‹ La Réforme et la Ligue en AnjouChapitre 7 sur 18 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Mœurs de la bourgeoisie. — Les chaperons. — Commencements d'Henri III. — Les malcontents, — Traité de Monsieur. — Le frère du roi reçoit l'Anjou en apanage. — Il nomme Bussy d'Amboise gouverneur. — Exactions. — Lutte de l'échevinage contre Bussy et ses lieutenants. — Impopularité d'Henri III. — Agitations des protestants à la suite de l'édit de Bergerac. — Mort de Bussy.

Erreurs ou vérités, les principes traditionnels maintiennent la discipline sociale : ce n'est pas sans danger qu'on les remet en question. On peut remarquer dans notre histoire que l'avènement des idées nouvelles , soit en politique, soit en religion , a toujours été accompagné de graves perturbations dans les mœurs publiques. Au milieu de l'immense ébranlement produit par la Renaissance et la Réforme, le sens moral parut s'affaiblir dans les hautes classes. Saisies d'une sorte de vertige, elles se

jetèrent dans tous les écarts où les poussait une imagination désormais sans règle et sans frein. Les désordres élégants de la cour de François Ier s'aggravèrent sous le gouvernement corrupteur de Catherine, et aboutirent aux infâmes déportemenls qui ont rendu tristement fameux le règne d'Henri III et des mignons. C'en était fait de la nation, si l'effrayant cynisme qui s'étalait dans les sphères élevées fût descendu jusqu'à la classe moyenne. Heureusement la bourgeoisie resta pure.

C'est, en effet, l'honneur de la bourgeoisie, et surtout de la bourgeoisie de province, de n'avoir point dévié de la loi morale , et de s'être conservée sans macules, suivant l'expression de François Grimaudet, étrangère à toutes les ignominies de l'immonde cour des Valois. Elle dut ce privilège à son respect de la tradition , à ses habitudes d'ordre, à la modestie de ses goûts, mais avant tout à cette vie laborieuse qui la retenait dans la ville natale, auprès du foyer de famille ; car c'est là que s'entretiennent et se perpétuent les maximes qui forment les honnêtes générations.

Ce n'est pas à dire que la bourgeoisie s'isolât du mouvement général des esprits. Elle contribua pour sa part à propager les lumières de la renaissance. Les poètes, les penseurs , les artistes sortirent en grand nombre de ses rangs. Ses instincts conservateurs ne répugnaient à aucun progrès. On voit même les bourgeois rechercher les élégances de la vie; les arts s'introduisent dans leurs demeures, et le luxe y est admis avec une sage mesure.

Cette marche ascensionnelle de la classe moyenne ébranlait la hiérarchie sociale. Quelques bourgeois, enri-

chis par l'industrie el le commerce, se glissaient à la vérité dans les rangs de l'aristocratie, et en prolongaient l'existence et l'éclat; mais le plus grand nombre, restant forcément dans la roture , cherchaient du moins à renverser les barrières injurieuses qui les séparaient de l'ordre privilégié. On ne s'étonnera pas si dans cette lutte les femmes combattaient au premier rang. Louvet réprimande aigrement les bourgeoises qui, au mépris des édils somptuaires, osèrent se parer du chaperon de velours, jusqu'alors réservé aux dames nobles (1). Le clergé s'émut aussi de cette audacieuse usurpation : le curé Benoît l'attaqua vivement du haut de la chaire et dans ses livres (2). Mais la révolution féminine surmonta tous les obstacles; elle acheva son triomphe un peu plus lard par l'adoption de la robe de soie. Ces détails, frivoles en apparence, me semblent utiles à signaler, non seulement comme un fait intéressant de notre histoire économique , mais aussi comme un symptôme caractéristique des tendances de la bourgeoisie.

Sans être tenté de s'associer aux acrimonieuses critiques du sergent-royal , on est cependant forcé de re-

(1) T. i, f° 78 r°. « Tellement que ceste année, 1569, a esté grandemement fertile en damoyselles. » Il y revient en 1573 et livre les noms de huit « pseudo-damoysellcs » à l'indignation de la postérité, f° 87 v°. Enfin, en 1575, il dénonce avec un redoublement d'acrimonie « les femmes des juges, advocats et aultres officiers de la ville d'Angers qui furent bien dissollues tant en leurs habits que coiffures qu'elles portoient, qu'on appeloit faulecs perrucques, faictes sur du fil de fer, enveloppé de cheveulx qui n'estoient à elles et lesquelles damoyselles l'on appeloit les Ratte-penades. » f° 07 v°.

(2) Id., t. i, f« 07 v°.

connaître que les pseudo-damoyselles choisissaient mal leur temps pour entrer en campagne contre les dames nobles. Les conquêtes de la vanité bourgeoise formaient un contraste choquant avec la misère croissante du pays. Les torcheurs de rottes , répandus autour de la ville, exerçaient d'affreux brigandages. Les magistrats ne pouvaient rien contre ce fléau; et le concours actif des milices ne parvenait pas à rétablir la sécurité des roules. Pierre Ayrault faisait en vain de terribles exemples; les capitaines de bandits, dont les têtes tombaient sur la place du Pilori, étaient bientôt remplacés (1).

Le nouveau roi , après s'être enfui de Varsovie comme un déserteur, s'attardait sur la route , oubliant dans les fêtes les ennuis de sa première couronne et les devoirs que l'autre lui imposait. En l'attendant, Catherine exerçait la régence au milieu des horreurs de la guerre civile (2). L'arrivée d'Henri III ne changea rien à la situation. Le vainqueur de Jarnac et de Montcontour, se complaisant dans les souvenirs de sa jeunesse, resta chef de parti, au lieu d'élever la royauté au-dessus des factions. Avant de se faire sacrer, il alla guerroyer contre les pro-

(1) Louvet, t. i, f° 95 r°. Curieux détails sur le supplice de Treslan.

(2) Les protestants menacèrent Angers. Puygaillard fit enregistrer, le 14 juin, l'ordonnance suivante : « A esté délibéré et ordonné ce qui suit : il est enjoinct et très expressément commandé à tous gentilshommes de ce pais et duché d'Anjou , suyvant et exécutant les lettres et mandemens du Roy, se trouver en diligence et promptement près nostre personne la part où nous serons, montez, équipez et armez, pour repoulser les trouppes des ennemys qui s'approchent de jour à aultre à la rivière de Loire , et les empescher de s'emparer, comme il est à craindre qu'ils veuillent faire , quelque passaige en ladite rivière. » Registres, an 1574, f° 34 r°.

lestants du Dauphiné, et perdit, dans de honteux échecs, la brillante auréole dont ses premières armes l'avaient entouré. Un incident hâta le dénouement de la guerre. Le 18 août 1575, la nouvelle arrivait à Angers que le duc d'Alençon s'était échappé de la cour, et allait se joindre aux protestants (1).

Il s'était formé depuis peu une faction qu'on désignait sous le nom des makontents ou des politiques. On ne doit pas confondre ces derniers venus dans les troubles religieux avec le parti modéré dont Michel L'Hôpital avait été la haute personnification. Ils n'étaient poussés à intervenir entre les catholiques et les huguenots, ni par un sentiment de tolérance, ni par le désir de rétablir la paix dans l'Etat. La plupart, hommes sans principes, élevés à l'école de Médicis, dévorés d'une ambition maladive, ne poursuivaient dans le désordre social que la fortune et le pouvoir. Ils se groupaient autour des Montmorency, qui, dédaignant de combattre au second rang, sous les Bourbons ou sous les Guise, aspiraient au rôle d'auxiliaires indépendants, et voulaient se servir tour-à-tour des uns et des autres pour se créer dans les provinces une existence souveraine. Mais dans le conflit des passions populaires, le nom de Montmorency, quelque grand qu'il fût, ne suffisait pas pour rallier sous un drapeau de couleur incertaine les éléments ordinaires d'un parti; ils jetèrent les yeux sur le duc d'Alençon, à qui sa qualité de fils de France et d'héritier présomptif assurait un prestige plus puissant , et ils en firent le chef nominal des malcontents.

(I) Louvet, t. i, f° 98 r°.

Ce jeune prince, le dernier des fils de Henri II , convenait, plus par ses vices que par ses talents, au personnage qui lui était dévolu. Henri IV qui l'avait vu de près, l'appelait cœur double, esprit malin et tourné comme son corps mal bâli{\); 3Iarguerile, qui aima pourtant beaucoup son frère, disait que si l'infidélité était bannie delà terre , il la pourrait repeupler. Je répèle à dessein , en introduisant le duc d'Alençon dans cette étude historique , les graves accusations qui chargent sa mémoire. Il n'a pas été calomnié , et je ne songe point à entreprendre sa réhabilitation. Cependant il me semble qu'on a élé bien sévère à son égard. On aurait pu tenir compte, en traçant le portrait du fils de Catherine, de quelques faits qui atténuent ou compensent les justes reproches qu'on lui adresse. Ce prince , élevé dans la cour la plus dissolue qui fut jamais, accoutumé à voir sa mère et son entourage se jouer de tous les principes, aurait eu besoin d'une nature singulièrement élevée et énergique , pour échapper à la contagion qui le pressait de toutes parts. On peut le plaindre d'avoir respiré dès le berceau cette atmosphère impure; et la réprobation qui l'a frappé doit retomber sur ceux qui corrompirent son esprit et son cœur par leurs leçons et leurs exemples. Pour moi, je lui sais gré « d'avoir été François de nom et d'effet et ennemi de l'Espagnol (2). » Je ne puis oublier que ses mains restèrent pures du sang de la Saint-Barthélémy, et qu'il désapprouva hautement ces massacres. Nous aurons occasion de reconnaître que,

(1) Le Béarnais est suspect dans ses jugements sur un rival.

(2) L'Estoile, Journal de Henri III; collection Petitot, t. i, p. 275.

comme duc d'Anjou, il sut gagner Taffeclionde ses sujets par sa bonté et sa justice.

L'altitude prise par Henri III au début de son règne, fit incliner naturellement le duc d'Alençon et les siens vers les buguenots. Les calvinistes bésitèrenl un instant, avant d'accepter une alliance qui, aux yeux des puritains de la secte , ressemblait à un compromis sacrilège. Philippe de Mornay surtout refusait de déconsidérer la cause en la faisant descendre au rang des factions politiques (1). Mais les nécessités de la lutte l'emportèrent sur d'honorables scrupules. Mornay céda comme tous les autres, et entra môme dans la maison du duc avec le titre de chambellan (2).

Cependant la reine-mère , inquiète des projets de son fils fugitif, s'était mise à sa poursuite. Le maréchal de Cossé l'accompagnait. Elle rejoignit le duc sur la Loire et ouvrit des préliminaires de paix. Le 11 octobre, elle écrivit de Blois aux échevins d'Angers : « Il a esté advisé entre nous et M. le duc d'Allenczon mon filz, que ceste ville de Bloys seroit baillée pour la retraite de luy et de son armée , affîn de pouvoir devant quinze jours ou ung moys convenir et traister d'une bonne pacification entre les subjecls de noslre seigneur et filz... et pour ce faire, il est besoin de faire amas de vivres de tous les lieux circonvoisins. » En conséquence, elle ordonnait « d'assem-

(1) Histoire de la vie de mess ire Philippe de Montai/, par son secrétaire David de Licques, p. 25 : il disait <[uc « par ce meslinge la piété et les bonnes mœurs seroyent contaminées... que la cause de ceux de la religion du tout divine perdroit beaucoup de son poids si on la mesloit avec L'intérest des bommes

hier blés, chair, foin, avoines, etc. » et de les transporter à Blois (1). Les négociations n'aboutirent pas aussi promptemcnt que l'avait annoncé Catherine.

Au commencement de l'année suivante (janvier 1576), le roi de Navarre échappa à son tour, par une fuite hardie, à la surveillance d'Henri III cl de sa mère. 11 rencontra le duc d'Alençon à Beaufort en Anjou. Les deux princes n'avaient l'un pour l'autre ni estime ni affection ; mais ils s'unirent par intérêt, et combinèrent un plan de campagne contre la cour. Dès-lors les malcontents pouvaient dicter des lois.

Le redoutable voisinage des chefs des deux factions alliées répandit l'alarme à Angers. On double les gardes , on ferme le palais, toutes les compagnies vont, enseignes déployées , travailler aux fortifications (2). La ville avait alors pour gouverneur J. du Bellay, le même qui s'était entremis en faveur de la commune auprès de Charles IX (3}. Puygaillard, qui conservait la dignité supérieure de gouverneur de l'Anjou, résidait aux Ponts-de-Cé (4). Au-dehors, se reproduisent les scènes que nous avons déjà rencontrées si souvent dans nos documents; la campagne est en proie aux coureurs malcontents et huguenots; les habitants des Ponts-de-Cé, les religieux de la Baumette, de Saint-Nicolas et de Saint-Serge, se réfugient dans la ville.

(1) Registres, an 1575, f° 259 v°,

(2) Louvet, t. i,f°99 v°.

(3) Sa nomination remontait au mois d'avril 1574. Louvet, t. i, f° 174.

(4) La rivalité des deux officiers mit en péril le service du roi ; Févêque Guillaume Brezé fut obligé de s'interposer entre le capitaine gascon et le gentilhomme angevin. Louvet, t. i, f° 100 r°.

On vit avec plaisir que du Rcllay n'abusa pas des dangers que la situation faisait naître, pour introduire à Angers des compagnies régulières. Tout bourgeois se sentit flatté de la confiance que le gentilhomme témoignait à la milice. Pour rendre les compagnies plus propres au service qu'il en attendait, du Bellay en modifia l'organisation. Jusqu'alors chaque paroisse, quelle que fût sa population, en avait formé une : il en résultait des disparates choquantes dans le nombre des soldats et la composition môme des corps. Le gouverneur établit seize compagnies fortes chacune de cent hommes et soumises à un régime uniforme. Les milices, grâce à ce remaniement, étaient plus faciles à discipliner et se prêtaient mieux aux évolutions militaires. Le service devint sérieux; les bourgeois s'aguerrirent , en allant, dans les campagnes voisines ou sur les bords de la Loire, échanger des coups de feu avec les soldats de Lavardin ou du roi de Navarre (1). Une lettre du roi, lue à l'hôtel-de-ville le 28 mai, mit fin aux exploits de la milice ; la paix de Monsieur venait de terminer la cinquième guerre de religion (2). L'édit de pacification , comme tous les précédents , « apporta beaucoup de fascherie aux bons catholiques , de tant que

(1) Louvet, t. i, f» 101 r°.

(2) « Chers et amez féaulx , la compassion que nous avons eue des misères et calamités que nos bons subjects ont souffert, au moien des trouilles qui de si longtemps les ont affligez , nous a tellement touché au cœur, avecq le danger de plus grand mal que nous prévoyons se préparer, que pour y obvier et les restablir en tranquillité et repos, postposant toutes considérations de nostre particullier, nous avons conclud le règlement que vous entendrez par mon édict de paciffication. » Registres, an 1576, f° 27 r°.

le Roy avoit donné toulte liberté aulx huguenots de faire l'exercice de leur faulce doctrine ; tellement qu'à raison de ce , les catholiques murmuroient grandement contre le Roy de France Henry IIIme , et aussy Roy de Pologne , et disoient que Dieu en feroient pugnition. » Louvet ajoute un peu plus loin : « Les catholiques n'en lenurent compte (1). » C'est déjà l'esprit de la Ligue. On sait que cette formidable machine de guerre, dont les Guise allaient se servir bientôt pour ébranler le trône des Valois , se forma à la suite de la paix de Monsieur. Toutefois les provinces se déclarèrent lentement. Louvet ne prononce même pas le nom de la Ligue, et ne fournit aucun fait qui permette d'avancer que l'Anjou s'y soit engagé dès celte époque, sinon peut-être pour une partie de sa noblesse et de son clergé. D'ailleurs un article du traité accordé aux chefs de la coalition politico-protestante devait détourner pour un temps la province de celte voie : le duc d'Alençon s'était réservé le duché d'Anjou dans les dépouilles de la royauté vaincue.

Le 18 juin 1576, le comte de Richelieu, commissaire du roi , mit le nouveau duc en possession de son apanage (2). De Tilly et Saint-Ceval, envoyés par Monsieur,

(1) Louvet, t. i, f° 103.

(2) Registres, an 1576, f° 40 v°. Lettres du Roy adressantes au maire, aux échevins, aux officiers de justice, aux manants et habitants du pays. « Très chers et bien amez, avons accordé et octroie à nostre très cher et très amé frère , duc d'Alençon , en augmentation de son apanaige , le duché d'Anjou , Touraine et Berry, à ce qu'il puisse plus commodément et honnorablement entretenir son estât, selon le sang dont il est. Nous avons commis et députté le sieur de Richelieu, chevalier de nostre ordre , présent porteur, pour luy aller faire la déli-

présentèrent dans la même séance les lettres qui investissaient Bussy d'Amboise du gouvernement de l'Anjou (1). Tilly remplaça du Bellay (2), comme gouverneur de la ville; Saint-Ceval fut nommé commandant du château. Louvet, qui raconte en quelques mots la cérémonie de l'investiture , ne nous dit pas si la province fut satisfaite de recouvrer en partie son existence indépendante. Tout en conservant avec amour le souvenir de leurs princes nationaux et surtout celui du bon René , les Angevins avaient accepté sans répugnance leur réunion à

vrance , et bailler la possession tant de nostre ville d'Angicrs que de toutes aultres villes , chasteaulx , forteresses , places , maisons et lieux diulict duché d'Anjou , pour en jouir avec toutes les circonstances et deppendances, en la forme et manière portée par mes lettres... Paris, 25 mai 157G. Signé Henry. »

(1) Registres, an 1576, f° il r°. « Messieurs, ayant pieu au Roy Monseigneur, en composant et paciffiant les troubles et guerres de ce royaulme , me délaisser le pais et duché d'Anjou , j'en ai donné la charge et gouvernement au sieur de Bussy, et faict mon lieutenant en son absence le sieur de Tilly, lequel j'envoie par delà pour en prendre possession, aiant bien voullu vous en faire la présente, pour vous pryer de l'ayder et assister en ce que verrez qu'il aura besoing de vous pour mon service , vous pouvant asseurer que , en toutes choses, vous serez si bien et favorablement traictés, que vous congnoistrez assez en quelle recommandation j'ai vostre bien et soullaigement, lequel je pourveoiray toujours d'aussi bonne volonté que je say que vous m'en donnerez occasion pour l'obéissance libéralle que je me suys promise de vous, conformément à l'intention du Roy Monseigneur. Joigny, 15 mai 157(i. Signé Françoys. »

(2) Les Angevins regrettèrent beaucoup ce gouverneur, qui n'avait jamais « levé, ejrigé ni prins aulcun argent sur lesdicts habitants ny aultres et avoit esté en la ville durant son gouvernement à ses propres rouis cl despans, mesme pour le louaige de la maison où il estoit logé, el lù'stoii nullement avaritieux. » Louvet, f i, l'" KM r».

la couronne. Le duc d'Alcnçon leur élait peu connu , et sa récente alliance avec le parti protestant, n'était pas faite pour lui concilier les sympathies de la population. D'un autre côté, en devenant les sujets immédiats d'un prince apanagisle , ils ne cessaient pas entièrement leurs relations avec la royauté : le roi conservait la haute main sur les impôts, le service militaire, la justice. Il n'y avait donc pas de motif pour se réjouir prématurément du nouvel état de choses : au lieu d'un maître; , l'Anjou en avait désormais deux à satisfaire.

Dans ce grand événement , ce qui préoccupa le plus la bourgeoisie , ce fut le maintien de la charte municipale. Le jour de l'investiture, un échevin, Lasnier sieur de Leffretière , exposa dans l'assemblée de ville , devant le commissaire du roi, les inquiétudes et les vœux de la population (1). En outre, une dépulation présidée par le maire s'était déjà rendue auprès du nouveau duc, et, en lui présentant les félicitations de la cité, avait mis sous ses yeux les privilèges concédés par Louis XI et confirmés par ses successeurs. Le duc s'était hâté d'envoyer aux échevins une lettre très rassurante (2). Le 3 juillet, le maire lui-même, de retour de son ambassade, donna lecture de lettres plus explicites encore. « Je ne désire seullement, écrivait le duc, conserver vos privilléges, mais les accroistre et augmenter en tant que je pourray et que m'en donnerez occasion... n'entendant pas aussi que vous soyez chargés de garnison plus grande que celle qu'il plaist au Roy entretenir pour la garde de mon

(1) Registres, an 1576, f° 42 v°.

(2) Ibid., f» 42 r».

chasleau (1). » Le gouverneur, de Bussy, témoignait les mômes dispositions (2). Cependant les habitants restèrent encore en défiance. Les agents du souverain semblaient des démentis vivants à son langage. « On estoit, dit Louvet, grandement fasché d'avoir pour gouverneur le sieur de Tilly, qui est borgne , et le sieur de Saint-Ceval , pour gouverneur du chasleau, lequel estoit estropié d'un bras; dont lesdicts habitants eurent un mauvais augure (3). » Les protestants avaient lieu , ce semble , de compter sur la bienveillance de Monsieur, leur allié de la veille , qui devait à leur concours l'agrandissement de son apanage. Avant de s'adresser directement à lui, ils se présentèrent à Tilly , qu'ils supposaient pourvu d'instructions à leur égard; ils lui demandèrent « un lieu et place pour y tenir leurs assemblées. » Le gouverneur intérimaire répondit qu'il transmettrait leur requête au prince, mais qu'en attendant « ils ne fussent si hardiz ny osez de faire le presche ni aulcune cédilion (4). » La dureté de ce langage était un indice inquiétant des intentions du prince. Bientôt, en effet, on s'aperçut dans la religion, qu'il n'y avait plus à compter sur lui (5). Le chef des malcontents, satisfait dans son ambition, avait déjà oublié ses amis

(1) Registres, an 1576, f° 40 r°.

(2) Ibid.,Pm v°.

(3) Louvet, t. i, f° 105 r°. Saint-Ceval avait déjà commandé au château, mais comme lieutenant du comte de Brissac. « Il estoit de bas lieu et n'estoit de la quallité à garder une telle place, de si grande importance, et eussent bien désiré d'avoir un seigneur du pais d'Anjou. »

(5) David de Licques, p. 37. Duplessis-Mornay le quitta « luy ayant dit franebement , qu'il luy voyoit prendre un chemin auquel il ne le

pOUVoit suivre, n

d'un jour, et se montrait peu disposé à renouveler à leur profit de dangereuses querelles avec le roi son frère.

L'agitation des protestants détermina sans doute Bussy d'Amboise à venir prendre possession de son gouvernement. Il fit son entrée solennelle le 10 novembre. Les honneurs d'usage lui furent prodigués; on s'empressait autour du tout-puissant favori (1).

Je ne sais si Bussy avait été précédé à Angers par sa réputation. Il avait alors vingt-six ou vingt-sept ans. « Haut à la main , fier et audacieux, aussi vaillant que son épée, » sa beauté, le grand air de sa personne, son esprit et son courage, en faisaient le plus brillant représentant des races aristocratiques. On le croyait « capable, malgré sa jeunesse, de commander une armée aussi bien que capitaine qui fût en France.» Il avait de lui-même une opinion plus haute encore, et il disait souvent que « quoique simple gentilhomme, il portoit dans l'estomac un cœur d'empereur (2). » Il ne se contentait pas d'être le premier parmi les plus braves : il aimait les lettres et lisait les poètes et les historiens; son orgueil sans mesure le portait surtout au commerce de Plularque, dont les héros lui semblaient de sa taille. Peut-être que, s'il n'eût point péri avant trente ans, ou si sa destinée l'eût fait naître en des temps meilleurs , il se fût élevé au rang des grands hommes. Mais Bussy, jeté, dès son enfance, au milieu de la cour des Valois, ne fut , malgré ses hautaines visées , rien de plus qu'un mignon, moins efféminé et moins infâme que ceux du roi, qu'il poursuivait de ses sarcasmes et qu'il

(1) Registres, an 1576, f° 114 r°. — Louvet, t. i, f° 106 v°„

(2) L'Estoile, Journal de Henri III, p. 191.

altaquait de son épéc, mais comme eux débauché, querelleur, avide, privé du sens moral, gaspillant son génie, son courage et son honneur, dans de misérables aventures. Sa supériorité fascina longtemps le duc d'Anjou , sur l'esprit duquel il exerça un empire absolu jusqu'au jour où le prince , fatigué de son insolente domination , se prit à le haïr autant qu'il l'avait aimé , et le perdit par une lâche indiscrétion (1).

Les honnêtes bourgeois d'Angers, peu familiarisés avec le monde étrange qui formait la cour des Valois , ignoraient peut-être les vices de leur nouveau gouverneur. Bussy ne tarda pas à se faire connaître. Dès le 14 novembre, il demanda à l'hôtel de ville une sorte de don de joyeux avènement ; c'était s'annoncer en concussionnaire. Le procès-verbal ne dit pas si la proposition fut discutée ; il nous apprend seulement qu'il fut conclu

(1) L'Estoile, Journal de Henri III , p. 191. — Bussy est le héros de Brantôme; il en parle avec admiration, Des Couronnels, p. 681 • « duquel estendre ses louanges plus avant qu'elles sont, il me scroit impossible. » Il cite les épitaphes qu'on fit pour sa tombe :

Passant tourne le monde et va chercher Bussy,

Son cœur plus grand qu'un monde a mis son corps icy.-

Il fut craint du soleil, bien aimé de la lune, Délaissé seulement de l'ingrate fortune, Son âme brave encor le plus brave du ciel.

D'Aubigné, Hisl. univ., t. n , p. 123, dit de lut-r-«-43ussi , homme sans âme, aiant un grand esprit, tant aux choses qu'aux langues, un courage sans mesure, mais qu'il emploioit plus à mordre lus chièBfi de la meute que sur les loups; tellement qu'un lion capitaine l'cust désiré <hcz scs ennemis. »

qu'on ferait présent à M. de Bussy de la somme de dix mille pistolets, et à M. de Tilly, son lieutenant, d'une somme de deux eents pistolets (1). Cet argent était destiné à entretenir le train princier du favori et à solder « grand nombre d'eslaffiers, coupe-jarrets qu'il avoil à sa suilte , qui faisoient de grandes volleryes et insollences aulx habitants de la ville; lesquelles trouppes, tant de cheval que de pié , qu'il tenoit tant en ville qu'aulx champs , c'esloit à raison qu'il estoit hahy et avoit de grandes querelles, et avoit autant de train comme M. le duc d'Anjou (2). » Les bourgeois réclamèrent, invoquant à la fois les privilèges de la commune et les promesses du duc d'Anjou. Le gouverneur se montra fort irrité de leurs plaintes. Il n'y eut aucun égard , et réussit même à se faire donner par le roi l'ordre de tenir ses compagnies en garnison dans les villes du pays et aux frais des habitants (3). Il vint présenter lui-même sa commission à l'hôtel-de-ville (14 décembre), puis il sortit d'Angers, et alla s'établir aux Pontsde-Cé. Son langage avait paru si menaçant que le conseil

(1) Registres, an 1576, f° 117 r°.

(2) Louvet, t, i, f° 106 v°.

(3) Registres, an 1576, f° 129 r°. « M. de Russy,... à cause que la maulvaise volonté d'aulcun ne pourroit à l'avanture estre si bien retenue et empeschée qu'il est nécessaire , sans craincte et chastiment , je vous pry assembler vostre compaignie de gens d'armes, et la tenir pour quelque temps en garnison en tels lieux de vostre gouvernement que adviserez, pour vous en ayder et servir à réprimer la témérité de ceulx qui légèrement se vouldroient eslever et désobéir à mes commandements, et aflin qu'elle se puisse entretenir, attendant que j'aye pourveu du payement d'icelle, vous luy ferez fournir le moïen par estappes, le plus au soulaigcment du peuple que faire ce pourra .... Rloys, 7 décembre 1576. Signé Henry. »

jugea nécessaire de lui envoyer une députation pour l'apaiser (1).

Bussy ne démentit point dans la suite ces fâcheux débuts. Il se conduisit toujours comme un véritable proconsul, traitant l'Anjou en pays conquis, extorquant des tributs par la terreur, et foulant aux pieds les libertés municipales.

Comme Puygaillard , il trouva des prétextes à ses violences dans les nécessités de la guerre civile. La paix de Monsieur avait soulevé des cris de réprobation dans les masses catholiques ; aussi ne dura-t-elle pas longtemps. Les états généraux de Blois , ouverts le 6 décembre 1576, s'inspirant des passions de la Ligue naissante, demandèrent le rappel de tous les édits favorables aux hérétiques. Au premier bruit des dispositions de l'assemblée , les calvinistes prirent les armes dans les provinces du midi, et commencèrent leur sixième guerre. Le roi, qui avait signé l'union pour déjouer les plans des Guise, et déféré aux vœux intolérants des états pour recouvrer sa popularité , garda cependant des ménagements à l'égard des sectaires. Il interdisait le culte public , mais entendait respecter la liberté des croyances, et, par une combinaison ingénieuse mais peu praticable, il voulait former une sorte d'association mixte, dans laquelle les protestants

(I) Registres, an 1576, f ° 1 3 1 r°. — Louvet, 1. 1, f° 107 r°, parleaussi de cette députation. Bussy avait reproché aux bourgeois « d'avoir envoyé au Roy faire plaincte qu'il pilloit les habitants et qu'il faisoit de grandes despenecs. » Les députés « lui remonstrèrent qu'il n'y avoit aulcun habitant de la ville, de quallité, qui eust voullu porter telle parole au Roy et qu'il n'estoit pas de plus grande extraction que les monarques , empereurs , roys et princes qui ne pouvoient empescher que l'on ne mal parlas! d'eulx. «

paisibles vivraient sous le patronage des catholiques. Il envoya des instructions dans ce sens à Bussy, le 26 décembre 1576, le 1er janvier et le 6 février 1577 (1).

Bussy essaya-t-il du système recommandé par Henri III? Il est certain que les calvinistes de l'Anjou restèrent en repos pendant la sixième guerre civile , et qu'ils conservèrent même des relations amicales avec le gouverneur, tandis que le duc, qui avait juré l'union catholique, allait guerroyer contre ses anciens amis sur les bords de la haute Loire. Toutefois Bussy, sous prétexte de protéger la province ou d'envoyer des renforts à son maître, assembla de nouvelles troupes. « Il bailla des commissions à plusieurs jeunes volleurs pour amasser des troupes, sous ombre d'aller à la guerre pour le service du Roy, et amassa une infinité de capitaines qui occupèrent tout le pais, et pillèrent tant aulx champs et villaiges, et contraignirent le peuple quitter et abandonner tout , tellement que c'estoit une pitié et désollation bien grande de voir la mallice des hommes (2). » Tilly s'entoura aussi de

(1) Registres, an 1577, fos 134 r°, 137 r°, 147 r°. Le roi ordonne, dans sa dernière lettre , « faire appeler les nobles et aultres personnes les plus signallées de ceste ville et païs d'Anjou, tant catholiques que de la nouvelle religion , pour les faire prendre en sauvegarde les ungs aux aultres, leur faire entendre le voulloir et intention de Sa Majesté, qui est que tous les subjects vivent en paix, et qu'il n'y ait qu'une religion en son royaulme , sçavoir la catholique apostolique et romayne, et que tous ceulx de la nouvelle oppinion et leurs associez qui vouldront se contenir ne seront recherchez en leurs consciences, et seront maintenuz avecque leurs familles et biens, et contre ceulx, qui se vouldront eslever et entreprindre contre le service du Roy, sera procédé suivant le contenu des mémoires. »

(2) Louvet, t. i, f<> 107 v°.

troupes; le conseil de ville lui accorda 200 livres « par chascun moys , pour la solde de tel nombre de soldais qu'il plaira audict sieur prendre et tenir près de luy (1).» Au commencement de mars, Bussy vint à Angers, dont il ne paraissait pas aimer le séjour. Il se logea au château, au lieu de descendre, suivant l'usage des gouverneurs, dans une maison de la Cité. L'effroi se répandit aussitôt dans la population; on crut qu'il allait « faire piller la ville par une infinité de volleurs qu'il avoit amenés. » Les notables se hâtèrent, non sans quelque naïveté, de faire part à Bussy de la rumeur publique. L'arrogant favori reçut les bourgeois avec sa hauteur ordinaire. Il riait sans doute de leurs alarmes; mais il feignit d'en être blessé, et répondit « qu'il s'estonnoil fort de la défiance qu'on avoit de luy. » Deux ou trois jours après cette entrevue, Bussy partit pour Beaufort; il se porta ensuite vers les marches de Bretagne, traînant partout à sa suite ses « coupe-jarrels, » recrutés en partie, sans doute, parmi les torcheurs de rottes (2). Angers n'en fut pas quitte encore. Le jour de Pâques fleuries, le corps de ville reçut un message. Bussy avertissait le maire et les échevins que la nécessité de vivre allait le contraindre de loger ses compagnies dans la ville et dans les faubourgs, « si mieux n'aimoient leur dresser élappes, lesquelles nouvelles eslonnèrent d'abondant lesdicls habitants (3). » Aussitôt l'assemblée des états est convoquée. Elle décide que cinq notables se rendront au camp du gouverneur et le supplieront « de descharger

(1) Registres, an 1577, 1° I i~ v

(2) Louvet, t. i, f<> ION r.

(3) /'/. ibid.

le pais, ccste ville et faubourgs des garnisons qu'il pourroil encore délibérer y mettre et establir (1). » Le lendemain, les députés sont de retour, et, rendant compte de leur mission , rapportent que « ledict seigneur vouloit et entendoit qu'il fust fourni et baillé dedans demain matin radvancement d'un quart de moys de l'enlretônement et solde de douze compaignées. » Ces douze cornpaignées étaient un argument sans réplique : toute discussion eût été dérisoire; l'assemblée s'exécute de bonne grâce. « A esté conclud , sans le tirer en conséquence pour l'advenir, que , pour faire cognoistre audict seigneur la volonté et affection singulière que tous les habitants de ceste ville ont d'obéir et satisfaire à ses commandements, ladite advance sera faicte tant par les gens d'église que babil an Is laicz et que la part des laicz sera prise sous forme de prest (2). » Voilà dans quelle anarchie étaient tombées les provinces : Angers était rançonné parle mandataire régulier du souverain, comme il l'eût été au xive siècle par un capitaine de routiers. Louvet évalue à vingt-cinq mille livres la composition payée à Bussy. Il s'éloigna après avoir reçu l'argent; mais les compagnies ne quittèrent point la province ; Bussy les promenait d'une ville à l'autre , les laissant vivre à discrétion et commettre impunément les plus odieux brigandages (3).

(1) Registres, an 1577, f° 166.

(2) Ibid., f° 171 r°. Suit une liste de quarante-sept notables qui ont chacun souscrit pour cent livres; un capitaine en a offert cinq cents.

(3) « Ceux qui suivoient le sieur de Bussy s'appeloient Malcontents et portoient de petits chapeaux sans cordon, et faisoient feincte d'estre avec les huguenots; ils prcnoient des catholicques , lesquels ils bandoient et cachoient la veuc , et faisoient feincte les mener à La Ro-

Les lieutenants de Bussy s'évertuaient à imiter l'insolence du maître. Sainl-Ceval surtout, qui commandait au château, affichait un brutal dédain pour les bourgeois. Sa garnison se conduisait à Angers avec la licence de soldats indisciplinés dans une ville conquise. Quant à lui, invisible et muet derrière ses murailles, il répondait par de grossières menaces aux réclamations qui lui étaient faites, ou par un silence insultant aux hommages que les compagnies croyaient devoir rendre à sa charge (1).

Cependant Henri III avait été informé de la conduite des officiers de son frère. Il intervint, mais sans autorité : Bussy et les siens, couverts par le duc d'Anjou, bravaient insolemment les ordres venus de la cour. Le 1er mai, le maire reçoit l'avis que, pour mettre un terme aux maux dont souffrait l'Anjou , le roi avait envoyé commandement au gouverneur d'aller rejoindre le duc avec toutes ses compagnies (2). L'ordre était précis : les échevins et les habitants se livrent à l'espoir d'une délivrance prochaine; mais le 3 mai, ils sont désagréablement surpris par la visite de Bussy. Au lieu de partir, le mignon du duc d'Anjou venait s'établir au château d'Angers. Si l'on en

chelle , et les faisoient cheminer autour d'culx. Ils les prenoient feignant les mener bien loin, et leur faisoient escripre des lettres à leurs parents et amys, à ce qu'ilz eussent à aporter la ranezon à quoy ils estoient taxés, leur faisant escripre qu'ils estoient entre les mains des huguenots. » Louvct, t. i, f° 108 v°.

(1) Louvct, t. i, f° 110 r°. La milice avait planté un mat devant la porte du château. Saint-Ccval ne se présenta point et n'envoya même (i auleun de sa part sur les murs ny à la porte du chasteau pour rcmereyer les capitaines, ce dont les habitants se scandalisèrent. »

(2) Registres, an 1577, f» 190 r°.

juge par les récits de Louvet, l'insolent capitaine avait pris, dans l'imagination populaire, la proportion de ces monstres fantastiques, dont le nom seul éveille la terreur. A la vue de sa cornette , les habitants couraient aux armes, doublaient les gardes, préparaient tout pour la défense. On ne doutait pas que, dans un accès de colère ou au milieu d'une orgie, il ne livrât la ville en pillage à ses soldats (1).

Pour accroître la terreur des habitants, Bussy promena à grand bruit autour des murailles ses compagnies indisciplinées , faisant chaque jour « la monstre » dans la plaine d'Ecouflant et jusqu'aux portes de la ville. Toute la campagne était à la merci d'une soldatesque effrénée , qui savait ne point déplaire à son chef en multipliant ses excès. De plus en plus inquiet, le conseil de, ville se résigna à payer encore, et décida « qu'il seroit prins et levé parprest la somme de 17,000 livres tournois, tant sur les ecclésiastiques que laicz, pour estre ladicte somme promplement fournie à 31. de Bussy, à ce que les compaignées dudict sieur gouverneur n'entrent en ville et qu'elles se retirent des forbourgs (2). » C'était le résultat habituel de tout déploiement de forces militaires autour d'Angers : le soldat brutal et le bourgeois timide étaient, entre les mains de l'avide favori , les deux personnages d'une comédie dont il variait en riant les scènes tragi- comiques, et dont le dénouement inévitable était toujours une exaction.

(1) Louvet, t. i, f° 110 r°. La terreur était si grande que plusieurs bourgeois « riches et moiennés » s'enfuirent à Nantes, et entre autres le président du Présidial Lesrat et l'archidiacre Eveillard.

(2) Registres, an 1577, 9 mai, f° 198 r°.

Les troupes s'étaient retirées, le danger d'un pillage semblait écarté. Mais Bussy ne parlait point , et son séjour prolongé était pour les catholiques l'objet de vives inquiétudes. A quelle entreprise réservait-il celte armée d'aventuriers qui se grossissait chaque jour, et qu'il s'attachait par l'attrait de la licence? Pourquoi, au lieu d'aller rejoindre son maître qui faisait une guerre d'extermination aux réformés, accueillait-il avec distinction, au château d'Angers, les gentilshommes huguenots de l'Anjou, et les bourgeois les plus remuants du même parti ? Des rumeurs étranges se propageaient : Bussy, disait-on, avait de secrets engagements avec les religionnaires; ils avaient promis de lui fournir six cents hommes, et des capitaines choisis parmi eux avaient reçu des commissions pour lever des troupes; il fortifiait le château et n'attendait qu'une occasion pour s'emparer de la ville (1). N'étaient-ce là que des bruits mensongers , semés par la peur ou la haine? Doit-on croire plutôt que l'aventureux capitaine, à l'imitation des grands seigneurs qui essayèrent de reconstruire la féodalité, songeât à se servir du parti calviniste, pour se faire en Anjou une position indépendante? Celte conjecture ne paraîtra point téméraire, si l'on veut considérer que, dans un temps où l'anarchie semblait ouvrir des horizons sans bornes à l'audace d'un chef d'armée, on pouvait s'attendre à tout d'un homme dont l'orgueil et l'ambition étaient immenses , et qui se plaignait souvent de n'être qu'un « simple gentilhomme,» bien qu'il eût un « cœur d'empereur. »

(1) Louvet, t. i, f° Ml r°. Le maire craiguait certainement une attaque; il envoyait chaque jour une garde extraordinaire de cent hommes à chaque porte.

Les bourgeois, poussés à bout , déjouèrent les projets équivoques du lieutenant de Monsieur; ils se mirent en guerre ouverte avec lui, et une dépulalion, présidée par le maire, à laquelle se joignit le trésorier de l'évêque, alla dénoncer à la cour ses violences et ses secrètes machinations. Le roi envoya sur-le-champ à Angers son chancelier, le sieur de Villeroy et l'évoque de Mende, pour faire une enquête (1). Bussy ne dissimula point son dépit ; il feignit d'être malade, autant pour justifier ses longs retards, que pour se dispenser de toute démarche polie. Mais les commissaires entrèrent au château, et remarquèrent avec surprise que le gouverneur faisait construire des moulins à farine, armait toutes les murailles de canons, et amassait des munitions comme s'il se fût disposé à soutenir un siège.

Déconcerté par celle visite inattendue , le favori de Monsieur n'osa pas résister en face aux représentants du roi : ses préparatifs n'étaient point terminés. Il se décida à quitter Angers et se dirigea vers le camp d'Issoire où l'attendait son maître. Avec lui s'éloignèrent les « coupe jarrets » et les « volleurs » qui avaient tant fait de mal au pays. Les traînards de ces compagnies d'aventuriers disparurent bientôt, grâce aux ordonnances de Tilly (2)

(1) Registres, an 1577, 15 mai, f° 206 r°. Louvel, 1. 1, f° 111 r°.

(2) Registres, an 1577, f° 220 r° : « Il est enjoinctà tous soldats et aultres estrangiers , de quelque quallité qu'ils soient , vuider et sortir de ceste ville incontinent et sans délai, sur peine de pugnition corporelle ; défenses faictes aux manans et habitants estant en garde de laisser entrer hommes quels qu'ils soient, sans qu'ils ayent passe-port de Msr de Bussy ou de nous , et aux hostes de les recevoir sans faire déclaration aux capitaines de leur quartier, sous peine de la vie ; défenses

et aux actives poursuites des magistrats de l'hôtel-deville et du présidial. L'Anjou goûta enfin quelques jours de repos (1).

Au mois de septembre, le roi termina par l'édit de Bergerac une guerre qu'il n'avait entreprise qu'à contrecœur. On craignit un instant que la paix ne ramenât Bussy à Angers. Mais on apprit bientôt que le favori avait suivi son maître à Paris. Le duc d'Anjou avait besoin de tous ses conseillers : il commençait à s'occuper sérieusement des affaires des Pays-Bas. Il passa plusieurs mois à la cour, s'efforçant d'arracher au roi la promesse d'un concours aclif. Henri se refusa, autant par politique que par haine pour son frère, à compliquer les embarras intérieurs de son règne par une guerre étrangère. Les deux

sur pareille peine à tous marchands de vendre armes ou aultrcs munitions de guerre à aultre que aux habitants congnuz et domiciliez ; dcffenses de laisser passer aux portes armes, pouldres, balles, et, à ceste fin, seront visitez tous ceulx qui passeront. »

(1) Au mois d'août suivant, le roi ayant ordonné de lever des.troupes dans la province « pour protéger la paix » les procureurs des paroisses et les échevins refusent ces dangereux protecteurs. « Le Roy sera supplié de ne lever aulcuns gens de pied ou de cheval; que l'occasion de ladite levée pour le regard des volleurs cesse , lesquels volleurs ont laissé ledict pais, et ceulx qui ont peu estre apréhcndez ont esté exécutez par justice , tant en ceste ville d'Angicrs que aultres villes voisines, et ce , par le bon moien et ordre qui y a esté mis tant par Messieurs de la noblesse el justice que cappitaines et gens de ville, qui ont faict sorties et saillies pour iceulx. volleurs chasser, prendre et apréhender; lesquels volleurs estoient seullement ramassis sans adveu, qui n'avoient aulcun pied soustenu, ne chef, de faczon que, à présent, le pais est en seureté et tranquillité; et peuvent les manans et habitants, en toute liberté , recueillir le peu de fruitz que Dieu leur a donnez. » Registres, an 1577, f° 250 r°.

frères furent bientôt au plus mal. Le duc devint même l'objet dîme surveillance injurieuse qui équivalait à une captivité. Un jour, il se laissa couler le long d'une corde dans les fossés de Saint-Germain ; un cheval l'attendait , il s'échappa au galop. Tous ses mignons, Bussy le premier, accompagnèrent son évasion. Le 19 février 1578, ils entraient dans le château d'Angers. De là, le prince adressa au parlement un long factum, rempli de récriminations contre les désordres du gouvernement et contre les concessions que le roi faisait aux hérétiques. La cour s'alarma : on voyait déjà le frère du roi, par une évolution familière aux politiques,, s'allier aux Guise, se mettre à la tête de la Ligue, et arracher, par un second traité de Monsieur, de nouveaux lambeaux delà royauté. L'infatigable Catherine accourut à Angers, négocia, fit des promesses, calma les ressentiments et obtint une demi-réconciliation (1).

C'était la première fois que le duc d'Anjou visitait son apanage. La première impression ne lui fut point favorable. Entré en fugitif, il ne se montrait dans la ville qu'entouré de ses favoris Bussy, Cymier, Champvallon , La Chaslre, du Hallot, cortège bruyant et licencieux dont le langage et les manières choquaient étrangement les habitudes honnêtes et réservées de la bourgeoisie angevine (2) Le prince était plus que jamais infatué de Bussy. Il imposa silence aux inimitiés soulevées par le gouver-

(1) L'Estoile, Journal de Henri III, p. 165, a écrit, au sujet du voyage de la reine, une page qui semble dérobée à Louvet.

(2) Ils insultèrent grossièrement Tévêque d'Angers, Guillaume Ruzé , dans un dîner que le prélat avait offert au prince. Louvet, t. i, f° H6r°.

neur de l'Anjou, en déclarant « qu'il voulloil qu'on luy porlast grand honneur, aultrement l'on n'eust pas esté le bienvenu (1). » Toutefois, il est certain, d'après le journal même de Louvet , que la population distingua le duc de son entourage. On pouvait lui reprocher la complicité de la faiblesse et du silence, mais aucun acte personnel. D'ailleurs on lui aurait tout pardonné peut-être, en faveur des fêtes publiques dont son séjour devint l'occasion. Deux mois après son arrivée, il eut la fantaisie de célébrer une entrée solennelle.

C'est un des traits caractéristiques de celte époque : les fêtes succèdent aux deuils publics, on joue des pastorales entre deux guerres civiles, et l'on passe sans transition des réalités sanglantes à des fictions mythologiques. Les Valois avaient le goût de la représentation ; ils aimaient à entourer le pouvoir de pompes théâtrales. Le duc d'Anjou n'aurait pu rencontrer de sujets mieux accommodés à ses inclinations que les Angevins , population légère, amoureuse de spectacles, oubliant facilement, pour courir au plaisir, ses plus graves préoccupations. Tous les curieux de la province affluèrent à Angers, au premier bruit de Ventrée : « lesquels s'en allèrent tous fort contents , avec un grant applaudissement et joie d'avoir vu un si beau triomphe (2). »

Le duc sortit d'Angers huit jours après. Il était décidé, malgré le mauvais vouloir de son frère, à s'engager dans

(1) Louvet, t. i, f» 116 r°.

(2) Louvet, t. i, fos 117 à 122. Il ne se sent pas de joie, il emploie tour à tour dans sa description la prose- et les vers. Les fêtes coûtèrent 12,000 écus à la ville , sans compter une naumachie donnée sur la Maine et dont les capitaines firent les irais.

celte entreprise des Pays-Bas, qui avait été le rêve de Coligny, et que les hommes d'état considéraient comme un dérivatif aux discordes civiles. Il renoua avec les huguenots, qui ne lui tinrent point rancune, et en fit entrer un grand nombre dans l'armée de volontaires, qu'il levait sur les terres de son apanage. La noblesse , dit Roger, « accourait auprès du duc pour l'accompagner en ce voyage, comme si c'eût été pour aller à la conquête de la Toisond'Or. » Et il ajoute aussitôt : « Tout cet armement s'en alla en fumée, et notre noblesse et soldatesque d'Anjou et du Maine, qui y alla en grand nombre, n'en rapporta que de la confusion pour ses mauvais déporlements et pour la mauvaise discipline et le désordre de toute l'armée de Monsieur(l). » Je ne dirai rien de plus, et ne sortirai point de mon cadre pour suivre le duc d'Anjou dans ce curieux épisode de l'histoire du xvie siècle.

Les aventures du souverain ne paraissent pas avoir intéressé bien vivement les bourgeois d'Angers ; nous verrons cependant qu'elles eurent une influence considérable sur le régime de la commune. On se préoccupait bien davantage de la conduite du roi. Dévoré parles vices de ses mignons, Henri III renouvelait, à chaque instant et sous toutes les formes , des demandes de subsides. Rien n'irrite plus que ces taxes arbitraires qui, troublant par leur irrégularité toutes les prévisions domestiques, portent l'alarme dans les familles et atteignent chaque citoyen dans son bien-être. Aussi voit-on'croître, dans le langage de jour en jour plus vif des députés des paroisses, l'impopularité méritée du fils de Catherine. L'hôtel-de-ville

(1) Hist. d'Anjou, p. 440.

s'enhardit de plus en plus à repousser ses exactions (1). Toutefois le mécontentement des bourgeois, contenu par l'habitude du respect et le sentiment inné de la règle, reste à demi enveloppé sous les formes officielles des remontrances. Mais Louvel ne garde pas de pareils ménagements. Il répète hardiment dans son journal ce que le peuple disait sans doute tout haut autour de lui. « Le Roy, écrit-il, ayant jouy quelques années de repos, il se remet aux nopces , danses et aullres esbattements, en conséquence desquelz il faict de grandes dépenses; il charge son peuple de grands dasces qui le rend grandement odieux (2). » On ne s'en prenait pas seulement au roi , mais aussi à son entourage, « et esloit le bruict commun entre le peuple que le chancelier et grande parlye du conseil estoient mallonsliers, sans aulcune craincte ny congnoissance de Dieu ny de ses jugements, et qu'ils n'adorent que l'or et l'argent ; qu'ils ont tant de biens qu'ils n'en savent le nombre, et que tant plus ils en ont et plus en désirent avoir (3). »

Ces récriminations, malheureusement trop fondées, étaient alors universelles dans le royaume; des plaintes et des cris menaçants s'élevaient de tout côté (4). Le roi craignit un soulèvement des provinces, et, suivant l'usage, envoya des commissaires, pour recueillir les doléances et calmer l'agitation des esprits. Le maréchal de Cossé , qui avait déjà rempli une mission de ce genre en 1572, arriva

(t) Registres, an 1578, f<« 17 à 22, 47, 70 à 75.

(2) Louvet, t. i, f° 115 r°.

(3) M., fo 123 V.

i'n Henri Martin, Hist. de France, t. \, p. 582

en Anjou le 28 novembre 1578. Il était accompagné de deux conseillers du roi. Le conseil leur fit une réception honorable et leur offrit les présents d'usage (1). Mais tandis que l'échevinage se montrait fidèle aux traditions de l'hospitalité municipale, le peuple refusait toute confiance aux représentants d'un pouvoir prévaricateur et méprisé. «L'on envoyoit, dit Louvet, des commissaires que pour endormir le peuple soubz le prétexte et voille d'une réformation ; ce n'est que pour gaigner le temps , pour puis après vendre et débilter la substance du peuple aux méchants qui les achètent , et que durant ledict temps la col! ère du peuple se modéra et passa (2). » Aussi lorsque les commissaires voulurent faire une enquête sur les levées de deniers opérées sans commission du roi, le peuple refusa de croire à leur sincérité. On disait que « ce n'estoit que pour bailler coulleur et servir de prétexte , ce que le peuple recongnaissant ne s'en esmurent et ne fisrent que peu de plainctes , comme sachant bien qu'on ne leur en feroit aulcune raison ny aulcune pugnilion et que les grands larrons ne pugnissent les petits (3). » Au langage de l'annaliste angevin on peut juger dans quel discrédit, après quatre ans de règne, était tombé le héros populaire de Jarnac et de Moncontour! Flétri par l'opinion , n'inspirant aux partis que de la défiance ou de la haine , objet de dégoût pour les honnêtes gens, il succombait sous le mépris public.

Quelque irritante que fût la question des taxes arbitraires, elle ne parvenait pas à détourner complètement

(1) Registres, an 1578, f° 68 v°.

(2) Journal, t. i, f° 123 v°.

(3) Ibid.

les esprits de la question religieuse. Les premiers mois de l'année 1579 furent troublés par une querelle déjà vieille, que les protestants reprenaient opiniâtrement à chaque nouvel édit. Ils avaient profilé des conférences de Nérac (1), où Catherine réglait avec le roi de Navarre l'exécution de quelques points de l'édit de Bergerac, pour obtenir de faire le prêche public dans le village de Cantenay. La décision de la reine-mère souleva de véritables clameurs dans la population catholique. Les échevins refusèrent de laisser allumer, aux portes mêmes d'Angers, un foyer de troubles et de guerre civile. L'assemblée des paroisses alla plus loin encore, et demanda que l'exercice public du culte calvanisle fût interdit dans toute la province, attendu que les sectaires étaient peu nombreux, et que les châteaux des nobles, ouverts à tout venant, les jours de prêche, suffisaient à leurs besoins (2). Les protestants soutinrent énergiquement leurs droits (3). Celte guerre de requêtes, de conclusions et d'ordonnances, se continua avec une grande vivacité jusqu'au mois de juillet (4). Les bourgeois se rapprochèrent à cette occasion du gouverneur. Bussy affecta d'oublier ses anciens démêlés avec eux, et s'employa activement en leur faveur auprès de Henri III. Celle puissante intervention assura le triomphe des catholiques; Baugé resta définitivement le seul lieu affecté au culte réformé (5).

(1) Lettre du roi à M. de Bussy. Reg., an 1579, 29 janvier, f°98r°.

(2) Ibid., f° 112 r°. La requête des protestants n'avait été signée que de « cinq ou six petits huguenots, gens mécaniques et de néant. »

(3) Ibid., f» 113 v°.

(4) Ibid., fo* 114 à 11 fi, 132 à 137. (h) Ibid., fo 148 r«>.

Celle lutle rendit un éclat momentané à l'église angevine; sa décadence n'en était pas moins certaine. Décimée par la guerre, par les massacres, par les abjurations, odieuse aux masses, peu sympathique à la bourgeoisie , elle ne faisait plus de prosélytes, et se mourait d'épuisement, tout en s'agitant beaucoup pour faire croire encore à sa vie.

Les derniers actes de Bussy avaient racheté en partie son avidité et son arrogance. Le 23 août, l'échevinage apprit, non sans quelque émotion , la sanglante catastrophe qui termina si tragiquement la carrière à demiromanesque de cet homme remarquable. Il fut décidé aussitôt que la commune s'associerait aux honneurs funèbres rendus aux dépouilles du gouverneur; et quelques jours après , le père de Bussy étant venu à Angers, les magistrats allèrent le saluer et lui offrir des présents (i). Mais Louvet est justement implacable, et poursuit, au-delà de la tombe, l'oppresseur de son pays : « la mort duquel fust grandement agréable au peuple, de tant qu'il n'avoit gouverné comme doibt faire un saige gouverneur mais comme un tyran, lequel avoit faict ruisner toulte la province d'Anjou (2). »

C'est à Londres , où il négociait son mariage avec Elisabeth, que Monsieur reçut la nouvelle de la mort de son favori. Il en fut peu touché. Il s'était lassé de Bussy, et, suivant l'Estoile , il aurait même préparé par une trahison le drame de la Coustancière (3). De retour à Paris, et

(1) Registres, an 1579, 29 janvier, fos 157 et 159.

(2) Louvet, t. i, f» 125 r°.

(3) L'Estoile. Journal de Henri III, p. 191.

avant de désigner un nouveau gouverneur, il dépécha en Anjou le sieur de Puygaillard, pour s'enquérir de l'état des choses (1). Cet officier ne fit, du reste, que traverser la province; il n'appartenait pas au duc, qui n'aurait voulu, à aucun prix, mettre un homme du roi dans ses terres. Au mois d'octobre , on apprit que le successeur définitif de M. de Bussy était le sieur de Cymiers (2).

(1) Registres, an 1577. Lettre du duc d'Anjou, f° 1G9 v°.

(2) Ibid., f° 177.

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