproches étaient injustes; il n'était pas au pouvoir de l'échevinage ni du présidial d'écarter de la ville les calamités dont souffrait tout le royaume. Une accusation contre Puygaillard eût été plus fondée. L'insatiable partisan trouvait toujours , dans les diverses phases de la guerre, de nouveaux prétextes à des demandes de subsides. Les échevins et les procureurs des paroisses combattaient vainement ses exigences sans cesse renaissantes (3). Puygaillard avait une armée à ses ordres; il était difficile de lutter avec avantage contre un pareil concussionnaire.
Le roi lui-même commettait des exactions. Les habitants de l'Anjou avaient payé, en 1565, une somme de
(1) Louvet, t. i, f° 73 r°.
(2) Id. ibid.
(3) Registres, au 1569, fos 0 r°, 19 r», 20 r°, 32 v\
20,000 livres pour « l'amortissement et extinction d'un droit de cinq sols par pippe de vin entrant es ville de ce pays et duché d'Anjou. » Le roi ayant dépensé l'argent oublia le rachat et rétablit arbitrairement l'impôt. Toute la province s'émut; les assemblées se multiplièrent à l'hôTel-de-ville (17 juin, 27 juin, 4 juillet 1569.) Le 4 juillet, une convocation extraordinaire réunit les députés des paroisses, du clergé, des abbayes et des villes voisines. C'était une véritable assemblée provinciale. Tous protestent contre la violation du contrat et remercient les échevins d'Angers d'avoir pris l'initiative et « commencé à remédier pour la liberté du pays et comme les chefs et zélateurs de la république (1). » Mais les démarches des magistrats, dépulalions à la cour, requêtes au conseil, lettres et supplications adressées au duc d'Anjou (2), tout est inutile. Une ordonnance royale signée le 18 août 1570 déclare rétabli purement et simplement le droit de cinq sols par pippe. Les habitants furent obligés d'offrir « quelques sommes de deniers » pour obtenir de nouveau l'amortissement de celle aide; le roi finit par s'accommoder de 15,000 livres (16 novembre 1570) (3).
Aux levées d'argent régulières ou extraordinaires se joignirent les réquisitions en nature. Angers, situé dans le voisinage du théâtre de la guerre, était devenu une place d'armes et d'approvisionnements. Les échevins avaient ordre d'entretenir les magasins de vin, de blé, de munitions ; toutes les ressources du pays devaient être à
(1) Reg , an 1574, f° H. Lettres présentées par les députés de Beaufort.
ri) Ibid., f»51.
(3J Ibid., an 1570, f« 197 r°.
la disposition de l'armée du Poitou , commandée par Monsieur. La cour promettait de payer; mais elle n'inspirait que peu de confiance aux fournisseurs (1).
C'est là toute l'histoire de la commune d'Angers pendant plusieurs mois. Elle n'est plus qu'un vaste entrepôt de vivres et d'armes pour l'armée catholique. Les demandes de blé, de vin, de poudre, d'habits, se succèdent dans les registres des conclusions.
Celle situation onéreuse rendait la population attentive aux péripéties du drame sanglant qui se jouait dans le Poitou. La mort de Condé à Jarnac, la première apparition de Henri de Béarn, la gloire naissante du duc d'Anjou, l'inébranlable constance de Coligny, l'arrivée et la destruction des bandes allemandes, tous les bruits de celte lutte acharnée, éveillaient les échos de la province et passionnaient diversement les esprits. D'ailleurs un grand nombre d'Angevins y prenaient part : le gouverneur avait conduit au camp sa compagnie, et l'on savait que la noblesse presque tout entière, répartie dans les deux armées, y payait bravement de sa personne. L'Anjou pleura surtout un jeune héros issu de la plus illustre famille du pays, ce Timoléon de Brissac, qui, par sa beauté et sa bravoure, rappelait les héros des épopées antiques (2). Mais les deuils de famille se perdent bientôt
(1) Reg., an 1569, 22 juin, f° 40 v°. Lettre du roi Charles IX à Puygaillard... «Je vous prie que vous faictes venir par devers vous aulcuns des meilleurs marchands, et leur remonstrerez le moyen qu'il y a pour eulx de faire un bon proffict en faisant mener une bonne quantité de vin à Châtellerault, où ils le vendront bien raisonnablement »
(2) Brantôme, Des Couronnels de nos bandes du Piémont, p. 663. Il était fort cruel « jusques-là qu'avec sa dague, il se plaisoit de s'achar-
dans les joies publiques que fait éclater la victoire. Au mois d'octobre, on célébra par de grandes réjouissances la journée de Montcontour (3 octobre 1569). L'hôtel-deville reçut, le 9, deux lettres que Ton peut regarder comme les bulletins angevins de la victoire catholique. La première est écrite par un soldat et respire l'ivresse du triomphe. * Messieurs, écrit Puygaillard, je n'ai eu le moien de vous faire entendre plus tost comme la bataille fust donnée lundy dernier dont je me asseure que en êtes jà advertys. Bien vous peux-je dire que c'est la plus belle journée que gens de guerre sçauroient faire , car il en est demeuré environ de douze mil hommes sur le champ de ceulx des cnnemys et sans y avoir perdu cent des nostres et le reste de leur armée blessé et mis en déroulle, toute leur artillerie et bagaige a esté prins. De quoi vous ferez bien de vous mettre tous en dévotion et de remercier Dieu de l'heur qu'il luy a plu nous donner. J'ai demandé à Monseigneur l'artillerie des ennemys pour la mettre dans Angers , laquelle il m'a accordée et ay charge de l'amener... (1). »
La seconde lettre est d'un honnête bourgeois qui ne professe que peu d'enthousiasme pour la gloire militaire obtenue par son parti. La vie des camps , les périls et la fatigue l'excèdent , et il confesse naïvement sa lassitude. C'était un angevin nommé Garrod, qui suivait le princedauphin en qualité de secrétaire, et qui devint plus lard
ncr sur une personne à luy en donner des coups, jusqucs-là que le sang lui en rejaillissoit sur le visage. Cas estrange pourtant que ce brave Brissac se monstroit doux par son visaige , beau , délicat et féminin et estoit dans le cœur si cruel et altéré de sang. » (1) Registres, an 1659, f° 109 r° (7 octobre).
conseiller du roi. Afin de se créer un appui auprès du duc, le corps de ville avait offert à Garrod une charge d'échevin. On le rattachait ainsi par des liens étroits à la patrie, dont la fortune l'éloignaif et qu'il pouvait servir de son influence. Le nouvel échevin envoie du camp sa lettre de remercîment. « Messieurs, j'ai reçu vostre lettre par ce porteur, ensemble la provision contenant l'élection que vous avez faicte en vostre maison de ville de moy pour eslre du nombre des eschevins d'icelle. En quoy je vous remercye et de la souvenance que vous en avez eue; car en cela et toutes autres choses qui seroient en ma puissance je ne vous vouldrois reffuser de l'accepter. Et pryanl Dieu que je vous y puisse aultant servir en efîect comme vous en avez l'espérance, qui ne tiendra point à faulte de bonne vollonté. Quant au surplus de ce que vostre porteur a eu à faire , ce temps est si mal à propos que nous n'avons eu moyen de le faire oyr à Monsieur (1), ayant aujourd'hui les affaires qu'il a en teste. Ce sera à cest hiver que nous serons de repos, si Dieu plaist, et que nous aurons mis fin à la guerre, ce que chascun désire et moy sur tous autres, vous advisant que le métier commence fort à m'en fâcher. Vous entendrez la victoire que Monseigneur a obtenue le 3 de ce mois contre les traistres et rebelles de ce royaulme, dont il en est mort sur le champ de dix ou douze mil pour le moins, et sommes après pour parachever le reste... (2). »
On peut croire que les échevins d'Anjou s'associaient vivement aux vœux que formait pour la fin de la guerre
(1) 11 est question sans doute de l'affaire des cinq sols par pippe de vin.
(2) Registres, an 1659, 6 octobre, f° 109 t».
leur pacifique collègue. Du moins ils se prêtaient de fort mauvaise grâce à fournir au duc les moyens de la continuer. De temps en temps de sévères réprimandes venaient réveiller leur zèle. Le 21 octobre, ils reçurent du commissaire général des vivres du camp et armée du roi une lettre missive dont le ton dur et impérieux dut singulièrement froisser le sentiment communal. « Messieurs, par les lettres que m'ont escript deux de mes commis qui sont par delà, et par ce aussy que m'en a dict le sieur Peau, présent porteur, j'ay seu le peu de cas que vous avez tenu et tenez d'exécuter les commandements qui vous ont esté faicls par le Roy et Monseigneur le duc d'Anjou son frère , ce que je trouve merveilleusement eslrange, vous qui seavez assez de quelle importance est pour leur service et bien public de ce royaulme l'amas de vivres qu'ils vous ont commandé faire en vostre ville et recepvoir ceulx qui vous seront apportés du dehors, et m'esbahis que vous n'aiez craincte en cela de tomber en leur disgrâce , et par ce moien en estre chastiés comme leur désobéissant, ce que je n'ai voullu faillir vous faire entendre. Et en vertu du pouvoir à moy donné par sa Majesté, très expressément vous ordonne que vous ayez en loutte extrême diligence à faire mouldre et convertir en farine la quantité de cent muids de bled... car il fault bien que vous sçachiez que le Roy et Monseigneur son frère ont faict estât de tous vos bleds cl farines comme de choses pour la nourriture de leur armée , et à tout ce que dessus vous garderez bien de faire faulte (1). » Il ne paraît pas que la lettre du commissaire des vivres,
(1) Registres, an 1569, f> 109 r».
bien qu'il le prît de plus haut que le roi et le duc , produisît l'effet qu'il en attendait. Il fut obligé de réitérer ses menaçantes sommalions (1).
Grâce à la victoire de Montcontour, les bourgeois passèrent l'hiver dans une sorte de trêve (2). Mais la paix véritable reculait dans une perspective obscure. Le parti protestant, loin d'êlre détruit par ses sanglantes défaites, semblait, comme le géant de la fable, se relever après chaque chute, plus fort et plus redoulable que jamais. D'un aulre côté, le roi, fatigué d'entendre retentir autour de lui le nom du vainqueur de Jarnac et de Montcontour, était poussé par une secrète jalousie vers le théâtre des périls et de la gloire. Il avait rejoint son frère au camp dans les derniers mois de 1569. Pour ne point s'en éloigner et être prêt à rentrer en campagne à l'ouverture de la belle saison , il vint s'établir à Angers (3).
Charles IX passa deux mois en Anjou , occupant ses loisirs à courir la bague dans les jardins de l'abbaye Saint- Aulbin, menant ses grandes chasses dans les belles forêts du pays, recevant des fêtes à l'hôtel-de- ville , et, en vrai roi très chrétien, allant loucher les écrouelles sur le parvis Saint-Maurice (4). Le séjour du roi fut signalé par le malt) Registres, an 1569, f° Ml v°.
(2) Ibid., 28 novembre, f° 113 r°. Le maire et les procureurs des paroisses sont députés « par devers M. le gouverneur pour luy remonstrer les longues fatigues des habitants d'avoir faict la garde de nuict et de jour par deux ans et demi continuels , et aussi que le péril n'est si grand qu'il a esté par le passé; que son plaisir soit modérer et réduire la garde de nuict à huit corps de garde. » D'Aubigné , lieutenant de Puygaillard, fait droit à celte demande.
(3) Ibid., 7 janvier 1570, f« 118 r°. Louvet, t. i, f« 77 r°.
(4) Louvet, t. i, f° 77 v°.
riage de Mllc de Guise avec le duc de Montpensier. Elle était alors s bien tendrette d'âge et son mary eust esté son ayeul (1). » C'est cette duchesse de Monlpensier qui se rendit plus tard si fameuse par sa haine pour Henri III et pour le Béarnais. Les Angevins goûtèrent peu le faste élégant de la cour des Valois. C'est apparemment qu'ils étaient obligés d'en payer les frais. Dès son arrivée, le roi avait demandé une somme de 76,000 livres «par prest pour eslre baillée et fournie pour la solde des Suisses. » Les habitants, convoqués par Puygaillard le 13 janvier, décident « qu'il sera faict offre aux Majestés de la somme de trente mille livres tournois, qui seront prises sur les deux cents plus aysés habitants laïcz, sous forme d'emprunt garanti par tout le corps de ville et les manans et habitants , avecque humble remonstrance que c'est tout ce que lesdicts manants et habitants peuvent faire et supplication de se contenter. » Des commissaires, choisis par l'assemblée, désigneront les souscripteurs forcés de cet emprunt « et sera auxdits aysés taxés faict commandement de payer incontinent et sans délai, et le jour passé seront contraincts par toutes voies deues et raisonnables (2). » La nécessité poussait l'échevinage à ces mesures arbitraires et exceptionnelles. Il n'eût trouvé à aucun prix des prêteurs de bonne volonté, et la misère publique ne permettait pas de songer à un égail sur les paroisses. Le lendemain, 14 janvier, les députés, chargés de présenter l'offre des habitants, viennent annoncer qu'ils ont vu le duc d'Anjou, que la somme de 30,000 livres
(1) Brantôme, t. n. De plusieurs illustres sœurs, p. 358.
(2) Registres, M 23 v».
n'a pas été acceptée, et que le roi a définitivement fixé le chiffre du prêt à 40,000 livres. Il n'y avait plus à délibérer que sur la manière d'exécuter cet ordre. On s'en tient au mode adopté la veille; « laditle somme sera levée en diligence et départie sur les habitants laïcz aysés (1). » Quoique réduit de près de moitié, l'emprunt ne s'effectua pas sans de nombreuses difficultés. Les aysés témoignaient peu d'empressement, et s'ingéniaient, sous divers prétextes , à échapper à l'obligation que leur imposaient les magistrats (2).
On imagine sans peine que si les catholiques avaient à se plaindre des exactions de la cour, les protestants ne devaient point être épargnés. Leurs biens, déjà confisqués en vertu des édits , furent saisis par ordre du roi, et deux conseillers du présidial furent commis pour faire abattre les bois de haute futaie et en opérer la vente (3). »
Malgré ses désirs de gloire et ses velléités belliqueuses, Charles IX accueillit bien les députés huguenots, qui vinrent, le 22 juillet , proposer la paix. On rédigea quelques articles qu'ils emportèrent pour en conférer avec leurs coreligionnaires. Les négociations se prolongèrent pendant plusieurs mois. Elles n'avaient pas encore abouti lorsque, le 8 mars, la cour quitta Angers « au grand désir et contentement des habitants , pour raison des grands incommoditez qu'ils recepvoient de tous les courtisans (4). »
(1) Registres, f° 125 r°.
(2) Jfcid., f° 130 r».
(3) Louvet, t. i,f« 78 r°.
(4) Id. ibid.
Les hostilités recommencèrent au printemps (1). Elles, furent courtes. Coligny,qui ne montrait les talents d'un capitaine qu'après ses défaites, avait, durant l'hiver, rétabli son armée dans le Languedoc et le Dauphiné, et lui avait communiqué son indomptable courage. Par une marche audacieuse, il s'avança dans la Bourgogne, culbuta l'armée royale à Arnay-le-Duc, et menaça Paris. La reine-mère l'arrêta sur le Loing par de nouvelles négociations. Lasse de celte guerre interminable, manquant d'argent pour soudoyer les mercenaires, désespérant d'ailleurs de venir à bout d'une faction qui paraissait indestructible , elle rentrait avec sa mobilité italienne dans la voie de la modération. Les condilions inattendues qu'elle offrait furent acceptées. L'édit de Saint-Germain
(1) Nous voyons les protestants retomber aussitôt, à Angers, sous le coup des ordonnances rigoureuses qui les mettaient, comme suspects, hors la loi commune De nouvelles dispositions, édictées le 1er juillet, complètent le système des mesures préventives et répressives adoptées au commencement de la guerre.... « Quant à ceulx de laditte nouvelle oppinion qui ont boutique, qui ne pourront ouvrir icelle que sept heures du matin ne soient sonnées, et les refermeront à six heures du soir, et ne pourront ouvrir ne travailler de leurs mestiers en icelles ou en chambres particulières et aullres lieux que ce soit, aux jours et festes de commandement de l'église catholique, apostolique et romaine qu'il soit pareillement deffendu à tous manants et habitants
artisans et aultres de non se servir d'aucuns serviteurs qui soient de la prétendue oppinion , et enjoinct de bailler les noms et surnoms de leurs serviteurs et lieu de leur nativité, et les faire apparoistre devant les capitaines des quartiers pour sçavoir s'ils sont de la religion catholique 11 est deffendu aux propriétaires de maisons de non louer
leurs maisons à deux mesnaiges de la prétendue religion pour assemblée et entreprinse qu'ils y pourroient faire. » Registres, an 1570, f« 170 vo.
accorda aux vaincus de Jarnac et de Moncontour une amnistie entière, l'exercice du cnlle dans deux villes par province, quatre places de sûreté pour deux ans, l'admission des sectaires à tous les emplois (13 août 1570). Ces avantages dépassaient ce que les calvinistes auraient pu attendre d'une victoire; non seulement ils étaient admis sur le pied de l'égalité avec les catholiques, mais la royauté leur livrait des gages de sa bonne foi, et en laissant à la faction ses armes , ses places fortes , ses troupes régulières, lui reconnaissait le droit de former un Etal dans l'Etat.